Haro sur le paiement à l'acte!

L’essentiel:
-Le paiement à l’acte incite le médecin à travailler.
-Mais le patient ne paye plus réellement ce service.
-Comme dans toute offre de marché verrouillée, la quantité de service fond pour le même prix.
-La sécu y a contribué par la raréfaction des médecins et l’imposition du médecin traitant.
-L’épouvantail du médecin fonctionnaire est agité. Hein? Refuse-t-on en France d’aller à l’hôpital parce qu’il s’agirait d’une sous-médecine?
-Le médecin libéral est déjà fonctionnarisé: Tous les inconvénients, peu d’avantages.
-Paiement à l’acte? Non: Bon pour une consultation gratuite…

Un seul avantage au paiement à l’acte: Inciter le médecin à travailler.
L’autre avantage, qui était l’investissement du patient dans le service du médecin et l’attente d’un retour, s’est étiolé avec les tiers-payants et l’amélioration de la couverture santé: Pour les actes basiques, ce qui sort de la poche du patient va lui être intégralement remboursé. Il ne paye plus réellement le service.
Remarque instantanée de certains: Les dépassements peuvent être élevés et ne sont pas remboursés. Faux problème. Nous le traitons en encart (1).

Les inconvénients du paiement à l’acte ne surprendront aucun commerçant: Un client payant, ça se chouchoute et ça se fait revenir. Mieux vaut ne pas le guérir trop vite. Morcelons les consultations. Commençons par interroger et, comme le temps passe, conseillons une prise de sang. Pour donner l’impression de ne pas avoir complètement sauter l’examen, regardons la personne à travers ses vêtements et prenons-lui la tension. Un cachet pour la douleur. Et la grand-mère? Elle perd de plus en plus la tête? Revenez me voir dès vos résultats parvenus. Oui, demain. Je ferai un effort pour vous prendre en plus!
Facile d’imposer 3 consultations dans la semaine, la litanie d’examens et de traitements étant proche de l’infini.
Je caricature?
Bien entendu. Mais…
Le nombre de consultations par français et par an a doublé de 1980 à 2000. Etait-on au moyen-âge de la médecine en 1980?

Si le service rendu est insuffisant, le patient ira voir ailleurs, pensez-vous.
Pas si facilement.
D’abord le parcours est gratuit. Vous ne dépensez pas vos sous. Certains, pas les plus actifs, trouvent même leurs journées plus intéressantes. La santé est un réservoir de nouvelles inépuisable.
La sécu n’a pas aidé à rendre le patient juge du service rendu. Dans un but comptable, totalement déconnecté de la réalité du cabinet médical, elle a réduit le nombre des praticiens et poussé au médecin traitant unique.
Imaginez qu’on vous impose le petit épicier du quartier pour vos courses. Pensez-vous qu’il va réduire ses prix ou améliorer le service d’une clientèle captive? Vous le trouverez moins souvent à conseiller dans les rayons et plutôt bien calé derrière sa caisse.
Médecin imposé et paiement à l’acte: le pire des duos.

Point particulier à la Calédonie: L’écart des revenus est tel que l’acte, pour peu qu’il soit technique, atteint facilement la moitié du revenu mensuel du patient. Qui peut penser que la relation médecin-patient n’en est pas altérée?

Les partisans du paiement à l’acte font peur avec les systèmes étatisés, où les médecins fonctionnaires n’ont pas envie de bosser, et les files d’attente deviennent interminables. Référence: le système anglais.
Ce système odieux apporte aux anglais la même espérance de vie que les français, leur coûte 2 fois moins cher par habitant, et rémunère mieux ses médecins.
Alors les français? De grands gaspilleurs? Cette pseudo-gratuité sort bien de nos poches. Enfin, nous piquons aussi dans celles de nos enfants…

La disparition du paiement à l’acte implique-t-elle pour autant la démotivation du médecin? Qu’est-ce qui empêche l’incitation du médecin fonctionnaire par des primes? Pourquoi le limiterait-on à un secteur ou un volume précis de population?
Comment se fait-il qu’on aille encore se faire soigner à l’hôpital, si le médecin salarié est si incompétent?

