Le diagnostic simplistique

Le diagnostic n’est pas un ensemble de signes cliniques et complémentaires en proportion statisquement significative.
Ce diagnostic simplistique, dont pourrait déjà se charger une machine aux mémoires bien remplies, conviendra à une plante…
et encore en douteront les mains vertes.

Le diagnostic est une connexion entre le monde tel que le voit le patient, et des règles biologiques.
Classiquement le premier change comme la lumière un jour de nuages vagabonds,
les secondes évoluent si lentement qu’elles en semblent immuables.

interrogatoire
« Continuez à me raconter votre vie pendant que je vous examine… »

L’homme, cédant à la tentation de Prométhée, a inversé la donne:
La machinerie biologique devient un jouet entre ses mains,
tandis que le monde vu par le patient peine à s’adapter
à ces bouleversements réalisés… et plus encore, promis.

La connexion diagnostique établie par le médecin est une triple tâche:
-deviner le monde vu par le patient,
-découvrir les altérations biologiques,
-définir leur interaction, le diagnostic proprement dit.

La première tâche était bien mieux réalisée jusqu’au siècle dernier.
Dans la chasse à la maladie, comme dans la résolution de la plupart des autres problèmes,
on était au théâtre: L’entretien du médecin avec son malade
prenait l’allure d’une tragédie.
L’habitus était tant détaillé que l’obscurité du cabinet semblait se parer
des présences fantomatiques jaillies de la verve libre du patient.
Il était, pour un instant, la vedette de la pièce, avec un auditoire instruit.

Le médecin était d’autant plus attentif que sa connaissance de la biologie
était fort sommaire
et n’imposait pas trois semaines d’attente
d’un enfournement dans une machinerie compliquée,
délai qui fait se dissiper dans l’esprit des médecins-techniciens
les quelques volutes de son monde que le patient
a eu une minute pour dévoiler.

L’analyse biologique, 2ème tâche, a acquis une telle bougeotte,
qu’elle occupe presqu’entièrement l’esprit du diagnosticien moderne.
Faisons l’analogie avec, au foyer, l’actualité télévisuelle tellement variée
qu’elle empêche la famille de percevoir sa propre actualité.

Le diagnostic est réduit à une annonce biologique.
Le patient, tentant désespérément de faire le lien avec son monde personnel,
cherche, seul, sa fiche d’anomalies techniques à la main,
les âmes conseillères qui vont pouvoir donner de l’émotion à cette liste.

Ils rencontrent dans le brouhaha des forums d’autres errants passés ou présents,
mais trouveront plutôt leur directeur de conscience
dans leurs lectures philosophiques,
les samaritains de l’esprit survivant heureusement dans leurs oeuvres.

Est-ce vraiment la Science qui a scindé la médecine
entre allopathie et paramédecines?
Ou est-ce la médecine qui a tranché toute seule son corps siamois,
séparant les tragédies mentales et biologiques,
opposant les thérapeutes de l’esprit,
auto-convaincus de la réalité physique de leurs tours de passe-passe,
et les thérapeutes de la biochimie,
auto-persuadés qu’en respectant une éthique en 10 commandements,
ils traitent la globalité du patient?

7 réflexions au sujet de « Le diagnostic simplistique »

    1. Il fallait un commentaire simplistique: Bravo, professeur!
      Je vais désormais déambuler la nuit bardé d’oreillers,
      de peur que nous nous tamponnions dans les couloirs du cabinet désert 😉

  1. C’est la promesse non tenue qui est le plus mal supporté
    dans la maladie et la mort.
    La démonstration la plus évidente est la « mort naturelle »
    d’une personne âgée, qui ne choque personne,
    alors que presque toujours c’est une maladie non diagnostiquée
    parce que très progressive, un cancer lent en particulier,
    qui finit par épuiser l’organisme.

    Gardez-vous des promesses.

  2. Paris en aout qui se prend pour Septembre.

    La médecine, science vitale, se trouve aussi a un croisement nodal des sciences dures, des sciences de réflexions, des interrogations; Ce n’est pas un hasard si tant de médecins sont écrivains, poètes, philosophes, suicidés.

    Lorsque les étudiants sont fatigués d’étudier les 10 signes de la maladie de Dupont à ne pas confondre avec les neuf signes de la maladie de Durant, l’Enseignant se laisse aller à un moment de méditation mélancolique et demande aux étudiants de réfléchir à une définition provocante de ce que peut être un « diagnostic ».

    Le formateur écoute l’air amusé et triste les propositions des étudiants, rien qui ne sorte de tout ce qu’il a entendu pendant ses décades d’enseignements. Il est déjà triste car il sait que finalement un étudiant va lui demander:

    Et pour vous Monsieur, qu’est qu’un diagnostic?

