Mar 152008
 

L’essentiel:
-La posturologie est une approche globale de la locomotion.
-Quelques idées sur des fouilles plus profondes…
posturologue

Rappel: Posturologie = étude du système tonique postural et de ses troubles.
Le système postural, c’est la station debout, à la fois immobile et en mouvement, et l’orientation dans l’espace.
Les capteurs du système sont sensoriels, vue, audition, équilibre, récepteurs cutanés, dentaires, tendineux et musculaires (chaleur, douleur, pression, étirement…).
Les relais sont nerveux. Les moteurs sont musculaires.

Les symptômes d’un trouble sont extrêmement variés.
Douleurs et anomalies sensorielles amènent le plus souvent à consulter.
Les bilans standarts ne retrouvent rien d’extraordinaire,
ou quand un diagnostic est évoqué, le traitement habituel est inefficace,
ou n’empêche pas les récidives.
Médecine et para-médecines (ostéopathie, acupuncture, homéopathie, rééducation) essuient les mêmes déconvenues.
Si vous avez de la chance, vous aurez un jour un bilan postural,
qui dépistera les entrées sensorielles anormales,
traitement spécifique à suivre: semelles, cales dentaires, rééducation visuelle…

En effet, la posturologie n’est pas vraiment une spécialité.
Ceux qui s’y consacrent exclusivement sont surtout des chercheurs.
C’est une discipline au carrefour de nombreux acteurs de la santé, aussi bien médecins, dentistes, que paramédicaux: podologue, kiné, orthoptiste, ostéopathe.
Un inconvénient?
La posturologie est une approche globale.
Si une entrée sensorielle est traitée isolément, elle peut aggraver d’autres anomalies moins apparentes.
Le travail pluri-disciplinaire est obligatoire,
cela ne facilite pas la propagation de la posturologie au sein du mode de la santé,
d’autant que le médecin, au coeur du réseau, l’ignore ou lui trouve un parfum de soufre!

La posturologie a pourtant un excellent dossier scientifique.
Ses guérisons presque trop spectaculaires
ne reposent pas sur des tours de passe-passe,
mais sur des traitements codifiés et constamment affinés.
Elle a su éviter les écueils des ostéopathies,
techniques efficaces accompagnées d’interprétations encore souvent ésotériques (1).

Cependant, restent en suspens des questions,
essentielles pour déterminer la place de la posturologie.

Nous avons un fonctionnement asymétrique et imparfait, pour des motifs de morphologie héréditaire, de maturation nerveuse et physique dans la petite enfance, d’environnement, de traumatismes.
Pour arriver à vivre (le terme n’est pas innocent), nous compensons et adaptons.
Pourquoi certains le font-ils bien, d’autres non et développent des troubles posturaux?
Des déformations impressionnantes n’entraînent pas de troubles posturaux.
Des arthrodèses, des raideurs post-traumatiques non plus.
Par contre la paresse d’un petit muscle de l’oeil, un tic lingual, une vieille cicatrice, provoquent des douleurs invalidantes. Effet papillon.
La posturologie en a démonté soigneusement les mécanismes (pas si) apparents,
mais laisse dans le flou ce qui sépare les élus des recalés.
Cette frontière elle-même est floue:
Des anomalies posturales sont facilement dépistées chez des (assez) bien portants.

Hypothèse: la frontière ne se déplace-t-elle pas en fonction des stimulations « normales » qui alimentent le système nerveux?
En clair n’est-ce pas l’activité physique, et surtout sa qualité, qui sépare les malades des non-malades?
Phénomène physiologique: le système nerveux central (SNC) n’est pas capable de traiter, de « faire attention » à tous les stimuli qu’il reçoit simultanément. Une sciatique fait oublier la lombalgie.
Une épine irritative, signal neurologique anormal, pourrait être gommée par un bruit de fond provenant d’une importance activité de l’ensemble des capteurs corporels.
Il ne s’agit pas de musculation ou de sport de compétition, les posturologues considèrent comme une hérésie de forcer sur un trouble postural, mais d’activités proprioceptives fréquentes, envahissantes, modifiant sa propre perception corporelle: danse, théâtre, marche rapide, sports martiaux.

La conscience de soi est au coeur des troubles posturaux,
et pourtant les thérapeutes esquivent soigneusement le sujet,
qui flirte trop avec la psychologie.
Les posturologues ont bâti leur réputation sur l’affirmation « ce n’est pas dans la tête »,
difficile de revenir sur le terrain,
pourtant le système nerveux n’est pas fait de circuits indépendants.

