Evidence Based Medecine et psyché médicale

L’attachement obsessionnel à l’EBM (médecine factuelle)
a des racines personnelles plutôt que philosophiques.
ebm

En sous-marin on trouve la peur de l’incertitude
inhérente à la pratique de la médecine,
de commettre une erreur fatale pour l’autre,
de se voir reprocher une initiative personnelle,
et sans doute ainsi, encore plus loin,
de décevoir les espoirs vivement imprimés par nos parents.

L’EBM est aussi une manifestation d’élitisme:
C’est un moyen de barrer la route aux curieux, aux inventifs,
aux artistes et aux sensitifs de la médecine,
inadmissibles parce que n’ayant pas fait les efforts de suivre une voie hiérarchique.
Aïe! Mais les critères de cette voie favorisent les névroses obsessionnelles
davantage que les autres, au profit d’une fraction des besoins de la santé.

Il faut des obsessionnels en médecine:
-Les techniciens capables de répéter le même examen, la même opération,
indéfiniment avec une minutie croissante, sans se lasser…
-Les diagnosticiens enquêteurs, dévidant toute la liste des étiologies possibles
et n’oubliant pas la moindre maladie exceptionnelle…
Peut-être seront-ils les premiers à être remplacés
par des programmes d’intelligence artificielle.

Il faut également des esprits capables de traiter le chaos:
-Le chaos de l’interaction entre un agent agresseur, un traumatisme, un choc psychique,
et la globalité du patient, physique et mentale…
-Le chaos de l’interaction entre le propre psychisme du médecin, sa perception de l’univers du patient,
et la façon dont celui-ci se voit…
-Le chaos des avenirs possibles, imaginés à partir de l’expérience davantage que des textes.

Ce repli névrotique sur l’EBM est un dévoiement
de l’esprit de la méthode telle que l’on voulu ses créateurs.
Ceux-ci ont créé un outil pour compléter une panoplie méthodologique déjà riche,
un outil de validation et non d’exclusion.

Malheureusement la vérification s’est mise à remplacer l’innovation
et la médecine s’est appauvrie.
Là où le sens clinique des anciens maîtres faisait merveille
en agglomérant une foule de petits indices jusqu’à la solution,
encore affligée de doute certes, mais systématiquement très faible,
pour le plus grand intérêt du patient,
la statistique produit maintenant des chiffres précis…
de doute beaucoup plus élevé !..
Elle n’est pas capable en effet de relier tous ces petits paramètres
aussi bien que le fait l’expérience et l’intuition du clinicien expérimenté.
Il faudrait des études avec un recrutement astronomique, et une chasse aux biais, qui se multiplient aussi vite que les inconstants participants humains.

Cet appauvrissement, phénomène terrible, que les médecins expérimentés
tentent de tenir à distance dans l’intimité de leur cabinet,
finira-t-il par s’imposer à eux et remplacer la confiance implicite de leurs patients?
Ils pourront alors songer à remplacer leur bureau
par un terminal d’ordinateur, tourné vers le patient cette fois,
et partir à la pêche…

3 réflexions au sujet de « Evidence Based Medecine et psyché médicale »

  1. Que nous sommes encore loin du point
    où les forces artistiques et la sagesse pratique de la vie
    s’uniront à la pensée scientifique,
    où se constituera un système organique supérieur
    par rapport auquel le savant, le médecin, l’artiste et le législateur,
    tels que nous les connaissons aujourd’hui,
    apparaîtraient nécessairement comme de misérables antiquités !

    M. Nietzsche, sans doute classeriez-vous l’EBM dans ces misérables antiquités…

  2. La médecine est en train de devenir keynesienne:
    Il vaut mieux, pour sa réputation, échouer de manière conventionnelle,
    en suivant les guides de bonne pratique,
    que réussir de manière non conventionnelle,
    grâce à un talent ou une intuition supérieure à la bonne pratique.

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