mar 192005
 

Piège: vous pensiez trouver un article plongeant dans les mécanismes chimiques du corps humain? Que nenni! Je traite un sujet tordu et passionnant: Pourquoi telle personne avec des problèmes de santé a-t-elle une vie gâchée, tandis que telle autre, handicapée par les mêmes lésions, vit quasiment normalement?

Un des pires conseils en matière de santé est de dire sans nuances: « A notre époque, plus personne ne doit souffrir ».
Bel avatar de la politique de cocooning, ce conseil a souvent un effet inverse à celui qu’il espère. « Si personne ne doit souffrir, comment se fait-il que je souffre, moi? Surtout avec tous les calmants que je prends? »

L’arthrose provoque un cercle vicieux difficile: douleur aux premiers mouvements quotidiens (le « dérouillage » de l’arthrose) s’ajoute à une vie sédentaire pour rendre décourageant le démarrage des efforts physiques. Si on les réduit au minimum, les articulations deviennent raides, la musculature s’affaiblit et perd son rôle protecteur, la coordination devient mauvaise, les gestes mal exécutés, et surtout les capteurs que notre système nerveux possède en abondance sur le squelette deviennent hypersensibles. Ce n’est pas qu’ils informent notre cerveau de dégâts nouveaux. Non: dans l’arthrose ces lésions sont d’évolution lente. C’est un seuil de réactivité qui s’adapte à la rareté des stimuli: moins l’articulation bouge, plus elle devient « alertée » par le moindre mouvement. Ce phénomène s’observe aussi chez les anciens sportifs, qui ont eu longtemps une activité physique importante et la réduisent, pour des motifs professionnels ou par flemme: ils se mettent à avoir des douleurs partout. Les troubles du sommeil sont une autre cause d’altération du seuil douloureux. Expérience: des sujets sont privés de tout sommeil pendant 48H, leur activité physique est réduite: apparaissent des douleurs généralisées.
L’utilisation abusive des calmants a aussi un rôle majeur: trop puissants par rapport au stimulus de la lésion d’arthrose et utilisés trop régulièrement, ils déboussolent le réglage du système nerveux et perdent leur efficacité. On voit ainsi des gens souffrant de banales douleurs d’arthrose en arriver à prendre des doses conséquentes de morphine, avec la complicité du médecin impuissant à répondre autrement à leurs plaintes. Leur qualité de vie n’en est même pas améliorée et en plus ils sont devenus dépendants!
J’ai mal -> Je ne bouge pas -> Les douleurs deviennent pires. C’est l’équation expliquant le lent enfoncement de beaucoup de personnes âgées dans le handicap. Combien se souviennent de la dernière fois où ils ont couru, et surtout pourquoi ils ont un jour arrêté de courir? Ce phénomène est discret en Nouvelle-Calédonie, très marqué en France où la sédentarité hivernale est un accélérateur.
La politique « personne ne doit souffrir » a bien sûr un objectif valable: ce n’est pas la lutte contre la douleur chronique, mais contre l’aigu! Là, pas d’altération du seuil de la douleur: en général, plus c’est aigu plus c’est bref. L’antalgique retrouve sa vraie vocation. Pareil pour les douleurs prévisibles: prémédications, anesthésies locales avant la petite chirurgie, tout ceci est la base de la médecine à visage humain.

Comment éviter la dérive dans une douleur persistante ou chronique (par convention chez les médecins on définit généralement comme chronique une douleur qui dure depuis plus de 3 mois)?
La façon dont on considère sa douleur est essentielle. Une personne âgée persuadée que les « petites douleurs sont normales avec l’âge » ressentira réellement de petites douleurs, indépendamment de tout courage personnel. Que veut dire un caractère « peu douillet »? Ces gens auraient-il un système nerveux moins réceptif? Auraient-ils un Q.I. inférieur aux autres? Ce n’est pas l’impression qu’ils donnent. Peut-être y trouve-t-on des gens qui ne se posent pas beaucoup de questions, mais il y a aussi ceux qui réalisent que certaines questions ne sont pas bonnes à se poser (stop! relisez la phrase 2 fois!!).
A l’âge de l’arthrose il est normal de « sentir » ses articulations. Pas besoin d’en faire un phénomène anormal et inquiétant. Si le handicap devient rapidement croissant, vérifiez bien sûr avec votre médecin la pertinence du diagnostic d’arthrose et son stade. S’il ne trouve rien d’alarmant, c’est que vous ne suivez pas les conseils pour l’arthrose: vous ne bougez pas assez, ou plus probablement vous ne croyez pas que bouger puisse vous améliorer, et votre perception de la douleur n’est pas modifiée.
Simpliste? C’est la méthode Coué, dîtes-vous? C’est vrai que ça peut sembler crétin, de se répéter « je n’ai aucune raison d’avoir mal », pour ne plus avoir mal. Le problème de la méthode Coué, c’est qu’il vraiment y croire pour que ça marche, et que ceux qui en ont le plus besoin sont les plus sceptiques. L’auto-persuasion, cela semble difficile, et pourtant vous l’utilisez tous les jours: il y a bien des choses dans lesquelles vous avez confiance: cette confiance majore l’effet qu’elles ont sur vous. N’importe quel expérimentateur le sait bien: le simple fait de faire rentrer un sujet dans une étude a déjà un effet sur lui!
Positif ou négatif, l’effet dépend de la présentation de l’étude. Si l’on dit au sujet qu’il teste un nouveau traitement bénéfique, il va ressentir une amélioration même s’il absorbe un faux médicament: le fameux effet placebo. Si on lui dit qu’on recherche des effets indésirables au traitement, il va les faire aussi avec un faux médicament: effet nocebo. Si on lui dit qu’il fait partie d’un groupe contrôle, sans traitement; il va quand même s’améliorer pour essayer de faire aussi bien que les autres: effet Henry (du nom d’un ouvrier noir américain à qui l’on avait annoncé que de nouvelles machines étaient attribuées à d’autres groupe pour améliorer leur rendement, et qui avait augmenté son activité de telle façon qu’il égalait le groupe pourvu des nouvelles machines).

