Placebo: Redonnons-lui sa place, au beau

Placebo, du latin « je vais plaire »,
est une étiquette péjorative dans l’esprit de la majorité d’entre nous.
C’est immérité.

« Un placebo c’est du vent »
Faux: Il exerce des effets réels sur l’organisme, même dénué d’effet pharmacologique propre.
C’est parfaitement mesurable,
éventuellement par des tests sanguins,
comme pour un médicament classique.

« Ce n’est pas un vrai médicament »
Un véritable avantage!
Qui n’a pas souhaité savoir si tel traitement pris au long cours était indispensable?
Effet pharmacologique implique aussi effets secondaires.
A l’heure d’une méfiance croissante vis à vis du médicament,
de sa promotion commerciale excessive,
le placebo est un test plausible dans nombre de situations.
Il vous permet de savoir si les effets ressentis du traitement
lui sont réellement propres.

Vous prenez par exemple du Zeppelinx,
merveilleux nouveau (hypothétique même) médicament contre l’aérophagie.
Avec votre accord écrit, le médecin demande au pharmacien de vous délivrer une boîte mois par mois,
et avec une rigoureuse impassibilité de vous remplacer une fois
le mirobolant Zeppelinx par un piteux placebo.
Au bout de 4 à 6 mois, indiquez au médecin si votre bedon a rejoué les montgolfières:
-Réponse négative: Vous évitez de prendre pour rien un vilain chimique
susceptible d’effets indésirables.
Le placebo a la même efficacité?
Continuez-le: Il est actif.
-Réponse positive: Vous savez maintenant que la réputation du merveilleux Zeppelinx n’est pas usurpée
et le prendrez avec une confiance renouvelée
qui en décuplera les effets.

« Pourquoi payer cher un placebo »
Soyons pragmatiques: Un placebo cher marche mieux qu’un bon marché -c’est démontré-
Les médecines alternatives, qui utilisent beaucoup l’effet placebo,
sont onéreuses.
Elles seraient moins efficaces dans le cas contraire.
Principe « si c’est facile à obtenir ça ne vaut rien »,
« si c’est rare et cher, c’est précieux et efficace »
bien ancré dans l’esprit humain
et responsable de l’extinction des rhinocéros…

« On ne sait pas comment ça marche »
Vrai la plupart du temps,
mais vrai aussi pour la majorité des médicaments classiques,
dont les actions restent hypothétiques,
ou sont régulièrement bouleversées par de nouvelles recherches.

« Ca n’intéresse pas les laboratoires »
Vrai. On ne trouve pas du placebo en pharmacie.
Les labos en produisent à fin d’étude uniquement,
et ne sont pas enthousiastes pour répandre des fausses gelules
qui, croient-ils, nuiraient aux volumes de vente.

Dans la conjoncture actuelle, c’est une erreur:
La confiance dans le médicament est en berne,
et faire soi-même le test contre placebo est le meilleur moyen d’emporter l’adhésion du consommateur.
Les médecins et les patients avertis
savent que les résultats des études ne sont pas transposables à l’individu.

Je pense même que fabriquer conjointement un placebo de son produit
et d’en faire la promotion chez médecins et pharmaciens
est une idée à millions (1):
Le premier industriel engagé
dans cette imparable politique de transparence
enterrera durablement la concurrence.

(1) Etre ou Avoir… son placebo dans la poche:
Pour éviter tout litige sur la propriété intellectuelle, merci de régler votre adhésion à Rhumatologie en Pratique…

Fastfood
Fastfood, de G. Mathieu -Le contexte, toujours le contexte…

6 réflexions au sujet de « Placebo: Redonnons-lui sa place, au beau »

  1. Pour passionnés et pros, des renseignements supplémentaires:

    Vocabulaire: Différencions bien
    l’efficacité, vérifiée dans une étude contrôlée contre traitements alternatifs,
    et l’effet, qui est obtenu dans la situation de prescription courante.

    Empathie, contexte de prescription, attentes du patient,
    sont des déterminants essentiels de l’effet placebo.

    La réponse placebo comprend:
    -l’effet placebo proprement dit
    -l’amélioration naturelle de la maladie, et la régression spontanée vers la moyenne des symptômes les plus extrêmes -phénomène bien connu dans les études contrôlées-
    -l’effet Hawthorne: bénéfice provenant de l’interaction avec l’étude,
    c’est-à-dire que le simple fait de participer à une étude,
    de rencontrer des chercheurs,
    est valorisant et susceptible d’entraîner une amélioration.

    Mode de traitement: L’effet placebo va de 20% pour des comprimés
    à 70% pour la chirurgie

    L’effet placebo peut être important,
    au point de masquer un effet propre inverse (produit toxique)!
    D’où la nécessité de garder les placebos sous le contrôle d’industriels sérieux,
    et d’éviter le produit exotique fabriqué dans une arrière-cour de pays émergent.

    Le recours aux médecines alternatives
    est motivé dans près de 80% des cas par des causes musculo-squelettiques,
    et en particulier la douleur.
    C’est la médecine manuelle qui tient la corde pour les partisans du contact,
    suivie de près par l’homéopathie pour les amateurs de pilules,
    et un peu plus loin l’acupuncture pour les adeptes du fakir.