Notre aisance physique et notre façon de réagir aux dysfonctionnements corporels a des racines profondes et variées (en vrac l’âge où l’on s’est cassé la figure sur un vélo, le prof de gym qui vous tient pour un nul si vous ne courrez pas le 100m en 15 », la jeune fille qui se voûte parce qu’elle trouve sa poitrine trop forte…).
Pas nécessaire d’être psychanalyste pour deviner les implications corticales de ces images physiques.
Cortex! Chef d’orchestre de notre présentation corporelle des stress quotidiens,
de la statue à l’agité, en passant par le robot rouillé.

Dans cette vision, les traitements posturaux, malgré leur efficacité, ne seraient que des rustines compensant les symptômes les plus apparents,
négligeraient le traitement de fond,
qui est de savoir pourquoi les symptômes ont démarré, pourquoi l’adaptation du sujet n’est plus efficace,
qui est de l’aider à se sentir un peu moins étranger dans son propre corps,
qui est d’encourager les enfants à un exercice physique fréquent, pour favoriser la maturation des centres nerveux d’intégration.
Des posturologues traitent
comme l’ostéopathe manipule sans donner d’exercices de prévention,
comme l’allopathe donne des anti-inflammatoires sans savoir si l’inflammation est normale ou pas.
Malgré les modes,
Mamie Gymnastique n’a-t-elle pas encore de beaux jours devant elle?

Définissons les contours de la posturologie,
qu’elle ne soit pas imposturologie,
ou restera-t-elle une stimulothérapie parmi d’autres?

(1) Un bon neurophysiologue connaît l’importance de la stimulation des capteurs, et peut considérer avec méfiance les mouvements de fluides, d’énergies et de sutures.

equilibre precaire Pas d’équilibre sans une petite cale…

  18 Responses to “Im posturologie?”

  1. Je m’excuse à l’avance auprès des posturologues du titre volontairement (et excessivement) provocateur,
    ceux qui me lisent savent que je ne suis pas plus tendre avec les autres certitudes médicales… dont beaucoup mériteraient mieux le qualificatif d’imposture.

  2. Autres questions pour le posturologue:
    Cette pathologie existe-elle chez le singe? (intérêt du traitement à 4 pattes, avec des couloirs de circulation réservés)
    Fellations répétées et SADAM: à quand une enquête par des linguistes diplômées?

  3. La posturologie pourrait-elle apporter quelques unes de ses lumières à la neuro-psychiatrie, posture et neuropsychologie entre autres (Henri Wallon évoquait bien en son temps l’importance la postureet du tonus musculaire dans le développement psychologique de l’enfant).
    En espérant qu’il n’y ait pas constitution d’une nouvelle imposturologie, bien sûr.
    Rien ne dit cependant que celui qui se tient droit pense et se comporte de même et vice-versa.

    • La posture influence le développement psychologique puis c’est l’inverse:
      Les gènes font pousser le très jeune enfant,
      puis il mute sous le regard de son entourage, au fur et à mesure qu’il prend conscience de l’importance de ce regard.
      En fait, chaque parent peut voir dans la posture de son rejeton l’effet de son jugement profond sur lui.
      C’est une analyse utile pour l’adulte,
      tandis qu’il est sans doute vain de vouloir changer cette pâte à modeler manipulée par d’innombrables mains, qu’est l’enfant.

  4. Pour garder un peu d’humilité quand nous voulons définir un bon fonctionnement postural, pensons aux attitudes successives qu’a adopté l’homme au cours de son évolution. Ces êtres-là ont vécu… sans doute pas comme des douloureux chroniques !

    Notre posture actuelle, résultat des contraintes évolutives d’un environnement qui a maintenant complètement changé, est-elle encore bien adaptée ? Vu la fréquence des rachialgies, sans doute pas.

    Nous devrions peut-être retourner à la mer, et véhiculer notre cerveau surdéveloppé dans un corps simple, amibien, commandant des machines sophistiquées. Vu le nombre de neurones qui serait dégagé de tâches bassement physiques et routinières, ce seront des kilomètres de pensées bloguées qui envahiront l’internet !

