jan 252007
 

Le boulet de la médecine fondée sur les preuves: La médecine, contrairement à la physique, ne privilégie pas les idées mais les faits. Discipline de l’approximation, elle cherche à rejoindre le cercle des « belles » sciences, où tout semble mis en équations. Elle ne fait pas que flirter avec Miss Statistique: elle est carrément collante. Elle utilise les dernières avancées de la physique dans ses examens et ses traitements. Mais elle ne favorise pas les théoriciens. Plutôt les laborieux assembleurs de faits. Inspecteurs du M.B.I.

Les physiciens réussissent l’exploit de théoriser sur tout, même sur l’impondérable, avec la physique quantique et les lois du chaos.
La médecine en est loin.
Le chaos médical, ce sont les présentations individuelles de chaque maladie.
Plutôt que de lui trouver des règles, s’en servir pour mieux cibler les traitements, on cherche à le gommer des études. Méthodologie monolithique.

Les sciences accueillent volontiers les théories nouvelles. Pas sans polémique. Mais chacun s’efforce d’y apporter confirmation ou obstacle par des expériences. Le guide de pensée est là.

En médecine, toute théorie non confirmée par les faits existants est une illumination… ésotérique. Pas question d’y accorder le moindre crédit tant que toutes les assertations ne sont pas prouvées. Même si le bon sens et l’expérience quotidienne sont en faveur de la théorie. Même si preuves et contre-preuves sont impossibles en l’état actuel de la méthodologie et des moyens disponibles.

Bien sûr, la prudence a des vertus. La médecine et ses frontières sont riches d’aigrefins mais surtout d’ayatollahs, les plus racoleurs car convaincus de leur bonne foi. Confiance en soi n’implique pas auto-critique. Foi n’est pas vérité.

Mais dans les hautes sphères médicales, prudence est parfois conservatisme. Est souvent querelle de prétentieux. La médecine promeut beaucoup de travailleurs acharnés. Ceux-là n’ont jamais aimé les gens qui n’ont pas à se forcer pour avoir des idées*.

La médecine traîne à la recherche des faits, et musèle ses théoriciens.
La vérification des faits est-elle conduite avec efficacité? Non. La médecine est sous l’emprise d’une antique tradition de mandarinat. Chaque patron de service hospitalo-universitaire décide comment orienter les moyens de recherche dont il dispose. Longtemps, ce fut exclusivement dans le but d’assurer sa promotion personnelle. Depuis une décennie, un certain nombre de recherches sont coordonnées entre centres. Un peu sous l’égide des sociétés scientifiques, qui gèrent difficilement les suceptibilités individuelles. Beaucoup sous l’égide de l’industrie pharmaceutique, qui a fait taire à coups de gros chèques ces susceptibilités.

Mais la majorité de la recherche médicale s’effectue toujours de façon artisanale: Sujet de recherche décidé localement. Aucune contre-évaluation de son intérêt. Si elle existe, elle est interne au service, et autant influencée par des rapports de personnes que par des considérations scientifiques. Souvent l’étude proposée n’a pas la puissance nécessaire pour répondre à la question. Il faut d’autres études. Puis une méta-analyse, lourd travail d’enquête qui trie les études les plus « fiables ». Qui ne donnera pas le résultat le plus exact, par définition: L’étude la plus proche de la réalité voit ses résultats « déviés » par les autres études prises en compte.
Les enthousiastes parlent de la « richesse de la littérature médicale ». Les plus pragmatiques y voient une incroyable dispersion d’énergie et de moyens, qui n’existe dans aucune autre science.

La recherche médicale est essentiellement hospitalière.
Orientée sur un petit nombre de patients touchés par les maladies les plus sévères. Les pathologies répandues, quotidien de la médecine générale et des spécialités de ville, font l’objet d’études proportionnellement maigres. Les médecins sont trop occupés à consulter. Les seules recherches auxquelles ils participent couramment sont des achats de prescription déguisés proposés par les laboratoires.
Les organismes sociaux, eux, sont préoccupés avant tout par le compteur mensuel des dépenses. Ils financent les études de prévention. Parce que personne d’autre n’est susceptible de les faire. Mais des études sur les maladies du quotidien? Pas les moyens.

Ainsi, le patient peut toujours s’étonner « qu’il n’y ait rien de nouveau sur l’arthrose », qui gâche le quotidien de nombre de nos congénères. A quand le téléthon pour les maladies communes?

Les solutions:
-Refonder l’organisation de la recherche médicale, actuellement un modèle féodal.
-Identifier et séparer les activités hospitalières de recherche, de formation, et de soins. Les 2 premières sont mélangées. Leur productivité est impossible à apprécier. Elles empiètent sur l’activité de soins, 1ère mission de l’hôpital même si ce n’est pas la plus valorisante. Tous les secteurs de la santé sont soumis à évaluation. Il serait anormal que la recherche et la formation hospitalière y échappe.
-Décision consensuelle des projets de recherche permettant d’obtenir une participation significative. Forum réservé aux participants aux projets, éventuellement sélectionnés par un D.U. spécifique. Discussion libre suivi d’un vote avec quorum minimum pour démarrer le projet. Le forum évite que la hiérarchie soit un écran opaque aux idées.
-Organisation non exclusive à l’hôpital: la médecine de ville peut créer sa propre structure et ses propres projets. Les organismes sociaux assurent le financement. Et peuvent imposer un quota d’objectifs (médecine préventive).-Indépendance complète de la recherche vis à vis de l’industrie. Plus de tractations individuelles, pour « se payer » un nom et un service. Le service est une unité de recherche qui améliore et vend ses moyens et ses idées. Elle s’associe à d’autres équipes en fonction de l’intérêt qu’elle en retire au plan finances et célébrité. L’unité doit avoir une taille suffisante. Ce n’est pas une personne mais une association de personnes. Pour éviter vénalité et corruption.
-Pénalisation des tricheurs? Actuellement l’étouffoir est roi.

*Précisons que je ne suis aucunement impliqué dans le milieu de la recherche et ne l’ai jamais été. Cet article n’est pas un règlement de comptes.

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