jan 212009
 

Pourquoi l’Evidence Based Medecine (EBM, médecine factuelle, médecine fondée sur les preuves) a-t-elle gagné autant de terrain?

L’histoire de la santé est marquée d’une schizophrénie:
Certains médecins, sachant qu’ils ne font pas de la science, ont toujours espéré le contraire. Par malheur l’homme, principal sujet, a un comportement particulièrement chaotique, difficile à mettre en équations.
Le médecin scientifique s’est donc efforcé de traiter l’homme en gommant son humanité.
Ainsi l’un des rôles de l’hôpital est d’impressionner suffisamment le patient pour réduire son exhubérance individuelle: la présentation de sa maladie devient plus sage, les symptômes rentrent dans le rang.

Pour se démarquer des croyances, pour reprendre la compétence sur le corps au pouvoir spirituel (à la Révolution Française la majorité des gens étaient soignés dans les couvents), le médecin scientifique a commencé par établir des règles matérielles reproductibles, capables de conduire à des certitudes.
Grande époque du cartésianisme et de la méthode, conduite par Claude Bernard. Construction de la médecine du XXè siècle.
Mais quand le pli est pris… les croyances ont continué d’être extirpées, y compris de l’esprit des collègues scientifiques. Car elles se nichent partout.

Après avoir construit un rempart de certitudes contre le spiritisme, on s’est mis à le saper avec les mêmes armes. Rien ne peut avoir une assise définitivement solide. A définir un niveau de preuve, on a surtout créé la médecine du doute.
A lutter contre les croyances, toute certitude a été détruite.

Le médecin scientifique a favorisé ainsi, paradoxalement, des pratiques basées sur l’auto-persuasion chez nombre de ses confrères, qui refusent l’intellectualisation outrancière de leur métier, imbibé de relation humaine.
Essor des « modes d’exercice particuliers ».

Car le doute, s’il profite au scientifique, est extrêmement pénalisant pour le patient.
Beaucoup de médecins, chercheurs frustrés, ont perdu de vue la finalité de leur métier, améliorer ceux qu’ils soignent, qui ne demandent pas forcément à être objet de science.
En ce sens le médecin scientifique s’est menotté tout seul: Il a été un moteur essentiel de la sécuritite ambiante, a créé une génération d’anxieux permanents (1), dont il faut maintenant assumer la faim d’assurance et de limitation du risque.

L’EBM, de projet scientifique, devient ainsi un moyen de défense contre la cohorte naissante de déceptions, de réclamations, de procès. Ce qui devait rester un élément de réflexion pour le médecin devient un ensemble de règles derrière lesquelles on peut se réfugier: « J’ai suivi les données scientifiques en vigueur ».

L’EBM, enfin un cocon isolant autour de ce patient trop bête?

(1) Pour se défendre de ces populations envahissantes, il se laisse aller à des dérives bien peu scientifiques, comme la création de l’entité fibromyalgie.

 Posted by at 19 h 39 min  Tagged with:

  3 Responses to “L'EBM, enfin un cocon isolant autour de ce patient trop bête?”

  1. Un bon patamédecin doit passer par une phase d’auto-suggestion.
    Chez le médecin scientifique, la suggestion se fait par des chiffres
    peu importe que la méthodologie qui les a produits
    n’ait pas démontré sa pertinence.

  2. La méthode « scientifique » médicale souffre d’un handicap rédhibitoire:
    Réduire le nombre de variables étudiées,
    idéalement n’en considérer qu’une seule,
    offre une validité statistique à peu près satisfaisante,
    en ignorant les biais qui n’apparaissent pas à une évaluation incomplète
    et ceux, insolubles, liés au recueil humain des données.

    Mais en s’attachant à une seule variable,
    on observe un processus par une fente minuscule.

    Inversement, étudier simultanément plusieurs facteurs
    crée tant d’interactions que les biais s’accroissent exponentiellement,
    sauf à inclure un nombre astronomique de sujets
    et à y engloutir le budget d’une nation.

    Problème: Rien ne permet de croire que jeter de multiples coups d’oeil sur un processus est aussi fiable qu’une observation globale et simultanée.
    Probable même que si la conclusion d’un coup d’oeil est fausse,
    elle rend tout l’édifice fantaisiste
    du fait de l’emboîtement des études sur leurs références antérieures.

  3. A lire absolument sur le progrès médical: Cet article du Pr Didier Sicard

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