Médecins et "nouveaux" ostéopathes: Enfin en réseau?

Question d’un ostéo breton: Quelles devraient être les relations entre médecins et « nouveaux » ostéopathes?
sous-entendu à pratique mieux reconnue parce que formés de façon plus cartésienne (1).
Recrutons humains
Emprunt à la campagne Adia

Dans relation, il y a lien professionnel et lien de cordialité.
Le second est résolu si le premier fonctionne à la satisfaction des 2 parties.
Chacun doit donc avoir une place claire dans le réseau de soins.
C’est loin d’être acquis.
Voyons les aberrations du réseau:

Kiné et ostéo doivent-ils être professions séparées?
La première a été dévalorisée par les limites imposées par le corporatisme médical.
Combien de kinés ont renoncé à faire de l’ostéo,
à l’époque de sa réputation plus sulfureuse,
pour ne pas déplaire à leurs médecins-prescripteurs?
Nombre souhaitaient, étudiants, faire de la médecine,
et supportent mal les restrictions de leur métier,
certaines justifiées, d’autres non.
La formation aux métiers de santé identifie très mal qui sera adapté à tel rôle,
des kinés auraient pu faire d’excellents médecins,
des médecins auraient du choisir les études commerciales plutôt que la santé.
Pas d’autre filtre malheureusement que ce très incomplet concours de PCEM.

Le cloisonnement actuel des facs médicales, kiné, infirmière, ostéo,
est trop strict.
Le métier de chacun doit être clair,
les limites devraient rester souples,
favorisant le travail d’équipe,
et l’adaptation du système à un financement qui évolue,
comme le font les connaissances générales des patients.
2 réactions possibles: moduler le revenu des professionnels,
ou déléguer ce qu’ils prennent en charge.

Tendance chez les médecins depuis 3 décennies: lutte contre la paupérisation en augmentant le nombre d’actes…
de bobologie, la maladie ayant heureusement tendance à reculer.
Ainsi l’activité principale du généraliste est devenue
renouvellement d’ordonnance, prise de TA, contrôle de chiffres, virose hivernale.
Son degré d’expertise est fragilisé par ces tâches routinières,
et par le savoir croissant du patient,
qui bouderait certainement nombre de consultations
sans leur gratuité et celle des médicaments sur l’ordonnance.

La seule issue, au moment où les généralistes réclament le C=CS,
mettant la charrue avant les boeufs,
est de déléguer des tâches aux autres professions de santé
pour se recentrer sur le vrai métier du médecin: le diagnostic,
et réclamer efficacement sa correcte rémunération.

Vous voyez l’importance
de l’harmonisation des formations médicales et paramédicales,
ainsi que l’éducation sanitaire de tous, patients potentiels,
actuellement abandonnée aux médias et leurs sponsors.

La frilosité des organismes sociaux à ce sujet est étonnante,
que n’expliquent pas entièrement les pressions du lobbying médical
et la crainte des actions en justice (2).

L’ostéopathie a fonctionné, en fait, sur la bonne information de ses clients:
Y viennent en large majorité des gens qui relèvent bien de la spécialité,
évitant la multiplication d’erreurs ou de consultations inutiles.

Cette bonne information -où s’insérer dans le réseau de soins-
implique que chaque acteur de la santé participe à l’intégration du système.
Face à l’épouvantail de la déception du patient réorienté,
tous ont des efforts à faire,
le médecin, s’il est incontournable,
c’est comme chef d’équipe.
Mais attention à la multiplication des actes
au contenu de moins en moins substantiel.
Si le médecin se comporte en informaticien prescripteur d’examens, de pilules, de massages,
les patients iront chercher leur diagnostic ailleurs (sur les forums santé?)
et le transformeront en simple rédacteur.
A vos mains, messieurs! A votre parler vrai!

Mais qui est responsable?
L’individu ou le système qui rend plus rentable de remplir des ordonnances que d’examiner son patient?
Idem pour les kinés, quand ondes et massages sont plus rentables que la rééducation fonctionnelle.
Les ostéopathes non médecins jouent le rôle d’aiguillon,
essayent de répondre à la vraie demande des patients,
qui est d’aller bien
et pas seulement du confort ou l’assurance de non gravité des lésions.

Mais la niche est étroite,
et la multiplication sans frein des ostéos va pervertir leurs actes,
comme dans les zones à trop forte densité de médecins.

Les « nouveaux » ostéopathes n’ont pas clairement défini leur place.
Sont-ils des généralistes du squelette?
Font-ils de la médecine préventive, justifiant des séances d’entretien chez des patients qui ne se plaignent plus de rien?
Doivent-ils participer au dépistage périnatal des troubles liés à la position intra-utérine et à l’accouchement?
Beaucoup d’avis divergents au sein même de la profession.
Le réseau des médecins est aussi embrumé, avouons-le, par les modes d’exercice particuliers.

Préciser les réponses
réclame un accord sur les définitions de santé, confort,
jusqu’où s’étend la solidarité,
l’ouverture du réseau reposant beaucoup sur sa prise en charge financière.

