A bord d'un corps bien révisé. Et maintenant?…

Pour qu’une maladie n’ait rien de psycho-somatique
il faut ignorer qu’on est malade.
Difficile, avec ces mains, ces machines fureteuses,
ces aiguilles suceuses.

Seul moyen de mourir de sa belle mort:
Tenir à distance ces sondes curieuses
pour retrouver un peu d’intimité.

Réparer le véhicule corporel
démasque les vides de son avenir spirituel
comme en traitant une sciatique
se démasque la lombalgie.

L’esprit ne supporte pas le vide.
Le néant est un vieil ennemi. Certains, à le regarder de trop près,
sautent volontairement dans ses bras.
Chacun cherche un moyen de remplir le vide.
Certains y mettent de l’inquiétude, c’est facile
…tant qu’on ne fouille pas le pourquoi de l’inquiétude.
D’autres râlent, repoussent…, le vide disparaît,
insignifiant derrière une série de murailles cyclopéennes.
La plupart y placent une foule de routines,
au point qu’ils ont l’impression que le vide est trop étroit,
que sa durée de vie est trop courte,
et voici qu’eux aussi cherchent à y tasser un peu d’inquiétude
alors qu’il n’y a plus de place.

Dieu était auparavant capable de remplir tous les vides de son immensité.
Mais cela devient très difficile de croire en paix.
Toutes les pensées sont contaminées par la statistique.
Il suffit d’envisager une faible chance que Dieu n’existe pas
il n’y a pas pire ver pour pourrir toute une croyance.

L’inquiétude s’ébat dans nos esprits,
engloutit dans ses sables mouvants toute évolution personnelle.
Savez-vous y placer des îles de certitude?

Nos aïeux montaient leur solide caractère
à bord d’une carcasse de chair, avec la conviction
de sa qualité de fabrication et de sa solidité inébranlable.
On pouvait taper dessus, ça ne pouvait pas casser.
Bien sûr avec les années quelques grincements apparaissaient inévitablement.
Il fallait bien les supporter. De toute façon on n’avait pas les pièces à changer.
Mais le corps était tellement bien fait, pensait-on,
qu’il devait nous emmener jusqu’au bout sans la moindre révision
et que c’était pure malchance s’il lâchait au bord de la route.
Les accidents de cause externe étaient d’ailleurs tellement fréquents
qu’ils rendaient les dysfonctionnements internes plutôt rares.

A présent nous avons des véhicules corporels bien révisés mais
conçus pour se déglinguer inéluctablement, tout le monde le sait.
Le risque démarre de plus en plus tôt dans la vie.
Il faudra bientôt remplacer nos gènes avant la naissance.
Ne pas passer au garage chaque semaine
est vivre sur la corde raide.

Comment ouvrir la bonde de l’inquiétude, tirer la chasse de notre esprit,
comment creuser des arches dans les murailles des misanthropes,
sans proposer de remplir autrement ce vide insupportable?
Comment se structurer?
A suivre…

avenir-limite
Ben Goossens

This entry was posted in Psychologie de bazar. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>