Oct 022009
 

L’ostéopathie crânienne est une pratique classique et ancienne
dont le mode d’action prétendu heurte le bon sens:
Les os de la boîte crânienne ne seraient pas complètement soudés et il serait possible de les mobiliser.
Il existerait une pulsation circulatoire du liquide céphalo-rachidien, qui baigne le cerveau et la moelle épinière, qu’il est possible de percevoir à travers le mouvements des os crâniens et que l’on pourrait réguler manuellement pour traiter certaines pathologies.

Ostéopathie crânienne: Une acupuncture en tête?
osteopathie-cranienne

Un mouvement, ça se mesure.
Des études très précises ont tenté de déterminer la réalité de ce déplacement: Elles en ont trouvé un… de l’ordre du micromètre. Normal: l’os possède une certaine élasticité. Mais un micromètre c’est très peu, beaucoup trop peu à priori pour être reconnu même par un toucher entraîné.
Car l’ostéopathe expérimenté affirme pourtant sentir ces mouvements avec beaucoup de reproductibilité et s’en servir pour un travail précis.
Auto-suggestion?

Dans les écoles d’ostéopathie, les étudiants qui démarrent en crânien ne ressentent spontanément, en majorité, rien du tout. Les rares qui disent percevoir d’emblée le font-ils sous la pression du résultat espéré? Phénomène fréquent dans ces groupes. Même l’enseignant est sceptique, sans l’avouer, devant les novices enthousiastes.
En fait les étudiants ne ressentent le mouvement que quand on leur dit ce qu’il faut rechercher. La suggestion est-elle capable de créer jusqu’à une illusion palpatoire?

2 études font réfléchir:
Schaefer Heinze Rotte 09: My third arm…
Les auteurs se sont aperçus que la représentation corporelle au niveau du cortex, que l’on pensait figée, était en fait reprogrammable. Il ont collé un faux troisième bras à des sujets, qui ressentaient l’impression purement visuelle d’un membre supplémentaire. De façon étonnante, ils ont commencé au bout d’un certain temps à éprouver des impressions tactiles et une conviction physique d’appartenance de ce membre. L’IRM a montré l’activation de zones cérébrales spécifiques quand les sujets pensaient à ce membre. Les auteurs concluent que le cortex n’est pas seulement un carrefour des afférences sensorielles en provenance du corps, mais a aussi un rôle de représentation corporel purement mentale, modifiable.
Morphing the body (07)…
Les mêmes auteurs placent une fausse main à l’extrémité d’un bras des sujets, donnant l’impression visuelle d’un membre allongé. La vision étant dominante sur les sensations tactiles, les sujets ont réellement éprouvé la sensation physique d’un membre plus long et ont modifié leur activité cérébrale (IRM) en conséquence.

Voici qui encourage à se méfier de son propre ressenti. Les philosophes nous mettent en garde contre l’imprécision de notre représentation du monde par les sens, mais voici que notre propre représentation corporelle devient d’une certitude suspecte.

Et pourtant l’ostéopathie crânienne apporte bien des bénéfices, ou des échecs systématiques l’auraient fait tomber dans l’oubli. Alors, de quelle façon agit-elle?
Comme beaucoup de techniques anti-douleurs, c’est une stimulothérapie.

Nous sommes équipés de mécanismes de régulation de la douleur. En fait, comme la représentation corporelle, le « réglage » de nos sensations douloureuses est variable, indépendamment de l’intensité des signaux en provenance des lésions.
La stimulothérapie la plus élémentaire, nous l’utilisons sans même y penser: une démangeaison, on se gratte… et c’est efficace! Un peu plus corsé: vous venez de vous cogner le genou et la douleur persiste; si l’on vous pince violemment le bras, la douleur du genou va réellement devenir imperceptible tant que celle du pincement est vive. Une sensation forte efface la moins forte.

Le nombre de techniques découvertes empiriquement au fil des cultures et des âges est considérable. Pour traiter une sciatique, les chinois plantent des aiguilles sur des points choisis pour leur richesse en terminaisons nerveuses, les rebouteux des campagnes « tirent le nerf » (étirement très pénible en regard du trajet du nerf, qui stimule au maximum les terminaisons cutanées), les maghrébains font des brûlures au fer rouge sur les points les plus sensibles.

Toutes ces méthodes fonctionnent mieux dans un contexte particulier: celui d’une douleur chronique « cicatricielle », quand la lésion a disparu ou s’est stabilisée, mais que la douleur est installée comme un fanal dans le système nerveux du sujet et que celui-ci a du mal à revenir à son état antérieur. Problème favorisé par le tempérament « neurotonique » (les grands nerveux), l’anxiété et le stress, qui ne favorisent pas le retour d’un système nerveux survolté à son régime de base.

En fait le risque de développer un état douloureux chronique est davantage lié à ce tempérament qu’à l’intensité de la douleur initiale et la gravité de la lésion. Aussi faut-il le reconnaître et le prendre en compte dans le traitement précoce de la douleur, en n’hésitant pas à utiliser morphiniques et psychotropes pendant la crise, et relais rapide par les stimulothérapies.