  5. La dernière opinion mérite bien des réflexions !!!

    • Bonjour Daniel,
      votre site est vraiment très bien fait, et j’apprécie d’être à la retraite (kiné) pour avoir le temps de le lire et de commenter. J’ai eu l’occasion de traiter des élèves musiciens, et c’est passionnant de travailler avec eux car ils sont très motivés, attentifs et intelligents. Je me demande si le terme posturologie est bien adapté pour désigner une thérapie qui consiste à harmoniser les différentes « entrées » du système proprioceptif. Je pense que le terme prête à confusion avec la « posture » qui serait la manière de positionner son corps. Le système proprioceptif étant automatique, la « bonne » posture n’a à mon avis que peu d’influence sur le bon fonctionnement du système proprioceptif. Dans le déroulement du traitement, je demandais quelques fois au musicien d’apporter son instrument, mais seulement après avoir rééquilibré le système proprioceptif. Après avoir trouvé la meilleure position du corps et de l’instrument, j’avais en général cette réflexion: « c’est comme ça que mes profs m’ont appris quand j’ai débuté!! ».
      L’entrée podale est importante pour le musicien debout.
      L’entrée pelvienne est importante pour le musicien assis.
      L’entrée oculaire est importante pour lire les partitions.
      L’entrée occlusale et linguale est importante pour faire face au stress…
      Bref, le bon fonctionnement du système proprioceptif est important pour le musicien comme d’ailleurs pour tout les humains. Mais la recherche de l’excellence est une motivation supplémentaire chez le musicien.
      Merci de nous faire partager votre expérience, et n’hésitez pas à laisser un commentaire.

  6. Bonjour,
    Vous trouverez mon blog à l’adresse suivante:

    http://www.vision-et-posturologie.com/

    Dites moi vos impressions…
    Vous pouvez laissez un commentaire aprés chaque article si vous le souhaitez.
    Laissez votre adresse mail pour être au courant de nouveaux articles
    N’hésitez pas à le diffuser
    A bientôt
    Michel HABIF
    06.60.38.06.70

    • Votre blog est très bien, Michel, et j’adhère entièrement à vos conclusions.
      En même temps cela ne bouleverse pas la donne en matière de posturologie :
      J’avais déjà la notion que la convergence est plus importante que l’oculo-motricité.
      Le blog Rhumatopratique n’est pas une référence pour les sujets traités, plutôt une mise en valeur des notions originales
      pas forcément démontrées mais ne contredisant pas les données scientifiques d’un bon niveau de preuve,
      sauf avec une très solide argumentation.

      Cet article de 2008 présentait surtout l’idée qu’un réentraînement de sa proprioceptivité
      pouvait guérir les troubles posturaux.
      J’ai l’impression parfois que les corrections des entrées sensorielles
      sont comme de donner un anti-inflammatoire sur une tendinite :
      Résultat rapide garanti : on modifie l’information gênante,
      mais on n’y adapte pas le patient.
      Les « posturopathes » ne bougent pas assez.

      • “Cet article de 2008 présentait surtout l’idée qu’un réentraînement de sa proprioceptivité pouvait guérir les troubles posturaux. J’ai l’impression parfois que les corrections des entrées sensorielles sont comme de donner un anti-inflammatoire sur une tendinite : Résultat rapide garanti : on modifie l’information gênante, mais on n’y adapte pas le patient. Les « posturopathes » ne bougent pas assez.”
        Bonjour,
        je suis tout à fait d’accord avec cette reflexion, sauf avec la dernière phrase, car il y a beaucoup de sportifs « posturopathes »!!

        • C’est difficile à dire car il faudrait définir les limites exactes des « posturopathies ». Les problèmes des sportifs me semblent relever la plupart du temps de troubles de la proprioceptivité, c’est-à-dire d’une réponse volontaire pas forcément la meilleure à leurs informations corporelles, et non d’une altération de ces informations telle que définie dans le trouble postural.

          • Il faudrait définir aussi ce qu’est un « sportif ». Il y a de grandes différences entre une mamie qui fait 10mn de gym par jour , un sportif du Dimanche, un sportif professionnel. Quel est celui qui aura le moins de symptômes douloureux vertébraux? C’est difficile à dire. Je ne pense pas qu’il suffise de « bouger » pour réharmoniser à coup sûr toutes les entrées posturales. Mes 3mn d’exercices par jour peuvent y contribuer, avec des limites. Il faut dans certains cas avoir recours à des traitements spécifiques. Mais il faut reconnaître que chez le sportif, les améliorations sont toujours plus rapides.

          • Il ne suffit effectivement pas de bouger. Il faut chercher à améliorer la performance du mouvement. C’est de cette façon que nous pouvons contourner une information erronée, en « programmant » l’erreur dans nos automatismes, de la même façon qu’un logiciel de protection de disque dur repère les secteurs défectueux du support magnétique et les catalogue pour éviter toute écriture à cet endroit. C’est la méthode par laquelle nous nous adaptons à nos asymétries et à nos déviations des standarts en terme de courbures, d’axes et de longueur des membres, etc…
            Personne n’est ainsi condamné à subir un dysfonctionnement définitivement, ou à ressentir dramatiquement les effets de l’âge, sauf quand nous arrêtons l’entraînement des mouvements : le cerveau entre alors en jachère et cherche des artifices rassurants chez les distributeurs d’antalgiques et de psychotropes.