Le médecin libéral est déjà fonctionnarisé: rémunéré en majeure partie par le tiers-payant et le remboursement des caisses (combien ferait-il de consultations par jour si les gens payaient réellement les soins?). Son tarif est fixé par les caisses. Il se bagarre comme un cheminot pour son euro de revalorisation.
Et il n’a aucun des avantages du fonctionnariat: retraite famélique, pas de plan de carrière, de valorisation de son expérience, pas d’évaluation de ses compétences aboutissant à des primes (même les profs en ont).

Son revenu horaire est inférieur à celui d’un médecin salarié. Et il a en plus les soucis comptables d’un petit boutiquier! Sa productivité améliore même la rémunération horaire des autres fonctionnaires (2). Intéressant: Dans un budget fermé, c’est autant de moins pour lui.

Les syndicats sont plus riches d’insatisfaits que de penseurs. Ils sont les derniers bastions du communisme aveugle.

Les médecins se lèveront-ils? Où continueront-ils, fiers dindons, d’encaisser leurs « bons pour une consultation gratuite »?

(1) Dépassements d’honoraires:
Ne parlons pas des malversations, inacceptables. Ordre laxiste… La presse s’en fait suffisamment écho.
Les dépassements inscrits sur feuille de soins sont mal vécus, pourtant remboursés par nombre de mutuelles.
Réellement, ils ne sont élevés que pour certains revenus… et surtout parce qu’on est habitué à la gratuité de la santé. Le ticket pour une opération est du même ordre que l’achat d’une chaîne audio-visuelle ou d’un ordinateur et accessoires. Vous faites-vous opérer plus souvent que vous changez ces machines?
Problème identique au média internet, où un abonnement de 30€ semble coûteux à certains alors que c’est une fraction infime de leur budget multimédia. Mais sur internet tout est gratuit…
Le problème est pire pour les médecins: Les labos pharmaceutiques s’empressent de financer l’intégralité de leur formation, pour qu’ils n’oublient pas leurs produits. Abondance de propositions. Au point que certains refusent soirées et voyages gratuits. Même les revues sont distribuées gratuitement, faute d’abonnés payants, financées par la pub des labos (seule exception: Prescrire). Idem pour les newsletters du net. Alors payer pour une formation… même déductible en frais: Peu d’enthousiastes. Le nombre d’adhérents médecins au site est pour chaque pays proportionnel à la présence des laboratoires et donc… au nombre de prescriptions.

(2) Certains hospitaliers, alléchés par les revenus des libéraux, font du privé. Les autres, qui consacrent tout leur temps au public, reçoivent désormais une prime compensatoire. Leur productivité n’est bien sûr pas comparable à celle de leurs collègues. On a ainsi créé une prime, stupéfiante, pour travailler moins!

Une réflexion sur « Haro sur le paiement à l'acte! »

  1. Autre inconvénient du paiement à l’acte, pas le moindre:
    Mettre sa feuille de salaire sous le nez du patient à chaque entretien.

    Pas très grave quand sa propre feuille est mieux garine
    (encore que dans ce sens le patient aisé peut douter de votre compétence),
    mais que va penser, à votre avis, le patient à revenu modeste?
    Plus souvent « Tant mieux pour lui »… ou « Ben, il ne s’emmerde pas » ? (1)

    La position du médecin hospitalier est nettement plus confortable:
    Le patient sait qu’il est bien payé, mais n’en a pas plus de détails
    -> la reconnaissance de la compétence intellectuelle que ce revenu signale
    prend le pas sur la rancoeur de regarder dans l’assiette de l’autre.

    Libéraux, n’aggravez pas en roulant en Porsche !

    (1) On a vu, même dans la presse, des estimations du revenu libéral calculées
    sur le prix de la consultation X le nombre de personnes vues par jour…

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