Aide à l’observance ou marketing masqué?

L’essentiel:
-Médecin et labos: trafic d’influence démasqué.
-Nouvelle cible: le malade, délégué médical idéal.
-Aide à l’observance = un bon consommateur.
-Bien-être, prévention, traitements curatifs:
Marchés différents… règles différentes.

cheveux

L’industrie pharmaceutique, son pressing sur les médecins médiatisé, cible à présent le malade lui-même.
Certes, la publicité pour le médicament est toujours interdite.
Mais une chose a changé: le patient influence bien davantage la prescription qu’à l’époque où le médecin, tout-puissant, tendait l’ordonnance sans la commenter.

« Que pensez-vous du médicament H? », « Mon ami utilise la préparation Z, qui lui réussit très bien »…
Remarques désormais courantes et qui influencent d’autant plus le médecin qu’il sait l’importance d’un avis favorable sur le traitement qu’il va prescrire.

Maligne, l’industrie s’aperçoit ainsi que les meilleurs délégués médicaux, ce sont les patients eux-mêmes et leur entourage.
Quel meilleur militant que le malade engagé dans son traitement, assisté d’icônes et de bibles sur les maladies?

L’aide à l’observance se veut améliorer la prise régulière des médicaments.
Qu’elle soit un programme de fidélisation est tellement évident que de nombreuses voix s’élèvent déjà pour empêcher sa légalisation.

C’est vrai que parfois, elle flirte de près avec le marketing.
Exemple d’un produit, 1 injection par semaine, à garder au frais. Très coûteux. Le labo offre la glacière portable avec packs de froid, qui servira plus souvent au pique-nique qu’à la piqûre hebdomadaire.

Retour de bâton à craindre pour l’industrie: suspicion sur le médicament qui s’étend du patient au médecin et jettera l’opprobe sur des produits qui ne le méritaient pas.

Manque de frontières entre l’industrie du bien-être, la prévention des maladies, et la médecine curative, aux règles bien différentes (1).

Commercialement, il est devenu beaucoup plus aventureux de chercher un médicament contre une maladie tueuse,
que mettre au point un gentil placebo pour l’arthrose,
ou lancer une ligne de cosmétologie à l’aide d’arguments para-scientifiques.
Rétrovirus, plasmodium, multipliez en paix.

(1) L’industrie du bien-être a des règles commerciales.
Travail de l’image du produit. Poudre aux yeux inévitable. Consommation de rêve.
Peut-on demander à un industriel de fonctionner avec l’éthique d’un médecin? Pas dans l’économie actuelle.

La prévention est un énorme marché.
Mais le client n’est plus un consommateur ordinaire:
La solidarité paye à sa place,
les indications se font sur des critères statistiques impossibles à affiner au niveau individuel.
La « vente » se fait entre industriels et experts de santé publique, que l’on espère indépendants.
Le client se voit proposer la diminution d’un risque.

La médecine curative devrait s’affranchir de toute considération commerciale…
mais cela affecte sa productivité… comparez hospitalisation publique et privée.
Des règles à réécrire. La fonctionnarisation n’interdit pas des gains de productivité, d’autres secteurs l’ont montré.

Une réflexion sur « Aide à l’observance ou marketing masqué? »

  1. Màj 1/08: La proposition de loi visant à rendre légaux ces programmes d’observance a introduit des restrictions sévères: seuls les traitements particulièrement compliqués à suivre (injectables en particulier) pourront faire l’objet d’un tel programme.
    Le projet aurait pu être purement enterré: Un médecin ou une infirmière est parfaitement capable de réaliser cette éducation, et les diabétiques n’ont pas attendu ce projet pour se faire leurs injections eux-mêmes sans difficulté.

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