Quand sert le traitement? (Cancer (2): le traitement)

L’essentiel: Réflexions sur la prise en charge des cancers,
indirectement motivées par la controverse sur les longues maladies.

Sur l’indication des traitements…

2 catégories de cancers:
1) pronostic favorable, chances de guérison avec un traitement spécifique
ou de gain de plusieurs années de vie
sans que ces traitements les transforment en chemin de croix,
ou encore évolution spontanée lente chez une personne âgée,
qui dissuadera de tout traitement agressif.
2) pronostic médiocre: traitements capables d’obtenir une prolongation de vie,
au prix fixe d’une détérioration parfois considérable de la qualité de celle-ci
(mutilations chirurgicales, effets indésirables des chimio et radiothérapies).

Dans 2 jours: hausse des prix du tabac
Hausse du tabac

Difficultés rares en situation 1.
L’abaisse-langue ne serait-il pas le principal accessoire médical de la situation 2 ?
..parce qu’elle recueille le plus grand stock de langues de bois,
ou, allégorie, parce qu’il est plus facile de regarder
le fond d’une gorge que les yeux qui souffrent et espèrent.

Faut-il décider pour le patient?
– lui proposer un traitement actif du cancer est déjà décider à sa place –
ou servir d’aide à la décision ?
C’est une phase difficile :
-médecin emberlificoté par ce qu’il pense que peut assumer et comprendre le patient,
par ses carences quant aux possibilités réelles de traitement,
par sa salle d’attente pleine,
par la présence autoritaire des proches
-patient emmêlé entre son désir de savoir et le besoin d’être rassuré.

Comme toujours le non-dit fait des ravages impressionnants.
Tout mettre à plat est la solution la moins aventureuse,
mais pas forcément en une seule fois,
c’est là où connaître son patient est utile,
sans que cette connaissance devienne oeillères :
Après tout c’est une situation exceptionnelle,
et nombreux sont ceux qui la vivent à l’inverse
de toutes leurs maladies antérieures.

Il est délicat d’intervenir dans la fin de vie d’une personne,
surtout à l’heure d’une perte de prestige du médecin,
d’erreurs et reproches facilement médiatisés.
Mais qui d’autre sait mieux ce qui attend le malade incurable ?

Quand ne rien faire est une alternative valable,
les autres sont pires.
Que choisirez-vous entre
une vie le plus longtemps normale,
fin assistée quand cela devient nécessaire ?
et une vie de malade permanent,
soumis aux inconvénients et aux incertitudes de thérapeutiques lourdes,
qui gagnent au mieux quelques mois,
d’une vie aux débris déjà dispersés
par une explosion nucléaire ?

Plus souvent la question est posée autrement,
au mépris de toute éthique:
Voulez-vous ne rien faire
– et mourir prochainement –
ou tout tenter pour vous en sortir ?

Car le cancer est un marché juteux.
Pléthore d’actes techniques,
consultations multiples,
traitements coûteux,
rapportant indirectement aux médecins parce que les études cliniques sont bien rémunérées.

Le cancer fait vivre plus de gens qu’il n’en tue.

Nombre de patients ont ainsi été recrutés pour des essais
avec des bénéfices d’emblée douteux,
quand on compare une chimiothérapie n’améliorant guère la survie
avec une autre à peine plus prometteuse,
surtout quand on n’a pas réellement expliqué au malade
l’intérêt de n’en faire aucune (1).

Ce n’est pas un discours d’économie,
quand les sommes astronomiques perdues
dans des hospitalisations et traitements inefficaces
auraient été mieux investies,
dans l’immédiat peut-être, pour les malades, dans des fumeries d’opium !..
dans la recherche active des stades précoces,
et pour l’avenir, dans la recherche fondamentale.