    Mélancolie des temps anciens où poser le diagnostic juste était la caractéristique du grand médecin. Souvenirs de ces joutes autour de « cas » où les fausses pistes mènent de Charybde en St Anne. Amusement devant ces étudiants qui maintenant se réfèrent matin et soir au diagnostic différentiel devenu si populaire grâce a l’inepte Docteur House.

    Souvenir de ces temps où lui comme chacun de nous a cru que nous arriverions a créer un « crawler » à qui on donnerait les symptômes et les données numériques et nous fournirait un arbre de décision. Nous y étions presque arrivés. Je me souviens d’un outil danois des années où un énorme ordinateur avait moins de mémoire que la calculette de terminale de votre enfant. Peut-être nous demandons nous encore pourquoi nous n’avons pas cet outil dans notre ordinateur? Pourquoi peut-on avec un logiciel diagnostiquer une voiture de grand luxe et pas un misérable humain?

    Comment expliquer que le corps humain est comparable à Google, chaque milliseconde il crawl (un crawler est souvent employé en Science Fiction pôur décrire un objet pour rassembler les informations, un domaine typique des crawlers est l’astronomie) les données et réagit aux informations, donc il suffisait de mettre en place un shunt sur le circuit d’information et nous aurions eu accès à la fois aux données et aux déviations.

    Le diagnostic part du postulat que l’humain possède un état que l’on caractérise comme « non malade ». Est-ce que cela ne vous rappelle pas les années cinquante et soixante et la situation entre les pays frères de l’Union Soviétique pointant des centaines de têtes atomiques vers les affreux jojos des pays capitalistes qui eux pointaient des milliers de têtes atomiques et cette situation était décrite comme « la paix ». Une paix si semblable a l’état de « bien-portance » du corps humain.

    Dans cette situation de paix, bite contre bite, on se soulageait en des conflits régionaux où à la grande joie des techniciens de l’armement on pouvait essayer toute cette ferraille, et à la grande joie des Clausewitz modernes on pouvait expérimenter de nouvelles configurations de faible au fort. Quelle est grande la nostalgie des conflits de extrême orient où les méthodes de l’oncle Giap ridiculisaient les lourdes cohortes du monde mécanique. Souvenirs émus des premières lectures des textes de Giap et de l’oncle Ho et de leur adaptation plus tard si près de nous. Excusez moi je m’égare, mais c’est bien de diagnostic dont il s’agit.

    Notre corps est dans une situation de guerre équilibrée, souvenez nous de nos grand-père qui ne soignaient pas une prurit de l’anus, estimant qu’une guerre loin des centres vitaux ne pouvait qu’améliorer la situation de non-guerre.

    Diagnostic, est-ce qu’un de nos étudiants va enfin dire la phrase clef:

    Le corps humain, tel que dessiné sur la planche à dessin (une planche a dessin cela ressemble a un écran d’ordinateur mais en plus grand) et tel que modélisé par nos algorithmes, ne peut pas fonctionner. Non seulement nous ne savons pas pourquoi le corps humain en dépit de toute logique fonctionne, mais de plus ne sachant pas comment il réalise le miracle d’être « vivant » nous avons la présomption de le réparer, parfois même de l’améliorer.

    Souvent aux étudiants je suis tenté de leur demander de faire de la scatologie afin qu’ils comprenne qu’un organe aussi méprisé que le colon est un milieu miraculeux qui réalise avec un bénéfice dix fois réciproques une guerre constante entre les étrangers et nous.

    Dans les années soixante dix les britanniques, vous savez ceux qui sont comme nous mais du mauvais côté, ont prétendu avoir atteint le Graal de la recherche, le confinement de la réaction de fusion nucléaire dans ce qu’ils appelaient « la pile Zeta ».

    La pile Zeta chacun de nous la porte en soi, ce colon merveilleux qui réussit a réaliser le confinement de la fusion digestive, action que nous sommes bien incapables de reproduire en laboratoire.

    Notre colon/pile Zeta normalement a des emballements, des fuites, comme tout réacteur qui se respecte, il faut dire à sa décharge que le combustible est loin d’être cohérent et de qualité, donc il s’emballe, les ouvriers viennent à la rescousse et dans cette lutte pour éviter le syndrome chinois, les ouvriers n’ont pas vraiment le temps de faire le ménage à chaque pas, et les rhumatismes se lèchent les babines à la vue de ce repas qui se prépare pour eux.

    Qu’est-ce qu’un diagnostic?

    Pourquoi ne pas terminer par une phrase avec la souplesse du Char Abraham, vous savez ces 70 tonnes d’acier spécial qui vous écrase une maison en 2 secondes:

    Le diagnostic c’est comme de savoir compter jusqu’à 1 million dans un monde médical qui se mesure en parsec.

    Ambelle, sans même un verre de produit sortant d’un alambic.

    1. Vraiment excellent, Nils !
      Avec un texte aussi merveilleux issu du côlon,
      c’est un best-seller que tu peux tirer du corps humain au complet !

