La médecine factuelle contre la foi

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L’EBM s’oppose à la foi tacite des médecins en la sagesse de leurs confrères et maîtres qui leur ont transmis des techniques et des procédures validées souvent seulement sur l’expérience.

Cette foi est pourtant indispensable, et ce n’est pas une difficulté spécifique à la science peu exacte de la médecine. C’est également vrai pour les sciences fondamentales. Même le mathématicien ou le physicien ne remettent pas en question constamment les outils de leur recherche. Imaginez-les gardant une incertitude sur chaque théorème, chaque élément d’expérience, les propriétés du matériau utilisé, la fiabilité du thermomètre, du microscope électronique, de l’accélérateur. Devant le risque de perdre toute efficience, ils sont contraints d’adopter les acquis des autres, aveugles à la petite étiquette d'(im)probabilité pourtant apposée sur chacun d’entre eux.

L’EBM est un bon outil de contrôle a posteriori, ou il pourrait conduire à l’immobilisme.
Elle nécessite de lui appliquer ses propres contrôles, car c’est un fourre-tout auquel on peut facilement faire dire ce que l’on veut.
Le Pr Chateau demandait ainsi à un ponte américain de la statistique de vérifier les résultats d’un traitement à l’étude.
Le statisticien: « Quel résultat voulez-vous? »
Pr Chateau: « Je ne veux pas de résultat particulier. Je veux la vérité. »
Le statisticien:  » Cela n’existe pas en statistique. Nous avons tellement de méthodes différentes pour traiter l’information que nous pouvons, sans tricher, mettre en valeur tel ou tel résultat de votre étude. L’objectivité statistique telle que vous l’entendez n’existe pas. »

Les questions à poser:
1) La méthodologie utilisée est-elle adaptée?
Celle concernant les problèmes multifactoriels (hygiène de vie, activité physique, rééducation) n’est pas satisfaisante.
2) La question analysée par l’EBM est-elle bien celle que se pose le médecin?
Exemple: on évalue souvent l’efficacité d’un traitement symptomatique à moyen et long terme, comme si une bonne amélioration à court terme n’avait aucune importance. Ce n’est pas ainsi que raisonne le médecin face aux plaintes de son patient.
3) Si l’EBM ne confirme pas une pratique dictée par une expérience ancienne dans la profession, est-on bien dans les mêmes conditions et les résultats ne perdent-ils pas toute significativité parce que la sélection n’a pas été affinée?

L’EBM est ainsi un outil d’évaluation de sa propre pratique, qui peut enlever facilement tout leur poids à certaines de nos « certitudes », tandis que nous resterons réticents, à juste titre, pour d’autres.
Il est important pour le médecin de garder un bon plancher de certitudes, seul moyen pour lui de continuer à prendre la responsabilité terrifiante de la bonne marche de la vie des autres.
L’EBM a collé une étiquette d’incertitude sur chacune de nos pratiques, sans exception, même si certaines s’en tirent heureusement mieux que d’autres.
Laisser cette étiquette en place, surtout à la vue du patient, est diminuer fortement l’efficacité de la pratique, quelque soit sa valeur intrinsèque, pouvant même transformer une pratique avantageuse en son contraire.

C’est le grand inconvénient de la médiatisation de l’EBM.

Une réflexion sur « La médecine factuelle contre la foi »

  1. Statistiquement…
    faire un sourire devant la caméra fait gagner 7 ans de vie.
    Quels médicaments donnés aux biens portants en prévention de risques
    peuvent se targuer d’un aussi bon résultat?

    Référence:
    Avoir le sourire aux lèvres éloigne les pompes funèbres

    Une enquête publiée en 2010 dans la revue Psychological Science: Le sourire jusqu’aux oreilles allongerait l’espérance de vie ! C’est en tout cas ce que trouvent des chercheurs américains en étudiant 230 photographies de joueurs professionnels de base- ball prises en 1952, classées en 3 catégories , « aucun sourire, grand sourire, sourire partiel ». Les grands souriants ont atteint 79,9 ans, ceux qui ont émis un simple rictus devant l’objectif ont vécu 75 ans; les grincheux ont passé l’arme à gauche à 72,9 ans.

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