La médecine du doute et de l'inquiétude

D’où provient le déficit de la sécu? (3)

Il exista une époque
où Claude Bernard s’attachait à déterminer chez un malade
la cause précise de ses maux,
et à lui administrer la meilleure potion ciblée
pour sa situation propre.

Vint l’Evidence Base Medecine (EBM),
objectivement « médecine fondée sur le doute »
relookée par ses moines en « médecine fondée sur les preuves ».
Science? ou église aux pratiques divinatoires:
Devant la cohorte des fidèles,
Il s’agit désormais de déterminer combien d’entre eux risquent d’être malades
et de tous les traiter pour réduire le nombre de maladies effectives.
Certains, bien portants, le seront moins à cause du traitement.
D’autres s’inquiètent inutilement, ils n’auraient jamais été malades.
La divination n’est jamais assez précise.
Mais la cohorte prime.

Le tube à essais, malgré sa forme virile,
s’est fait supplanter par la méta-analyse.

Quelle désynchronisation entre l’enseignement classique de la médecine,
hospitalier et basé sur le déterminisme,
et les pratiques médicales quotidiennes
dirigées par l’EBM et le marketing pharmaceutique.
La rigueur des vieux mandarins avait des côtés excessifs:
Réactions épidermiques à tout ce qui ne venait pas du sérail.
Ainsi l’allopathie a pris des allures de forteresse
au lieu d’être une philosophie conquérante.
Mais que diraient nos vieux maîtres
en nous voyant calculer les chances d’un patient,
abandonnant au passage notre sens clinique
et toutes autres connaissances intimes le concernant?

Nous créons une génération de praticiens gavés de chiffres,
aux mains moins habiles
et aux certitudes calculées… en pourcentage.

Les médecins se sont-ils passés tous seuls la corde du doute autour du cou?

Sans tomber dans la paranoïa, cherchons à qui cette médecine profite:
L’industrie pharmaceutique, quand elle guérit, perd ses consommateurs.
Plus de malades? Traitons les biens portants,
que la statistique peut génialement transformer en personnes à risque.
Qui, si l’on additionne les antécédents familiaux, les paramètres métaboliques, les habitudes de vie,
ne s’écarte pas quelque part de la norme idéale,
avec un joli risque significatif à la clé?

Les médecins, la tête dans les diagnostics quotidiens,
ne sont pas des historiens de leur propre pratique.
Les décisionnaires du grand capital, eux, sont payés pour réfléchir au futur,
de façon à ce qu’il profite à leur industrie.
Même les grands scientifiques sont faciles à manipuler…
quand on leur fait croire qu’ils font toujours de la science.

Si d’aventure il prenait aux médecins l’envie de réagir
et de s’occuper à nouveau d’individus,
il faudra un interminable sevrage à ceux-ci
pour abandonner l’insidieux doute
si longtemps perfusé.

2 réflexions au sujet de « La médecine du doute et de l'inquiétude »

  1. Le chercheur médical fantasme sur les hard sciences.
    Avec les statistiques et le doute,
    il singe la physique de Heisenberg,
    oubliant que si l’incertitude dirige le monde atomique,
    à l’échelon macroscopique par contre,
    les réactions biochimiques donnent toujours les mêmes résultats,
    la mutation précise d’un gène provoquera les mêmes conséquences.

    La présentation d’une maladie, quand elle diffère,
    est affaire de personnalité, d’habitus,
    gangue que le praticien s’affaire à détacher
    pour trouver le diamant de son diagnostic.

    Le bon médecin a toujours utilisé
    une foule de petits arguments, des rapprochements, des trouvailles cliniques,
    la mémoire de l’histoire de cette personne,
    qui n’ont aucune chance d’avoir un jour une significativité statistique,
    surtout quand c’est leur association en un cocktail bien spécifique
    qui allumera le regard de notre Sherlock.

    Ainsi assiste-t-on à un renversement de science:
    Le non-significatif devient suspect.
    L’intuitif adoré des familles devient un déviant,
    piétiné par la colonne aux têtes bien alignées
    des soldats armés de leurs tables et de leurs arbres diagnostiques,
    médiocres penseurs qui se verront bientôt remplacés par des machines.

    Rien de plus facile à mettre en algorithme que les statistiques.
    J’avais déjà créé il y a 20 ans un programme de diagnostic automatique.
    Il m’a servi…
    les 2 années qui ont suivi ma sortie de fac.

  2. Exemple d’obscurantisme fondé sur les preuves:

    Quelques publications ayant souligné l’intérêt potentiel de l’injection d’étanercept intra-articulaire dans les arthrites rhumatismales, une étude contrôlée versus injection de cortisone, traitement de référence, montre une efficacité identique de l’éthanercept.

    Conclusion Médecine Fondée sur les Preuves: L’éthanercept montre, avec un niveau de preuve élevé, une efficacité identique au traitement de référence intra-articulaire de l’arthrite.
    On peut faire de l’éthanercept…

    Conclusion du Bon Sens: La boîte de cortisone valant 4€ et celle d’Enbrel 400€…
    pour un résultat identique:
    Ne faisons surtout pas d’éthanercept…

    Je vous laisse deviner quelle « science » est privilégiée par le labo…

    Etanercept VS glucocorticosteroids intra-articular injections in rheumatoid arthritis: a randomized double bind study. Roux et al. EULAR 2008

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