Réseau de soins et hyperspécialisation ont le vent en poupe,
stimulés par des patients bien informés qui se dirigent d’emblée au bon endroit.
Des dangers existent:

Perdre de vue la globalité de l’individu:
2 professions se disputent le créneau: généraliste et ostéopathe.
L’un et l’autre ont des prétentions excessives.

Le généraliste a reçu une formation de multispécialisation restreinte,
qui lui rend difficile de discuter et d’adapter les consignes des spécialistes
à des patients qu’il connait pourtant mieux..
Il manque d’une discipline synthétique et analytique.
La profession est quasiment hiérarchisée à l’envers:
Les meilleurs étudiants se dirigent vers les spécialités,
devenues de plus en plus techniques et ciblées
(au risque de se voir remplacer par des programmes d’intelligence artificielle),
tandis que la médecine générale est rarement choisie mais subie,
déconsidérée par l’afflux de paperasserie, la pénibilité du travail,
les doutes des patients, ses revenus en queue de peloton.

Le généraliste a vocation de chef d’orchestre et d’évaluateur des autres acteurs de santé,
pour chaque patient en propre.
Il en a rarement le niveau, du moins existe-t-il de grandes disparités,
quand il passe son temps à prendre la TA,
à utiliser des fonctions peu rentables de son logiciel médical,
à devenir le copain du patient,
à remplir une paperasserie étouffante imposée par la délinquance d’un petit nombre
(il me reste encore des amis?)
et surtout à ne pas subir d’évaluation.

L’ostéopathe se prévaut aussi de globalité.
Son approche est moderne,
rejoignant les acquis les plus récents de la médecine,
en favorisant l’auto-guérison du patient.

Mais si, dans quelques dizaines d’années, ce sera peut-être la principale façon de soigner,
nous sommes encore dans une médecine de la lésion.
Les plus grands progrès sont ceux de la réparation, du remplacement:
stents, prothèses, chirurgie endoscopique.

L’ostéopathe n’est pas formé à la reconnaissance de la lésion.
Les choses évoluent,
mais pour qu’un tel savoir soit pratique,
il faudrait lui ouvrir certaines portes,
en particulier celle des examens complémentaires.

Qu’est-ce qui le différencierait alors d’un médecin spécialisé?
C’est la réalité américaine: ostéos tous médecins,
formation identique en sciences fondamentales.
Mais ce n’est pas le cas en Europe
et placer l’ostéopathe plus au centre du système
demanderait une refonte complète des filières…
et un gros changement de mentalités.

Cohérence des filières, interactions plus souples, évolution des carrières,
évaluation, incitations financières à une démarche qualité,
tout ceci est une véritable révolution
dans le bastion communiste des professions à statut.
Les jeunes médecins sont moins conservateurs que leurs aînés,
mais restent très formatés par l’hôpital.

Forteresse
L’ostéopathie à l’assaut de la forteresse médicale

Recentrons notre sujet pour conclure:
Qu’est-ce qui est nécessaire pour médecins et ostéopathes travaillent correctement en réseau?

1) Que les médecins soient formés à reconnaître les indications de l’ostéopathie.
2) Que les ostéopathes mettent en place une évaluation indépendante
qui précisent les limites de ces indications.
3) Que la prise en charge éventuelle repose sur une prescription motivée,
engageant la responsabilité de son auteur (3)
(halte à la papouillologie hebdomadaire de la patiente désoeuvrée).
4) Que les ostéopathes puissent convaincre de la nécessité de 2 professions, kinés et ostéos,
plutôt que redorer la place et les compétences du kiné, anémiées par le corporatisme médical.

Constatons que beaucoup de travail attend les 2 parties.
Les points 2 et 3 concernent pareillement les pratiques médicales.
Mais les médecins sont, tout de même, dans la position de force
de ceux qui sauvent des vies et évitent de lourds handicaps.
C’est aux ostéopathes de montrer l’exemple
d’une démarche qualité pour des soins moins vitaux,
susceptible d’enterrer le passé religieux
qui les a tellement fâchés
avec nos mandarins cartésiens.
Cette génération est déjà passée…

(1) C’est en France que l’ostéopathie a été le plus vilipendée par le corps médical.
Depuis plusieurs décennies nombre d’anglo-saxons n’ont pas attendu que cette pratique efficace gagne sa médaille scientifique.
Ils ont publié des ouvrages très codifiés,
rendant les techniques parfaitement compréhensibles et reproductibles,
sans plus d’ésotérisme que les autres manuels d’étudiants en médecine,
mais ignorés de la plupart des médecins de l’hexagone.

Maigne, le premier français à sortir la médecine manuelle du cachot,
en a effectué une taille très sévère,
seule condition pour qu’elle devienne acceptable pour ses pairs,
encore a-t-il été considéré comme un marginal pendant des années.

Enfin, au sujet du cartésianisme de la médecin française,
pointons que nous sommes le pays où l’homéopathie est la plus pratiquée,
alors que son principe n’a toujours aucune démonstration scientifique.

(2) Quand les conseils entraînent des conduites erronées.
Mais on prend en charge l’aléa de l’acte thérapeutique, pourquoi pas l’aléa du conseil, à partir du moment où la responsabilité du patient est, elle aussi, étudiée.

(3) Auto-prescription à encadrer, comme devraient l’être les actes techniques.

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