Fév 042009
 

Résumé de: Quand la « bulle médicale » va-t-elle éclater? de Dominique Dupagne:

Une bulle naît de conditions réunies :
augmentation durable de valeurs particulières,
négligence leur cycle évolutif, opacité de l’évaluation,
experts soumis à conflits d’intérêts.
Spéculation et mimétisme collectif complètent le dispositif aboutissant à une bulle,
dont la rupture est généralement brutale.

La médecine remplit toutes ces conditions :
Le progrès médical croît depuis plus d’un siècle.
L’évaluation est devenue suffisamment opaque pour être incompréhensible
par la majorité des patients et professionnels de santé.
L’industrie pharmaceutique a fait fortune grâce aux prescriptions des médecins.
Elle finance désormais leurs formations, experts, recherches, accès à l’information.
Passivité des pouvoirs publics, coutumiers de ce mélange des genres.
De nombreuses stratégies médicales sont plus délétères que bénéfiques.
Université médicale et hôpital sont devenus une gigantesque « Knock Academy »
tandis que la médecine humaniste s’éteint sous les coups de boutoir
de la normalisation sclérosante et de l’inflation administrative sanitaire.

L’explosion de notre système de sécurité sociale solidaire
sera sans doute le grain de sable qui va enrayer cette spirale inflationniste
et provoquer la rupture douloureuse de la bulle médicale.

Commentaire: L’essentiel:
-Accidents médicaux croissants ou moindre opacité sur les pratiques?
-La bulle a déjà éclaté, celle de la confiance et non de l’efficacité.
-Comment un tel édifice a-t-il pu s’effondrer aussi vite?
-On ne peut pas se réjouir des problèmes de l’allopathie.
-Réduire les progrès de la médecine est tendancieux.
-Le patient découvre qu’il est l’objet de pub par une médecine cosmétique.
-Le conseilleur, gratuit, s’est transformé en fonctionnaire poinçonneur d’ordonnances…


Extrait:
« Au XXIe siècle, les maladies nosocomiales (infections contractées à l’hôpital) et les accidents liés à la médecine prennent des proportions considérables et inquiétantes. Sans nier les progrès et les succès de la cardiologie interventionnelle [2] ou de la chirurgie coelioscopique, beaucoup ont le sentiment que les autres spécialités stagnent, voire régressent. »

S’agit-il d’accidents croissants ou d’une opacité bien moindre sur les pratiques médicales?
La médiatisation croissante des erreurs, crée une psychose de la santé, fabriquée par le petit écran,
parallèle à faire avec les américains sombrant dans la paranoïa et l’ardeur guerrière parce qu’on leur sert quotidiennement des images de populations hostiles et d’actes terroristes.

La « bulle » a déjà éclaté,
mais c’est celle de la confiance et non pas de l’efficacité médicale.
Le coup d’aiguille initial a été le retrait du Vioxx.
Médicament présenté comme le remplaçant d’une génération de produits dépassés,
qui devient soudain tueur,
et surtout dans des circonstances jetant un sérieux doute sur l’honnêteté de l’industrie pharmaceutique.
Il n’en a pas fallu davantage pour dynamiter toute la confiance dans le médicament,
et les affaires hormones de la ménopause, pilule anti-obésité…
n’en sont que des ricochets.

Comment un tel édifice a-t-il pu s’effondrer aussi vite?
La faute aux prescripteurs, sous la pression du marketing pharmaceutique. L’absorption d’un médicament, au lieu de rester un acte retenu et réfléchi,
est devenu d’une banalité lui enlevant tout crédit.
Il permet aux médecins de remplir le tiroir-caisse et de raccourcir la consultation.
Le « test par le traitement » tend à remplacer l’examen clinique,
au point que la consultation se poursuit logiquement chez le pharmacien,
aboutissement quasi-inéluctable de l’entretien avec le médecin.

La confiance perdue dans le médicament est une catastrophe:
Une grande partie de son effet disparaît.
On voit ainsi des patients méfiants vis à vis des traitements de l’ostéoporose,
de niveau de preuve excellent,
et prendre confiants ceux de l’arthrose, niveau de preuve voisin du zéro.
Le médicament doué d’effet pharmaco-biologique devient un danger.
Revanche éclatante du placebo!
Inquiétude: Vu les motivations de l’industrie, pourquoi continuerait-elle à dépenser des fortunes pour se planter sur des molécules actives
alors qu’elle gagnerait bien plus à vendre des smarties bleus et rouges?
On ne peut pas se réjouir des problèmes de l’allopathie.

Réduire les progrès de la médecine à la cardiologie interventionnelle et la chirurgie coelioscopique est tendancieux.
D’une part les progrès sur les coronaropathies concernent une unique spécialité
mais un grand nombre de patients et la première cause de leur mortalité…
devenue récemment la seconde.
D’autre part toutes les spécialités enregistrent des avancées importantes.
La rhumatologie était réputée pour la finesse de ses diagnostics…
rivalisant avec la médiocrité des solutions thérapeutiques.
Tout ceci a été bouleversé avec les biothérapies:
les polyarthritiques détruits deviennent des cas historiques.
Il n’y a pas de spécialités qui régressent, plutôt qui deviennent engorgées par des actes inutiles ou routiniers.

En fait c’est bien la raréfaction de la maladie
qui a poussé l’industrie à défricher le terrain du facteur de risque
pour préserver et développer le marché des pilules.
En ce sens ils ont, soutenu par la piétaille médicale et par les médias,
développé le vrai problème moderne de la société:
non pas un tassement de l’efficacité thérapeutique,
mais une explosion de la connaissance des risques
et surtout de sa vilaine fille: l’anxiété.

L’homme moderne dispose d’un supermarché de mieux en mieux achalandé pour se faire bien soigner.
Mais il est devenu plus délicat de faire ses choix.
Il a découvert qu’il n’est pas un consommateur averti,
qu’il se fait tromper par la pub et les VRP de la santé comme dans les autres rayons.
Peut-être devrait-il investir un peu plus de ses propres ressources dans les conseils de son médecin traitant?
A réclamer qu’il soit gratuit, il l’a laissé se transformer en fonctionnaire poinçonneur d’ordonnances…

 Posted by at 13 h 30 min  Tagged with:

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