Car il y a heureusement bon nombre de cancers en catégorie 1,
ne perdons pas espoir.
Nous finirons un jour par être capable de nous auto-guérir (2).
Jusque là…
Halte à la fumisterie des traitements Parce-qu’il-faut-bien-faire-quelque-chose

10 réflexions au sujet de « Quand sert le traitement? (Cancer (2): le traitement) »

  1. (1) Nous prenons des risques: Des médecins se sont retrouvés au tribunal
    pour avoir déconseillé une chimiothérapie.
    Trop facile après le décès du patient
    de dire qu’on aurait pu le sauver avec ces traitements,
    surtout quand la famille cherche un coupable.
    C’est à cause de ce genre de procédure
    que les médecins se blindent d’un nombre impressionnant
    d’examens et de traitements inutiles sur le fond,
    mais bien pénibles pour celui qui les subit.
    On pourrait parler des « martyres du traitement du cancer ».

    (2) Cas récent d’un mélanome (cancer de la peau) avec métastases diffuses, d’évolution constamment mortelle, guéri complètement par thérapie génique.

  2. Les gens qui hurlent quand on touche à la longue maladie
    n’ont, pour l’essentiel, aucune idée du poids financier
    dont seront longuement malades
    les générations futures,
    égoïsme déguisé en humanisme,
    surtout quand ce budget est aussi peu rentable
    en termes de survie et de confort.
    Le surcoût par rapport à des maladies normales
    n’est pas loin du 100%…. gaspillage.

  3. La question peut se formuler autrement : faut-il dépister le cancer ?
    A mon avis, c’est la question centrale.
    Plus on envoie de soldats sur le front du cancer, plus il y a de morts ! C’est un fait.
    Autrefois, on ne traitait que les cancers avérés, et il y en avait beaucoup moins, semble-t-il.
    Le diagnostic trop précoce lié au dépistage de masse amènerait-il à la boucherie chimio-radio-chirurgicale plus de candidats qu’il n’en faudrait ?
    Finalement cette guerre contre le cancer profite aux marchands de soins (comme toute guerre profite aux marchands d’armes)
    Et plus il y a de cancers, et plus il y a de guerres, meilleur est le commerce !
    Faut-il donc arrêter la guerre pour que les morts cessent ?
    La lutte contre le cancer ressemble en fait une idéologie que l’on ne pourrait contester, mais qui cacherait des desseins plus obscurs.
    Les centres anti-cancéreux seraient-ils les nouveaux goulags de cette idéologie ?
    En effet, dans cette utopie de la santé parfaite et de la vie éternelle qui est celle de nos sociétés modernes, le cancéreux est un peu le déviationniste, le dissident des idéologies marxistes d’antan.
    Son dépistage est assimilé à un arrêt de mort (TU MEUR).
    Mais le tour de force de cette nouvelle idéologie est que le clandestin se livre de lui-même à la sentence du dépistage. (La police du cancer n’a même plus à aller le débusquer).
    Et son chemin de croix thérapeutique est auréolé par le sacrifice de soi à la grande marche aveugle, cruelle mais nécessaire du Progrès.
    Dans ce jeu de dupes, le cancérologue est un peu comme ce bon père de famille qui torture les gens dans le film BRAZIL, pensant faire un métier difficile mais nécessaire, alors qu’il est lui aussi une marionnette manipulée par les nouveaux maîtres de cette idéologie totalitaire (et rentable).

    Y a-t-il des études comparatives de suivi de patients au même stade, les uns informés et traités, les autres restant dans l’ignorance du diagnostic et sans soin, et d’autres choisissant eux-mêmes la thérapeutique leur paraissant la plus adaptée (comme traverser le Sahara à pieds ou s’enfermer un mois dans un lupanar asiatique ) ?

  4. Réponse: Etude impossible.
    Laisser les gens volontairement ignorants du diagnostic?
    Contraire à l’éthique.
    Hors recherche pourtant, c’est couramment l’attitude de certains médecins,
    quand ils estiment que le malade n’est pas capable d’assumer.
    Je n’ai jamais trouvé que le principal concerné s’en portait mieux,
    ou alors il faut qu’il soit bien nouille.

    La 3ème option que vous proposez semble séduisante,
    mais l’étude, si elle était réalisable, devrait prendre en compte les profils des malades,
    avec sans doute comme résultat
    que l’option 1 (informés et traités d’office) serait meilleure pour les moins adultes,
    la 2 (ignorance) pour ceux qui ont abandonné après la 1ère ligne de ce post,
    la 3 (choix de n’avoir plus affaire à la médecine) pour les esprits indépendants.