L’auto-persuasion a des conséquences bien réelles. N’imaginez pas celui qui améliore ainsi ses douleurs comme un brave qui aurait en fait toujours autant mal mais n’en parlerait plus. Ses douleurs sont réellement diminuées. Séparez bien la lésion du ressenti: l’arthrose, abondamment commentée dans vos résultats d’examen, ne s’arrangera pas. Le ressenti, lui, peut tout changer.
C’est la même auto-persuasion qui transforme des traitements agressifs en routine. Prenez la prothèse de hanche: c’est une chirurgie lourde, qui devrait coller la trouille. Pas tant que ça: elle se nourrit de sa propre réputation d’efficacité: tout le monde vous dit, médecins, voisins, forums, que ce n’est rien du tout. Du coup les candidats se décident facilement, y vont confiants, et cela améliore réellement le résultat. La prothèse du genou est devenue une bonne opération beaucoup plus tard que la hanche. Médecins, kinés, chirurgiens, continuent à les opposer: la hanche, c’est comme une lettre à la Poste, le genou, c’est plus dur. Sur le fond c’est vrai, mais cette attitude contribue à maintenir un ressenti du résultat beaucoup moins favorable pour le genou. Alors que les complications graves des 2 prothèses ont à peu près la même fréquence.

On vieillit par qu’on se croit vieux. On ne court plus parce qu’on pense qu’on n’a plus l’âge de le faire. On a des douleurs parce qu’on est persuadé avoir été bousillé par son travail. On est malade parce qu’être en bonne santé coupe trop de la prévenance de ses proches. La surconsommation médicale est superposable à l’alcoolisme: c’est une autre réponse, que trouvent des personnes différentes, à des problèmes identiques. C’est le plus facile.
La méthode Coué finalement, c’est bio et c’est très complet: hypnose, thérapie comportementale, antalgique, remise en condition physique. Allez, on y croit!

  2 Responses to “Comment devient-on malade?”

  1. Le contentement de la maladie existe bel et bien,
    est difficilement extirpable:
    il commence, par une température de 40°,
    avec une journée où l’on a sa mère à soi tout seul..

  2. « L’inoxydable méthode Coué »
    Alternative Santé, juillet 2010
    Alternative Santé se penche sur la méthode Coué : « Oubliant les clichés, on peut découvrir que c’est la méthode la plus simple pour développer la confiance en soi et faire face à la maladie et aux difficultés psychologiques. Souvent taxée de désuète, sans être une panacée, elle demeure toujours un recours ».
    Le magazine aborde les livres d’Antoine Onnis, animateur de l’association Suivre Coué, près d’Aix-en-Provence, auteur de doux ouvrages sur le sujet. Alternative Santé livre plusieurs témoignages, dont celui-ci : « Pendant des années, j’ai souffert d’arthrose cervicale. Les médicaments, les infiltrations et le port d’une minerve n’ont rien arrangé. C’est alors que j’ai découvert la méthode Coué et depuis cela va beaucoup mieux. Dès qu’une douleur arrive, je touche l’endroit avec mes mains et je me répète « cela passe, cela passe » et tout va mieux ».
    Antoine Onnis note ainsi : « Il y a toujours d’un côté la difficulté réelle et il y a celle qui est imaginaire et qui prend la plus grande place ».
    Alternative Santé rappelle qu’Emile Coué (1857-1926), pharmacien, était « l’un des précurseurs de la médecine psychosomatique. Sa méthode contribue à améliorer l’état de santé et favoriser la guérison en agissant sur la composante psychologique de toute maladie, que ce soit pour un banal mal de tête, un problème digestif ou dans des maladies chroniques invalidantes ».

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