Revenons à notre ostéopathie crânienne: La peau de la tête est très riche en terminaisons nerveuses, de même que la plante des pieds, les paumes, les oreilles, les zones érogènes…
Vous en êtes persuadé facilement en vous faisant masser les cheveux.
L’ostéo crânien choisit cette zone pour son action. Il est spécialisé dans la branlette du chef si l’on peut dire ;-))
Comme il s’entoure d’un grand calme, il obtient sur vous un effet puissant de relaxation, très complémentaire dans les tentatives de « remise à zéro » du système nerveux. La stimulothérapie légère de ses doigts absorbe votre concentration et vous détourne durablement de toute épine irritative dans votre système nerveux. La boucle douloureuse chronique est interrompue. L’effet est obtenu.

Reprécisons qu’il s’agit d’un effet anti-douleur, sans action sur les lésions et qu’un résultat durable n’est possible que si celles-ci sont guéries. Une autre façon naturelle de s’améliorer est de reprendre vos activités, malgré la persistance inquiétante des douleurs, quand les examens du médecin n’y découvrent pas de raison menaçante. Le retour des sensations liées à une activité normale facilitera le bon réglage de vos centres de la douleur.

 Posted by at 22 h 09 min

  5 Responses to “Les os du crâne qui bougent: Mythe ou réalité?”

  1. En acupuncture les points à stimuler sont-ils si importants?
    Plusieurs études ont comparé l’acupuncture traditionnelle, simulée (des points sont piqués au hasard) et les traitements classiques dans la lombalgie:
    L’acupuncture obtient de meilleurs résultats… qu’elle soit faite dans les règles ou au hasard, ce qui n’est pas surprenant à vrai dire pour une stimulothérapie.
    C’est assez différent dans la vraie vie, car on n’est plus dans une étude, mais chez un thérapeute d’une certaine réputation, et les convictions particulières chez traité et traitant vont moduler beaucoup le résultat.

    Réf: A randomized trial comparing acupuncture, simulated acupuncture, and usual care for chronic low back pain. 
Cherkin DC et al. 
Arch Intern Med 2009 ;196 :858-866.

  2. Dommage que le 3è bras de l’étude Schaefer ne fonctionne pas vraiment…
    Imaginez, avec 2 bras posés sur le bureau,
    tous les interdits levés sous le bureau….

  3. Un autre exemple de sensation auto-créée facile à expérimenter soi-même:
    Un insecte piqueur vous tourne autour, a réussi à se poser une fois, mais vous l’avez chassé. D’autres tournent à distance. Sans même qu’aucun d’eux ne s’installe pour un scandaleux forage, vous éprouvez des démangeaisons en plusieurs endroits, et vous vous claquez impulsivement, alors que tout est imaginaire…

  4. Bonjour monsieur, je trouve ça intéressant que vous vous posiez cette question et la façon dont vous y répondez. Par contre je trouve votre argumentation finale décevante.
    Oui il s’agit d’un mouvement très faible, mais comment pouvez vous affirmer que personne ne soit en mesure de le percevoir?
    Oui l’auto suggestion a un pouvoir très fort mais les étudiants d’ostéopathie le savent et se batttent avec pendant toute leur étude avant d’être certain de leur perception ostéopathique.
    Le mécanisme de régulation de la douleur dont vous parlez s’appelle la théorie de la porte et fonctionne pour toutes les douleurs aiguës mais il est inutilisable pour une douleur cicatricielle. Deplus le soulagement est uniquement temporaire tant que dure la douleur du pincement.
    En fait ce dont vous avez oublié de prendre en compte c’est la disparition des symptômes dont souffrait le patient avant son traitement qui compte. Quelqu’un qui se présente avec des migraines ne sera pas soigné par un massage chez son coiffeur (vous pouvez aussi l’essayer)
    En effet pourquoi l’ostéopathie cranienne est elle toujours utilisée si elle ne donne aucun résultat? Depuis 150 ans nous traitons des patients, nous expérimentons toutes nos techniques sur nous même et nous observons leur éfficacité.
    Dernier exemple qui moi m’a définitivement convaincu. Aller vous faire traiter en cranien par un étudiant en 2 eme année qui ne maitrise pas son sujet. Vous verrez que malgré des mouvements imperceptible il sera en mesure s’il est mauvais de vous coller une migraine horrible à causede son erreur. Je vous parle de mon expérience, et suite à un traitement par un autre camarade j’ai pu retrouver on équilibre intérieur.
    La meilleure façon de se rendre compte du mouvement des os du crâne c’est d’aller se faire traiter (par un excellent ostéo) et de passer entre ses mains… Les résultats sont immédiats et votre vie sera tellement plus facile.
    Faites vous votre propre idée

    Bobineto, étudiant québecquois en ostéopathie, 300 heures de formation en manipulation crânienne so far.

    Keep it pure boys

    • Je n’ai pas dit que personne ne pouvait percevoir ce mouvement, mais que c’est fort douteux. L’article ne met pas en cause l’efficacité de l’ostéopathie crânienne, mais son mode d’action allégué. Il y a confusion sur le terme de douleur cicatricielle, que j’ai pris soin de mettre entre guillemets : il ne s’agit pas des douleurs neuropathiques faisant suite à une rupture axonale mais des séquelles d’une simple compression temporaire, où la stimulation des terminaisons nerveuses est très efficace. Enfin, j’ai bien entendu déjà expérimenté moi-même l’ostéopathie crânienne et, sans à priori, n’en ait ressenti aucun effet. C’est une technique parmi d’autres, avec ses bonnes indications… et ses limites.

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