Oct 212005
 

La consommation des produits laitiers fait actuellement l’objet de critiques, voire même d’une charge de cavalerie. Ils seraient carrément dangereux. En face, leur promotion est soutenue par l’importante industrie française du secteur. Des études indiqueraient que personne n’avale suffisamment de calcium pour avoir une masse osseuse optimale, et qu’il faudrait donc consommer davantage de produits laitiers, ou de comprimés de calcium (et là ce sont les laboratoires pharmaceutiques qui avancent leurs études-pions).
Les adversaires du lait de vache pointent que ses protéines sont riches en allergènes* et stimulent excessivement le système immunitaire de l’homme, entraînant des pathologies aussi variées que des manifestations allergiques, des rhumatismes inflammatoires, des maladies neurologiques, et même le cancer de la prostate. Risque-t-on un jour de voir Danone attaqué pour vente de yaourts au même titre que Merck s’est vu intenter des procès pour son Vioxx?

Attention aux aliments traditionnels…
Piranha

Prenons du recul. Beaucoup de maladies liées au système immunitaire semblent avoir augmenté leur fréquence depuis quelques dizaines d’années. Il faut rester prudent, car les moyens de diagnostic et de recueil de données ne sont pas les mêmes. Mais il est courant par exemple de voir apparaître des allergies à l’âge adulte. Auparavant, elles étaient moins fréquentes et démarraient toujours dans l’enfance.

Qu’est-ce qui a changé?
Nous sommes en contact avec une variété d’antigènes beaucoup plus étendue: richesse de l’alimentation et diversité de ses origines (les produits traversent couramment les océans), introduction d’une large gamme d’additifs alimentaires, contact avec des produits d’hygiène corporelle changeants (qui garde le même shampoing plusieurs années de suite?), des fibres vestimentaires différentes, et enfin surtout infection par une grande variété de virus tout aussi exotiques que l’alimentation, et largement dispersés même chez ceux qui restreignent leur choix alimentaire.

Nous avons chacun un profil génétique bien particulier. La richesse croissante de notre environnement en antigènes différents augmente la probabilité de se retrouver un jour au contact de celui qui va déclencher une réaction anormale. Un mécanisme peut être que cet antigène est suffisamment étranger pour être reconnu comme cible pour notre système immunitaire, mais assez proche d’une de nos propres protéines pour que celle-ci soit cataloguée dorénavant comme auto-antigène, c’est-à-dire étrangère alors qu’elle ne l’est pas. Les cellules de notre système immunitaire s’attaquent alors à notre propre organisme!

L’autre mécanisme est une portion de virus qui s’intègre à nos propres cellules, soit sous forme de particules intra-celullaires, soit directement dans les chromosomes du noyau cellulaire. Dans les 2 cas, le système immunitaire va détruire la cellule en essayant d’éliminer ce matériel d’origine étrangère.

Dernier mécanisme: il est probable que la stimulation continue du système immunitaire par un auto-antigène ou un fragment viral intra-cellulaire, rend ce système beaucoup plus réactif, et moins tolérant, vis à vis d’autres antigènes qui ne posaient pas problème jusque là. C’est le problème des allergies multiples, de plus en plus fréquemment rencontré par les allergologues.

Revenons au lait de vache: ses protéines sont allergisantes, certes. Mais parce que notre environnement antigénique est devenu très riche. Supprimer les produits laitiers peut être une solution. Mais il faut sans doute repenser plus globablement son mode de vie: alimentation, produits d’hygiène, d’habillage, de désinfection domestique, voisinage animalier (y compris les animaux microscopiques, bêtes noires des allergiques) et microbien. Certaines choses sont faciles à contrôler, d’autres moins. Difficile d’éviter les virus. Vous aurez l’air parano en vous baladant avec un filtre sur le nez!

Ce qui est facile, c’est de changer le contenu du caddie.
Pour ceux qui le peuvent, mettez-vous au potager et faites-y pousser une dizaine de légumes. Vous supprimerez déjà beaucoup d’emballages et d’additifs. Pour les autres, limitez la variété des produits et des marques, et tout simplement la quantité (nous sommes dans une société de suralimentation). L’origine d’un produit de même marque et sa composition peut changer, mais sans doute moins vite que si vous prenez une marque différente à chaque fois. La société de consommation a quelques avantages: c’est bien que nous n’ayons pas tous les mêmes patates dans notre assiette. Mais gardons-nous d’essayer tout ce qu’elle propose.

Le lait de vache n’est donc pas le grand coupable que l’on se plaît à caricaturer dans certains articles. Son arrêt peut entraîner des améliorations spectaculaires, c’est vrai. Mais pour d’autres c’est la suppression de la viande, des oeufs, du chocolat, qui sera efficace. Toute la difficulté est de repérer l’allergène responsable, qui n’est pas forcément alimentaire. Le lait peut être consommé par ceux qui n’y sont pas déjà sensibilisés, à condition, et c’est un conseil pour tous, de ne pas y voir une « vitamine bio » bénéfique pour la santé, de limiter la variété des autres aliments, de ne pas changer de gel douche et de lessive tous les mois, et se demander si l’eau de toilette, l’après-rasage et l’anti-transpirant sont aussi indispensables que l’annonce la pub.

  2 Responses to “Faut-il encore boire du lait de vache?”

  1. L’aversion névrotique pour le lait est sans doute la version contemporaine du complexe d’Oedipe.

  2. Vous avez peut-être lu dans Top Santé une charge de Thierry Soucar contre les laitages?
    Ne rentrons pas dans les détails: ce pseudo journaliste scientifique étale croyances personnelles et contre-vérités sans aucun souci de faire une véritable revue objective sur le sujet.
    Si l’on reste dans le scientifiquement vérifié, une seule certitude: la consommation abondante de calcium pendant la 1ère moitié de vie, et de sa principale source, les laitages, fait un squelette de meilleure qualité pour la 2ème moitié.

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