juin 282007
 

L’essentiel:
-Comment intégrer les médecines manuelles sans abandonner la science.

Quand j’ai quitté la fac de médecine il y a 20 ans et me suis retrouvé face à mes premiers patients, j’ai vite compris que la belle médecine apprise à l’hôpital présentait de graves lacunes face aux soucis quotidiens.

L’hôpital sauve des vies. Mais la plupart des patients de ville n’ont pas de problèmes vitaux. Ils sont les principaux évaluateurs de nos pratiques, n’en déplaise à Madame Statistique. Les voir fuir mes conseils, aiguilles et pilules pour aller chez l’ostéo du coin quand ils avaient un trouble ostéo-articulaire m’a interpellé.

J’ai du apprendre sur le tas comment définir les situations où l’armada des examens complémentaires était utile, et où il valait mieux moi-même conseiller d’aller chez les ostéos, médecins ou non. Ce qui m’a permit de voir venir à l’inverse leurs patients qui ne relevaient pas de la médecine manuelle.

Et le réseau s’est mis tout naturellement en place, pour le plus grand bénéfice des malades.

J’ai fini par regarder de plus près les techniques physiques. Pas tellement pour les pratiquer moi-même. Le travail diagnostique m’occupe assez. Et ce n’est pas dix ans de formation théorique qui sont nécessaires pour un bon thérapeute manuel. C’est dix ans de pratique… et d’intérêt pour le contact avec le patient. Ce qui n’est écrit sur aucun diplôme.

Temps et investissement. Aucun labo n’offre ce genre de formation. Il est plus rapide et facile de tout jeter aux orties sans rien connaître du sujet, en laissant d’autres penser à sa place.

Malheureusement, ce n’est pas de la médecine fondée sur les preuves qu’il faut attendre une validation des techniques manuelles.
Certes elle est performante pour juger de l’effet d’une pilule versus une autre.
Mais elle n’a pas la méthodologie adaptée aux traitements physiques. Comment intégrer des critères aussi divers, difficiles à quantifier et à codifier, que le mouvement, sa direction, sa force, la proprioceptivité du patient comme de l’examinateur, les caractéristiques anatomiques précises de la lésion traitée, ce que le patient fait dans les suites, repos ou exercice, reprise de postures favorisants la rechute, etc, etc…

Les physiciens ont constaté depuis longtemps les limites de leurs équations à quelques variables. Ils ont défini les systèmes chaotiques. La médecine en est encore à évaluer la rééducation avec quelques questionnaires et penser qu’elle fait de la science!

Heureusement les hôpitaux n’emploient pas que des abrutis.
Depuis longtemps les plus clairvoyants des patrons utilisent les compétences des thérapeutes manuels, de préférence médecins pour les patients du service… pas forcément pour eux-mêmes!

Parmi les médecins de ville, certains sont trop engagés dans le vilipendage pour abandonner facilement leurs oeillères.
Personne ne peut leur en vouloir s’ils consomment moult pilules inutiles et pestent de longues journées contre leurs propres douleurs vertébrales plutôt que voir un ostéo compétent.
Mais s’ils appliquent cette dictature à leurs patients, ils ne respectent plus leurs voeux.
Il n’est nulle part fait mention de médecine fondée sur les preuves dans le serment d’Hippocrate. On y parle surtout de l’intérêt des patients. De les soulager.

Fondée sur les preuves? Qu’en est-il?
Ceux qui ont déjà participé à des études savent que les biais ne sont pas que statistiques. Le recueil des données est-il fiable? Indépendant d’intérêts commerciaux?
Ceux qui ont déjà fait de l’analyse critique d’études savent qu’on peut leur faire dire ce qu’on souhaite (1).
La statistique en pratique? Les revues médicales de plus haut niveau se sont amusées à passer les études qu’elles publient à la moulinette d’un expert. A peine un tiers sont idemmes de biais sérieux.
Enfin, seule une fraction des études négatives sont publiées. Intéressant au moment des méta-analyses, quand seules sont disponibles les études positives signées par des plumes grassement rémunérées par l’industrie.

Grinçant? Choquant? Aïe, oui.
Mais dans quel monde vivez-vous?
Revenez dans le nôtre.
Et tentons de l’améliorer.

(1) Test réalisé sur des médecins: Présentation d’extraits d’études concernant 7 produits numérotés de A à G agissant sur le taux de cholestérol. Question: Quel est le meilleur produit? Médecins unanimes: le B est le meilleur. Le F est carrément dangereux et devrait être interdit. En réalité les extraits proviennent de la même étude concernant le même médicament, commercialisé de longue date. La présentation B est bien entendu celle utilisée dans le Vidal…

 Posted by at 4 h 03 min

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