        • En réalité plus que la convergence il s’agit de l’accommodation!!

          La précision de la correction visuelle est capitale. C’est l’objet de mes deux communications lors du congrés de janvier de l’API.
          Je vous livrerai un résumé sur le blog vision-et-posturologie prochainement.
          Effectivement c’est la liaison « accommodation convergence » induit ces troubles posturaux lorsque l’entrée visuelle est pointée.

  7. Bonjour,
    Merci beaucoup pour le blog de Michel Habif, qui est vraiment très intéressant.
    Kiné retraité depuis 2 ans, j’ai découvert et utilisé la posturologie depuis le début des années 80; au début en suivant les conseils du Dr. Bourdiol qui préconisait le travail d’équipe entre médecin, podologue et kiné. Ensuite en intégrant les entrées occlusales, oculaires, linguales… Le travail interdisciplinaire est très intéressant, à condition que l’égo de chacun ne soit pas sur dimensionné!! J’ai écrit un texte pour des courageux qui souhaiteraient faire une gym régulière de rééquilibrage postural. J’ose vous laisser le lien: http://alain.mln.free.fr en comptant sur l’indulgence de votre commentaire.
    Merci pour Rhumatologie en Pratique qui ouvre une porte sur la posturologie.

  8. Un excellent pilote arrivera à programmer sa conduite, même si les pneus de son véhicule sont mal gonflés; mais gagnera-t-il la course? L’harmonie des entrées posturales me paraît être une condition favorable à la performance du geste sportif.
    Je pense à un jeune golfeur qui a vu ses douleurs dorsales hautes disparaitrent après un traitement de sa déglutition atypique par une orthophoniste. Est ce qu’il devait adapter son geste à un dysfonctionnement des muscles de sa langue?
    A l’école dentaire de Lyon a été créé un service d’occlusodontologie du sport.
    Des joueurs de tennis de 1° rang portent des gouttières occlusales, ou des semelles orthopédiques.

    • Les critères d’évaluation de la performance physique qui mènent au podium sportif ou à une « médaille » proprioceptive ne sont pas les mêmes. Il existe donc certainement des sportifs de haut niveau porteurs de troubles fonctionnels.
      Il faut cependant être prudent sur des histoires ponctuelles dans l’élite sportive : des comportements névrotiques sur l’état physique y sont fréquents, étant donné son importance dans la carrière des sujets.

      Je peux vous citer des expériences personnelles à l’autre extrémité du spectre
      de la condition physique : des kanaks handicapés lourdement par des affections rhumatologiques ou neurologiques historiques, par défaut de prise en charge à l’occidentale, et qui arrivent à se débrouiller de façon surprenante et sans aucune douleur dans les activités de la vie courante, n’ayant écouté d’autre conseil que leur propre sensibilité.
      Ils ne sont en tout cas jamais restés dans un fauteuil roulant, tel que l’aurait proposé notre médecine contemporaine.

      Je pense de la même façon que les troubles posturaux symptomatiques n’existeraient guère chez l’enfant s’il n’y avait les innombrables heures de posture statique à l’école et la popularité décroissante des activités physiques de loisir.

  9. C’est vrai que je n’ai jamais compris pourquoi chez certaines personnes le moindre grain de sable vient perturber le bon fonctionnement du système postural, alors que chez d’autres, des anomalies impressionnantes sont parfaitement intégrées.
    Je pense à ce patient, 55 ans, lombalgique récent, poliomyélitique depuis le très jeune âge, avec un membre inférieur droit très court et amyotrophié entraînant une boiterie impressionnante; l’examen postural pieds nus ne montrait aucune anomalie, alors qu’avec les chaussures compensées, le système postural était perturbé; « par un accès de coquetterie, » il avait fait rajouter depuis quelques mois par son cordonnier une semelle de plusieurs cms sous sa chaussure, » pour moins boiter ». En portant des chaussures identiques, sa lombalgie a disparu rapidement.
    Je n’avais jamais envisagé que la non adaptation du système proprioceptif pouvait avoir des origines psycho-civilisationnelles, mais l’idée me séduit. C’est frustrant, en tant que thérapeute, de ne tester que des personnes présentant des symptômes. L’étude des gens bien portant de par le monde pourrait être riche d’enseignement et montrerait peut-être que notre société détruit notre sensibilité.

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