Quelle tolérance peut-on avoir vis à vis des patamédecines?

Les patamédecines ont une efficacité, c’est certain. Mais est-elle différente de la simple suggestion?

Quand on teste un médicament contre un placebo, ce dernier a parfois des effets impressionnants: 1/3 des testeurs dorment mieux avec un faux somnifère. D’autres se déclenchent un ulcère en avalant de la fausse aspirine. Nous classons donc comme patamédecine une thérapeutique éventuellement efficace, mais pas supérieure à un placebo.

On peut y inclure beaucoup de traitements de la médecine officielle, qu’il faut se garder de mettre sur un piédestal. De nombreuses spécialités du dictionnaire Vidal sont « proposées dans » certaines maladies: leur effet n’est pas démontré. D’autres prouvent leur effet à l’aide de budgets financiers tels qu’on se demande s’il leur est « permis » d’être inefficaces:c’est malheureusement une pratique courante en médecine de voir les études négatives partir aux oubliettes, particulièrement quand elles sont entièrement à l’initiative d’un laboratoire. Enfin, tous les autres médicaments démontrent un effet statistique, qui peut se révéler désastreux individuellement (l’allergique…). Ils démontrent rarement leur mode d’action précis, et jamais qu’ils n’ont aucun autre effet que celui étudié. On repère assez facilement les produits tueurs, mais pas ceux aux effets plus insidieux.

Est-ce un pamphlet pour vous inciter à balancer toute la pharmacie aux toilettes? Non. Car même si elle se trompe et dévie à cause d’intérêts commerciaux, la médecine analyse et continue d’avancer. Il suffit de se retourner pour s’en persuader. Nous sommes entourés de tuberculeux, cardiaques et même cancéreux miraculés, de rhumatisants qui galopent et d’aveugles qui retrouvent la vue. Faut-il alors vouer au pilori toutes les patamédecines, qui quelque part saignent le budget de la santé, soit parce que les organismes sociaux les prennent en charge, soit parce que les malades y investissent à la place des thérapeutiques validées?

J’ai été longtemps un ardent critique de ces médecines alternatives, pour une raison purement éthique: il me semblait inadmissible que l’on puisse administrer un traitement à effet placebo en faisant croire autre chose au patient. J’ai du nuancer cette opinion.

D’une part les thérapeutes sont en majorité convaincus d’un effet authentique de leur traitement. Ils attachent plus d’importance à la satisfaction de leurs patients qu’à savoir pourquoi ça marche. Les vrais manipulateurs, qui ont remisé leur éthique au placard et ouvert grand le tiroir-caisse, sont heureusement rares. Mais ils existent.

La conviction, la suggestion est thérapeutique. C’est un grand paradoxe: les médecins les plus scientifiques sont les plus critiques à l’égard des traitements qu’ils prescrivent, et ils perdent ainsi une bonne partie du bénéfice qu’ils peuvent octroyer à leurs patients. Les « notices d’information » sapent incroyablement les résultats. Les effets indésirables surviennent à foison. Il est heureux que les médecins hospitaliers profitent de l’aura de totipotence de l’hôpital, car s’ils allaient soigner les patients à leur domicile bardés de leurs incertitudes statistiques…

Revenons aux patamédecines, qui ont leur utilité: Quand, croyant faire de l’evidence-based medecine, un médecin remplit une ordonnance de dix médicaments aux effets pharmacologiques avérés, le patient peut avoir intérêt à voir un homéopathe ou un magnétiseur. Car il est parfois plutôt anxieux que malade, et c’est bien un placebo qu’il réclame sans le dire.

Beaucoup cherchent un confident. Le curé ne fait plus recette. Le médecin a l’avantage d’être remboursé par la CAFAT. Mais il ne faut pas qu’il se montre trop agressif, avec son artillerie de psychotropes. Et il ne faut pas qu’il trouve des trucs trop graves, avec ses prises de sang, ses radios et ses scanners jamais strictement normaux. Beaucoup ont fui le médecin et ont fait l’essor des patamédecines. La médiatisation des erreurs médicales a accéléré le mouvement.

Faut-il alors tolérer ces nouvelles religions de la santé, kinésiologues, biomagnétiseurs, énergétiseurs…? Sans doute, à titre de recours secondaire. Mais il ne faut certainement pas qu’elles se positionnent en rivales de la médecine scientifique. Les patamédecins ayant de la bouteille sont rarement dangereux, ils ont appris à reconnaître ce dont il faut se méfier, et à ne pas se mettre en première ligne. Parfois c’est au prix d’erreurs passées graves. Les plus jeunes n’ont pas cette expérience et ne reçoivent pas une formation de diagnosticien. Il existe malheureusement de plus en plus souvent un recours aux patamédecines en première intention: conseils d’une copine, publicités sans freins, réputation d’innocuité…

Innocuité? Certes les effets nocifs d’une absence de traitement sont moins visibles que ceux d’un médicament ou d’une opération. Peu de publicité est faite sur les échecs des patamédecines. Les thérapeutes font preuve d’un grand dévouement pour leurs clients, qui n’ont guère le coeur de leur faire des reproches en cas d’insuccès. Mais les retards dramatiques de traitement existent. Les budgets familiaux fortement amputés par un traitement bidon, ça existe aussi. La tolérance doit respecter certaines limites. Elle n’inclue sûrement pas les demi-pages de publicité listant les dizaines de maladies « améliorées » par telle ou telle patamédecine dans un journal à grand tirage. C’est de l’information mensongère, qu’un très petit nombre de lecteurs sera capable d’analyser correctement.

Doit-on laisser les autres s’éduquer au prix d’une fuite financière, grave pour certains, bénigne pour d’autres? La solution pour les médecins est de fournir un diagnostic et des soins de qualité. Cela veut dire, parfois, pas de soins, quand on est pas dans son champ de compétence.
Et pourquoi, plutôt que les diaboliser, ne pas prescrire les patamédecines? Les limites au réseau de soins ne sont que corporatistes. C’est le bon aiguillage qui est essentiel à la qualité de la prise en charge.

Trop de gens sont soignés au mauvais endroit.
On peut en arriver à être content de voir un malade envoyé par le gourou déchiffreur de destin, quand on lui renvoie les gens qui ont seulement besoin d’une écoute attentive.

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