    Placebos et médecines alternatives sont réputés sans risque,
    en fait on a très peu de données sur les effets secondaires,
    et ils ont un risque propre:
    médecin traitant pas informé -> interactions possibles.

  2. L’idée à millions, ce serait plutôt de vendre un placebo de la concurrence…
    Après les génériques, voici un moyen efficace de couler les rivaux à service médical rendu faible!

  3. 1 médecin américain sur 2 prescrit des placebos en toute connaissance de cause
    (Tilburt J et al., BMJ, 337 : a1938, 2008)
    Seuls 5% évoquent la question du placebo avec leurs patients.

    Pratique également courante chez les médecins français.
    Il ne s’agit pas en fait de faux médicaments mais plutôt de produits théoriquement inoffensifs, détournés de leur indication « officielle »: vitamines, calcium, magnésium, fortifiants en tous genres, antalgiques mineurs, et même des antibiotiques.

  4. La réponse au placebo n’a pas que des déterminants psychologiques:
    Elle est aussi génétique.
    Logiquement, notre capacité à nous auto-améliorer repose,
    comme l’apparition ou l’évitement des maladies,
    sur des capacités biologiques pas entièrement sous dépendance
    de notre bon vouloir.

    Réf: Science et Vie sept 09 p33

  5. Sur les difficultés des études en double aveugle:
    Proposition d’un placebo mimant les effets indésirables du produit actif !
    Le principal intérêt du texte est de semer un doute pesant sur la validité de nombreuses études…

    Dans la recherche thérapeutique, les études dites en double aveugle (ou en double insu) sont considérées comme le modèle de référence, le standard d’excellence ( the gold standard). Vérifiée pour toutes les disciplines médicales, cette règle vaut en particulier pour la psychiatrie. Car si les patients connaissent à l’avance la nature de leur traitement (placebo ou molécule présumée efficace), ils peuvent anticiper (consciemment ou non) le bénéfice attendu de ce traitement et ils risquent de mieux y répondre.

    Procédant de l’effet placebo, ce phénomène peut être résumé par l’isolexisme [1] « aller mieux à l’idée d’aller mieux». Il peut concerner aussi les évaluateurs : un praticien sera plus enclin à parler d’effet s’il a la certitude de prescrire une molécule active, mais plus réticent avec un placebo. Or il est souvent difficile de garantir le respect du double aveugle, car même si les formes galéniques sont identiques, le placebo et le vrai médicament peuvent différer, notamment par une odeur et/ou un goût distincts. Et surtout, comme les patients sont avisés des éventuels effets latéraux des traitements (prise de poids, tremblements, etc.), cette considération peut interférer avec leur fréquence observée et avec le bénéfice ressenti lors de cet essai thérapeutique. C’est tout le problème de l’objectivité face à la subjectivité.

    Lors de l’essai d’un antidépresseur, des études ont ainsi montré qu’au moins trois quarts des patients sont capables de deviner correctement quel produit leur est assigné (médicament actif ou placebo). Et paradoxalement, même le silence prend alors valeur d’information ! Car l’absence inhabituelle d’effet indésirable peut alerter l’intéressé sur ce qu’il reçoit réellement : le fait de ressentir peu ou pas d’effets latéraux accroît sa conviction d’être traité par un placebo. Contre ce phénomène nuisible pour la méthodologie du double aveugle, une parade éventuelle consiste à recourir non à de vrais placebos (pharmacologiquement inertes), mais à des placebos dits « actifs », c’est-à-dire susceptibles de présenter, eux aussi, des effets latéraux, par exemple de type anticholinergique ou antihistaminique !

    L’objectif est de préserver le double insu, grâce à une meilleure simulation de l’administration d’un médicament, en intégrant également des effets indésirables, mais sans lien direct avec l’effet thérapeutique escompté de la molécule active testée face à ce placebo. Et selon des conférences de consensus sur l’harmonisation des essais thérapeutiques, il serait utile, pour mieux apprécier leur impact, que ces études précisent systématiquement (critère encore rare) la proportion des participants et des praticiens ayant deviné correctement à quel produit ils sont confrontés, placebo ou médicament.

    [1] Figure de rhétorique jouant sur la réitération d’un terme : « douter du doute », « le fin du fin », « le roi des rois », etc.
    Perlis RH et coll. : Assuring that double-blind is blind. Am J Psychiatry 2010 ; 167 (3) : 250-252

  6. L’effet placebo existe pour n’importe quelle guérison, même chez un bébé, un animal, voire une plante — dénuée de toute conscience ¡ —, car il existe un effet placebo pour toute observation. Vous êtes certainement averti depuis longtemps que nos sens nous trompent, que nos craintes et espoirs colorent considérablement notre vision du monde. Dès que nous participons à un traitement, à une intention d’améliorer, nous modifions notre relation avec le sujet de notre sollicitude. Les pleurs du bébé sont moins irritants, semblent s’espacer dès qu’ils s’arrêtent un moment, l’animal paraît avoir meilleure mine. Comme la relation est toujours à double sens, le sujet éprouve cette satisfaction en nous et peut, réellement s’auto-améliorer… au moins pour le bébé et l’animal.

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