L’essentiel:
suite de la série d’articles sur avantages et limites de l’EBM
(Evidence Based Medecine, médecine factuelle)
ou comment choisir l’endroit où se faire soigner.

Un avantage secondaire de l’EBM est qu’elle attire les esprits obsessionnels,
très précieux en médecine parce que capables de recommencer systématiquement
la même enquête minutieuse et exhaustive sur chaque cas clinique,
se méfiant des à prioris issus de sa propre expérience ou du discours du patient.
Ce médecin dubitatif passe en revue toutes les possibilités,
vous place dans une case de bonne assise scientifique.
Il est moins efficace ensuite pour personnaliser le traitement.
Tout va bien tant qu’il s’agit d’administrer des pilules,
dont l’efficacité est facile à démontrer,
mais son propre doute l’empêche d’aller plus loin.
La statistique n’est pas capable de prouver la validité
d’une procédure centrée sur thérapeute et patient particuliers,
situation multifactorielle par excellence.
Le scientifique perd confiance.., et la confiance, en médecine,
est l’essentiel de la satisfaction finale… sinon du résultat.
En face est le cabinet de l’empirique,
bidouilleur, mécanicien habile, empathe, artiste…
Il n’aime pas faire deux fois la même chose,
s’intéresse peu aux cases diagnostiques
focalise plutôt sur son origine favorite des problèmes,
mais avec une présentation à chaque fois unique,
qui va lui permettre de réaliser une « oeuvre » thérapeutique différente,
éventuellement très réussie
…si sa personnalité colle bien à la vôtre.
Il est difficile pour vous, patient, de choisir, face à cet éventail,
d’autant que le meilleur endroit où se faire soigner n’est pas le même,
selon que vous souffrez d’un problème aussi local qu’une carie…
ou aussi global qu’un mal-être parce que votre vie ne se déroule pas
tel que vous l’espérez.
Les conseils d’un proche ou d’un profane ne vous serviront guère,
à moins qu’il soit votre jumeau ou mieux votre clone!
parce que sa vie est différente et son expérience limitée.
Certes il peut vous faire découvrir des options nouvelles,
mais vous êtes dans la jungle, à la merci des fauves
…heureusement plus souvent avides de votre argent que de votre chair!
L’influence essentielle du proche se fait plutôt sur votre rapport à la maladie
en vous bichonnant trop ou pas assez…
Votre démarche première de santé doit être d’obtenir des réponses précises
aux questions de mécanique générale (pompe, soufflet, tuyaux, jointures…)
et la médecine technique est incontournable.
Muni de cette facture, s’il reste des anomalies,
il faut vous apprécier de façon globale,
plonger dans ce chaos que représentent vos ramifications nerveuses,
ancrées des profondes circonvolutions cérébrales
jusqu’à la paroi de votre être.
C’est vous qui en connaissez le mieux le chemin,
mais il n’est pas facile de se regarder de loin,
pas, surtout, à tout moment de sa vie,
et souvent vous préférerez le thérapeute qui emprunte les portes
que vous avez laissées ouvertes.
Toutes les méthodes marchent — elles ont au moins satisfait à une situation — mais ne sont pas forcément transposables à d’autres couples thérapeute-patient. Coeur de la difficulté du soin : Vous ne pouvez faire entièrement confiance à un ami guéri, parce que vous n’êtes pas le même patient, ni entièrement confiance à un thérapeute fier de sa méthode, parce qu’il ne l’a pas encore essayée sur vous. Ainsi, bien que l’échec éventuel soit de la responsabilité du professionnel, il sera plus rare si vous savez choisir votre thérapeute — ou le quitter s’il reste enfermé dans une technique qui ne produit pas les résultats espérés —, et si le thérapeute affine, étend, innove, échange, toute sa vie jusqu’à l’excellence.
Ceci se vérifie pour les médecines physiques comme pour les psychothérapies. C’est la limite des méthodes fondées sur cas individuels et non sur théorie vérifiable : Les premières sont les plus personnalisées, à l’opposé de la statistique, mais peuvent être erronées quand les références individuelles changent.
Le couple patient-thérapeute doit fonctionner dans le même univers. Un patient à l’imagination débordante, tant dans sa présentation physique que psychique, va déboussoler un thérapeute qui cherche à le cerner dans une case trop étroite. Et à l’inverse, celui qui a un schéma corporel ou psychologique simple ne bénéficiera pas d’une « complexification » excessive de son problème par un thérapeute trop enthousiaste.