Devant la vie éternelle

L’essentiel:
-La fin de l’attente évolutive
-Les motifs de la Nature
-Saurons-nous les garder en mémoire en la remplaçant?
-Comment combattre les effets du vieillissement?
-Les extrémistes pro et anti-supplémentation hormonale
-La médecine, cosmétologie?

L’évolution nous a faits machines à reproduire.
La multiplication rapide est un avantage naturel supérieur à la longévité.
Toutefois la transmission de l’expérience a quelques avantages,
amélioration du cadre de croissance des générations suivantes,
explication pour une longévité naturelle déjà impressionnante.

Avec 6,7 milliards de représentants, la reproduction de l’espèce
ne semble plus à favoriser…
L’autre atout, l’éternité, devient le principal attrait
pour nos consciences élaborées.
Hélas ce critère n’est toujours pas pris en compte
par des processus évolutifs à horizon millénaire.
Le boom de la conscience est une épidémie,
qui ne menace à priori en rien notre survie
(des écologistes pourraient trouver à y redire).

Peu importe: nous sommes à présent affranchis de l’attente évolutive.
L’amélioration naturelle de l’espèce est interrompue
puisque nous manipulons nous-mêmes la machine biologique
pour la conduire sur la meilleure piste.
Souhaitons que nos cerveaux aient autant d’imagination
que les innombrables possibilités du hasard et des mutations.
Mais l’avantage, et le problème, est que nous pouvons à présent choisir quelle sera cette meilleure piste.

Améliorer la longévité et diminuer les effets du vieillissement emporte tous les suffrages,
au moins vivants
(peut-être pas ceux des générations qui découvrent un horizon bouché).

Le vieillissement, biologiquement, est une diminution d’efficacité de tous les processus physiologiques,
concernant aussi bien le fonctionnement normal que la réparation.
Plus fondamentalement c’est la réplication cellulaire qui est en cause.
Seules les cellules germinales semblent se reproduire strictement à l’identique.
Les autres sont moins parfaites que leurs parentes. Elles perdent quelques minuscules portions de chromosomes, pas sur les zones les plus actives, mais cela finit par les rendre moins efficientes.
Pourquoi? Parce que ce délabrement progressif est inscrit dans notre génome.
Mère Nature nous incitant à nous reproduire et non à durer, elle ne pouvait pas laisser l’environnement se faire envahir par une horde de vieux stériles.

Pourquoi ne pas avoir conservé la capacité de reproduction tout au long d’une vie quasi éternelle?
Parce que cela aurait remplacé l’évolution par une colonisation du milieu par les clones des individus les plus performants de l’espèce, dans les conditions du moment.
Inconvénient? Toute modification sévère de l’environnement pouvait désertifier la planète,
et il y en a eu plusieurs.

Nous sommes donc programmés pour laisser la place à des nouveaux modèles.
Bonne nouvelle! Modifier un ensemble de gènes n’est pas de la science-fiction.
Souci: Serons-nous capables collectivement de nous souvenir du pourquoi de cette décision évolutive que nous contrecarrerons?

Pour l’instant la vie éternelle reste impossible, même si ce n’est plus une utopie.
Comment combattre en pratique les effets du vieillissement?
Ne pouvant intervenir à la racine, nous ciblons ce que nous voyons.
Exemple: toutes les glandes deviennent paresseuses avec l’âge. L’activité de sécrétion est un métabolisme intense. Le vieillissement est plus visible sur les cellules qui orchestrent le reste de l’organisme.
Alors pourquoi ne pas administrer des médicaments reproduisant l’effet de ces hormones?

Le handicap de la pharmacologie est d’intervenir avec de gros sabots dans des processus délicats et intriqués. Elle n’agit jamais sur la cause initiale, qui n’existe pas dans bien des situations car ce sont des équilibres, dont les rouages sont trop partiellement compris.

Abyssales difficultés qui attendent la chirurgie génétique:
ce n’est déjà pas facile de remplacer un seul gène déficient par celui que l’on sait normal chez la majorité des individus (était-il vraiment seul en cause?),
alors modifier un ensemble de gènes au fonctionnement « normal » pour lui faire prendre une autre direction…
il faudra des couilles… en d’autres termes une bonne dose d’aveuglement.

C’est moins risqué de compenser les effets du vieillissement avec les produits fournis par l’organisme lui-même.
Pour revenir à notre exemple précédent: les hormones se raréfient? Compensons cette insuffisance, à très faible dose pour ne pas perturber les mécanismes de régulation, voire idéalement en respectant les variations des besoins selon le nycthémère, les incidents physiologiques ou pathologiques, les contraintes du milieu extérieur…

Ce qui a fait péricliter le traitement hormonal de la ménopause n’est pas tant l’étude WHI, inapplicable à une femme donnée comme toutes les grandes études épidémiologiques (et celle-ci particulièrement inapplicable aux françaises),
que l’administration militaire de ces hormones, quel que soit le profil, les besoins ou le ressenti des patientes, avec des critères d’ordre statistique (il faut telle dose pour assurer une protection contre l’ostéoporose, même si elle est inconfortable),
or la statistique est un piètre outil de la médecine, analysant son passé et non son futur, analysant des cohortes et non les individus qui avalent toutes ces pilules.

Sur le traitement hormonal de la ménopause se sont exprimés les pires extrémismes,
davantage en réalité chez ses adversaires, qui ont tenté d’en faire un traitement tueur,
que chez les fabricants et leurs affiliés médecins qui ont surtout arrondi les angles sans nier les inconvénients potentiels.
C’est aveuglement d’absorber un argument sans réfléchir à ses motivations commerciales.
Ca l’est tout autant de le dire erroné dès que cette pression existe.

Retrouvons le chemin de la prescription personnalisée,
au-delà de la réflexion que peuvent apporter les grandes études épidémiologiques,
qui n’ont jamais été conçues pour être Bibles Grandes Inquisitrices,
que malheureusement elles deviennent.

Rappelons-nous humblement que,
n’ayant encore décrypté qu’une fraction de la Pierre de Rosette physiologique,
la médecine reste, la plupart du temps, de la cosmétologie.

Une réflexion sur « Devant la vie éternelle »

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