Economie de la santé: Fait-on de la science ou enrobe-t-on l'intuition?

Voyons l’article Franc, pas tout récent,
mais qui « démontre » qu’il est « impossible pour le gouvernement d’instaurer une politique de santé encourageant simultanément une amélioration de la qualité et une limitation des dépenses ».

La modélisation du système de santé est en classe de maternelle.
Pour agir sur ce mécanisme tourbillonnaire,
on essaye actuellement une manette après l’autre,
priant pour éviter l’explosion.

Nos aspirants physiciens
devraient se pencher plutôt sur les théories du chaos,
quand les mêmes mesures injectées à des temps différents du système
peuvent produire des effets opposés.

Un visionnaire saura-t-il enfin repérer le nuage des points-clés
qui, influencés et coordonnés,
favoriseront les bonnes tendances?

Un exemple de la richesse de ces interactions:
Prenons le désir du médecin de satisfaire son patient, clé importante s’il en est…
Il est influencé
-par les actions en justice pour diagnostic erroné
Souhaitons que cela ne devienne pas la régulation principale.
Interaction avec le système judiciaire, les tendances revendicatives, le bien-être général (matériel en particulier)
-par le désir de ne pas voir sa salle d’attente désertée.
Cela suppose que les médecins soient assez nombreux pour ne pas être tous surchargés:
Interaction avec la démographie médicale
-par les convictions du patient:
Interaction avec les médias, qui font la publicité plus ou moins juste des traitements,
et aussi celle des craintes en matière de santé (Cf la médecine de l’inquiétude).
-par les attentes non médicales du patient:
Interaction avec les contraintes du métier
Interaction avec les circuits d’assistance,
quand le médecin prescrit des arrêts de travail ou des certificats,
que le patient peut acheter avec sa clientèle.
-par la position sociale du médecin
Il fut une époque où le médecin notable ne facturait pas ses soins aux plus démunis.
Le statut du médecin dévalorisé par la politique de santé, sa fonctionnarisation,
influencent son revenu cible.
-par la rémunération bien sûr.
Le médecin s’intéressera mieux aux cas difficiles si son temps et son effort d’expertise sont récompensés.
Interaction avec les systèmes de tarification à la pathologie, encore embryonnaires.
-par qui est le vrai payeur.
Interaction avec d’autres circuits d’assistance,
l’attitude du médecin étant différente si les sous sont ceux de l’administration ou ceux du patient.
-par l’urgence de l’état morbide
Interaction avec la politique préventive, la philosophie générale et individuelle du risque.
L’attention aux résultats n’est pas la même sur une sciatique aiguë
et sur une tension modérément élevée
aux complications lointaines et hypothétiques.

On peut en faire un livre
et ce n’est qu’un des points-clés
tous interagissant
jusqu’à l’échelon individuel, relation médecin-patient
jamais identique.

Telle la médecine qui singe la physique avec l’Evidence Based Medecine,
les modèles mathématiques en économie de santé caricaturent allègrement la science,
oubliant une telle quantité de facteurs dans leurs équations du 1er degré
qu’ils se déconnectent de la réalité.

Messieurs allez chez les météorologues peaufiner vos équations
nous aurons une meilleure idée
du temps qui attend la santé.

3 réflexions au sujet de « Economie de la santé: Fait-on de la science ou enrobe-t-on l'intuition? »

  1. Il est temps pour les médecins, fortement individualistes,
    de prendre conscience qu’ils ne sont plus considérés comme des individus par nos économistes.
    S’ils veulent se battre pour leur petite entreprise,
    il faut démontrer sa qualité propre plutôt que réclamer 1€ d’augmentation générale pour toutes les entreprises du secteur.

  2. Quelle distance entre le malade consommateur,
    qui après une enquête facile connaît les bonnes adresses,
    et ses représentants technocrates,
    impuissants à découvrir ces bonnes adresses,
    qui voudraient maintenir le malade chez le médecin le plus proche
    pour que leurs équations fonctionnent.

  3. Corollaire:
    Un ministre de la santé n’a aucune chance de réformer son secteur
    sans aller égrener des ordonnances dans les autres ministères
    où il perdra rapidement tous ses potes.
    Aucune chance en tout cas d’en sortir
    simplement en nommant Harpagon à la tête de la Sécu.

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