      J’ai particulièrement aimé « le prurit de l’anus qu’il vaut mieux ne pas soigner,
      parce qu’une guerre loin des centres vitaux ne peut qu’améliorer la situation de non-guerre »

  3. Mon professeur doit se retourner dans sa tombe
    « Vaut mieux » est une horreur qui heureusement n’est pas française
    La seule expression française est « préférable »
    Une édition de l’erreur serait rendre justice à mon professeur qui vendait à ses risques et périls « L’Humanité Dimanche ».
    Je vous en remercie par avance pour lui et moi,

    Mon professeur aurait été horrifié en observant ce monde francophone
    Qui de plus ignore avec joie et satisfaction la différence entre apprendre et enseigner.

    ce qui n’empêche que mon prof était un pauvre con. Que beaucoup lui soit pardonné, il s’est retrouvé à l’hôpital
    pour avoir mis en doute la Grandeur de l’Intervention Française en Indochine.

    Que l’histoire est belle lorsqu’on la regarde de haut
    Nos officiers apprirent en Indochine comment convaincre
    Ce qu’ils appliquèrent lors de la bataille d’Alger
    Avec tant de succès que l’Ange Blond de l’Argentine fut leur élève
    Avec tant de succès que les interrogateurs de l’armée américaine appliquèrent ces méthodes.
    Il n’est pas permis de le dire
    Mais en 1960 l’armée suédoise était entièrement convertie
    Remarquez il ne fallait pas grand chose pour la convertir

    (l’expression fallait-pas est un autre exemple de la pauvreté du langage de celui qui se prend pour un écrivain)
    Trois règles pour ne pas écrire comme un français inculte
    Ne jamais utiliser « il y a »
    Ne jamais utiliser « chose »
    quant à la troisième règle, elle est si cardinale que nul ne peut s’y soumettre:
    Ne pas écrire, ne pas parler, lire et écouter est préférable.

  4. C’est vrai, Nils, que « vaut mieux » contient une référence bovine 😉
    désolé de l’avoir amené sur ton pré,
    mais le langage est ancré dans son époque et la conscience de ses résidents.
    Tu me fais penser à Rocard analysant dans un débat la crise du socialisme,
    annonçant qu’il suffisait de se rappeler les fondamentaux de cette pensée pour en sortir,
    sans réaliser qu’un monde s’était transformé, ses habitants n’étaient plus les mêmes,
    les nouvelles lois rendaient les fondamentaux caduques.
    C’est un défi de vivre avec ses futurs et ses passés,
    autant qu’avec des personnes d’origine socio-culturelle différente.

    …ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas tenter la transmission de tes valeurs.
    Mais ton prof était sans doute un gardien de square particulièrement attentif à sa pelouse :
    « Ami vaut mieux qu’argent » est un proverbe français bien plus vieux que lui…
    Inversons les formulations pour vérifier leur musicalité :
    Mieux vaut celle-ci ?
    ou préférable est-il celle-ci ?
    (évidemment les fans de maître Yoda se précipiteront sur la seconde…)

    « Ne pas écrire, ne pas parler, lire et écouter est préférable »
    Je sais bien que tu l’exprimes dans le sens de l’humilité, Nils,
    et je devine que c’est une réaction à un élitisme que d’autres ont tenté de t’inculquer.
    Mais cet élitisme survit dans une telle phrase :
    Il existerait des gens pour écrire (j’imagine, sinon que reste-t-il à lire ?)
    et d’autres pour absorber.
    Ne donnons pas un sens réducteur à écrire : Ecrire peut être discuter avec soi-même,
    de surcroît la méthode la plus efficace ?
    car nous renfermons notre propre société (tu pourrais voir ce point développé
    dans mon livre « Sous acide filozophique »).
    Pour rester moins révolutionnaire : Il existe un temps pour écrire et pour lire,
    et ces temps alternent. Ces tâches, comme le droit de vote, se méritent.
    Notre système éducatif devrait maintenir des étapes initiatiques,
    au lieu de donner le passage dans l’année de développement suivante
    parce que l’état civil l’indique.
    Et nous gagnerions ainsi, tous, fièrement, le droit de bien communiquer,
    aux autres et à nous-mêmes, par l’oral aussi bien que l’écrit.

    Et je suis d’accord avec toi ici, Nils, que sans aller jusqu’à recruter des gardiens de square,
    la langue doit être encadrée et surveillée,
    car elle est le point de rencontre de tous, une salle de réunion des plus richement décorées,
    un trésor de la communauté : Elle ne doit pas être vandalisée.

    Toi, Nils, à l’évidence, préférable est-il que tu te mettes fébrilement à écrire ;-))
    parce ce que tu le fais bien joliment,
    et que c’est le seul endroit où tes nombreuses consciences trouvent leur accord.

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