  5. Après réflexion, je reconnais que mon attitude vis à vis du cancer est plus
    émotionnelle que rationnelle. Il m’est arrivé, et pas qu’une fois, de voir
    des malades en situation 1 dépérir rapidement et mourir, et avoir eu
    l’impression que le diagnostic les avait envoyé au casse-pipe.
    Mon attitude est de faire l’autruche et de justifier mon inaction par le
    « Primum non nocere » d’Hippocrate.
    Devant un cancéreux en situation 1 qui meurt un peu plus vite que prévu
    malgré un traitement bien conduit, je ne veux pas avoir à me dire : « au
    moins, on aura tenté quelque chose », et encore moins : «  »si je n’avais rien
    fait, peut-être serait-il encore en vie ».
    Conclusion : je m’en lave les mains, comme Ponce Pilate, et si d’autres
    veulent faire le sale boulot à ma place, je leur laisse volontiers.
    Mais ceci n’est qu’une opinion personnelle de médecin, évidemment hors sujet
    par rapport à ton papier.

    Un cancérologue, je ne sais plus lequel, disait : « qui peut se vanter de
    connaître le traitement du cancer du sein ? »
    Ce genre de phrase est là pour nous rappeler que notre désir de rationaliser
    cache une ignorance profonde. Le cancer échappe à tout pronostic et il
    semble qu’il y ait plus de guérisons spontanées qu’on veut bien le dire mais
    elles ne sont pas recensées car ce sont des patients qui ont fui le milieu
    médical, qui ont pris le maquis, en quelque sorte.
    Je pense que l’auto-guérison est déjà à notre portée et que nous devrions
    l’encourager, mais on est payé pour faire notre boulot de médecin et faire
    croire aux gens qu’on a une réponse adaptée en toute circonstance.

    Pour finir, je voudrais faire un parallèle avec la Dengue. Il est étonnant
    que l’année où la lutte a été la plus intense avec projection massive
    d’insecticides dans tous les quartiers de la ville, coïncide avec l’année où
    cette maladie a fait le plus de morts en Calédonie.
    N’amplifierait-on pas un problème en se focalisant dessus ?

    Tout ceci évidemment ne peut pas être publié car cela ne fait que pousser
    les gens dans les bras de la Patamédecine.

  6. En vrac:

    Une nuée de vautours plane sur la fin de vie
    beaucoup portent une blouse blanche.

    On s’occupe du cancer
    -par humanisme
    -parce que ça rapporte.

    Pour ne pas épuiser l’humanisme
    il est préférable de saupoudrer la prise en charge parmi tous les médecins
    et ne centraliser que les gestes techniques.

    Faut-il faire n’importe quoi chez un cancéreux
    juste pour déculpabiliser une famille?

    Le but du système de santé est-il d’améliorer le confort de vie
    ou d’offrir des cercueils en or?

    1. La philosophie du post en référence est inexacte: La cellule ne devient pas cancéreuse parce qu’elle subit des agressions extérieures. C’est un phénomène permanent, que compensent les mécanismes de réparation de l’ADN, mais ceux-ci deviennent de moins en moins efficaces avec l’âge, vieillissement qui est lui aussi programmé génétiquement, sous forme de perte de fragments de chromosomes lors de la réplication cellulaire.

      Autrement dit nous avons des cellules cancéreuses en permanence, mais nous nous en débarrassons correctement pendant la plus grande partie de notre vie. A l’appui de cette thèse, des cancers dépistables, donc ayant atteint une certaine taille, peuvent encore disparaître spontanément.

      D’une autre façon, provocatrice: Le cancer est « naturel ». C’est la façon que mère Nature a trouvé pour se débarrasser de ses créatures arrivant à péremption, de façon à faciliter le brassage de gènes et l’évolution de l’espèce.

      La bonne philosophie du cancer n’est donc pas de stresser tout le monde en cherchant à supprimer une liste interminable de produits soupçonnés cancérigènes, mais de trouver le moyen de contrôler les mécanismes de réparation cellulaire et de permettre à chacun de se débarrasser de son cancer dès qu’il prend un peu trop de place !… quitte à continuer à fumer s’il le désire.

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