Manipulations et accidents neurologiques

Le Figaro reprend une étude anglaise (Ernst, Exeter) sur la sous-déclaration des accidents provoqués par la chiropractie, méthode de manipulation de brève amplitude peu répandue en France mais bien installée chez les anglo-saxons. Elle n’apporte guère de nouveauté. Les manipulations provoquent d’assez fréquents incidents — exacerbation des douleurs quand le geste n’a pas résolu le trouble mécanique : la zone irritable n’aime pas être chahutée en vain — et de rares accidents : le plus grave est la dissection de l’artère vertébrale avec des accidents neurologiques sévères ; grave également mais plus exceptionnel est la manipulation d’une vertèbre pathologique (angiome, métastase, spondylite infectieuse) ; enfin plus bénigne est la radiculalgie par mobilisation d’une hernie discale.
Ces complications ne sont pas très différentes de celles des traitements classiques. Les médicaments, d’efficacité piteuse dans les indications des techniques manuelles, montrent plutôt la couleur de leurs effets secondaires. Ceux-ci peuvent être graves : le nombre de décès provoqués par les AINS dépasse largement, statistiquement, celui des accidents neurologiques liés aux manipulations. Si le patient court-circuite facilement le médecin classique pour l’ostéopathe ou le chiropracteur dans les douleurs vertébrales, c’est qu’il trouve chez les seconds un meilleur rapport bénéfice/risque. Les complications, certes, ne sont pas inexistantes, mais le bénéfice est nettement plus spectaculaire. Nous savons que, dans un tel domaine, tout est affaire d’engagement éclairé du patient.

Ernst m’évoque un professeur connu de rhumatologie qui enseignait avec ardeur à ses étudiants de proscrire toute forme de manipulation… et se précipitait chez l’ostéopathe de son quartier quand il éprouvait une douleur vertébrale insupportable. Chaque militant de la médecine enjolive sa pratique et déverse sa bile sur ceux qui lui disputent le pouvoir. Certainement que les chiropracteurs n’insistent pas lourdement sur les exceptionnels accidents neurologiques à chaque fois qu’ils proposent une manipulation, comme le médecin évite par exemple de raconter en détail le léthal syndrome DRESS susceptible de survenir avec une prescription aussi banale que l’ibuprofène.

La bonne règle de pratique, quand on est médecin « conseilleur » sur la médecine manuelle, n’est pas tant d’exiger la pratique systématique de radios avant manipulation, qui ne met pas à l’abri des dissections vertébrales, que de recommander les techniques manuelles non forcées en première intention. Pour le néophyte, la médecine physique se réduit aux manipulations. En réalité l’univers de ces techniques est extraordinairement varié, cible tantôt l’articulation — chiropractie et manipulateurs classiques —, tantôt le muscle ou des points « gâchette » participant à un arc douloureux réflexe. Même si l’on s’attaque directement à la mobilité articulaire, structure initiatrice de presque tous les conflits durables, il n’est pas obligatoire d’effectuer un geste forcé, c’est-à-dire poussant l’articulation au-delà de ses limites habituelles. Des techniques très fines, par exemple l’amphothérapie de Jean-Marie Soulier, utilisent dans le « silence articulaire » des micro-mouvements parfaitement physiologiques : un genre de magie qui, bien réalisée, provoque sans aucune pression douloureuse… des impressions miraculeuses.

Aucune technique, cependant, n’a de prétention à l’universalité, quoi qu’en disent ses promoteurs. Si plusieurs tentatives de traitement non forcé ont échoué, il est licite de proposer une manipulation, en ayant cité les risques et demandé au patient de confirmer son engagement… et en espérant qu’il aura la force de rester détendu malgré tout.

Posted in Ostéopathie, Pratique médicale, Presse | Leave a comment

Pourquoi l’évolution ne nous a-t-elle pas permis de prendre le contrôle conscient de notre fonctionnement viscéral interne ?

Par contrôle conscient j’entends en fait des automatismes identiques à ceux de la posture, qui nous tiennent debout sans que la volonté rentre dans le détail des informations neurologiques à distribuer. Ces automatismes s’améliorent au fur et à mesure de la croissance et du temps passé à améliorer nos talents physiques. Pourquoi cet affinage serait-il inconcevable au niveau de nos rouages intimes qui, nous l’expérimentons tous en vieillissant, sont loin d’être invulnérables ? Imaginons que nous puissions réveiller notre système immunitaire, en train de faire la sieste comme un abruti devant cette tumeur infiltrante, que nous puissions régler notre performance optimale à l’effort tout en bénéficiant d’avertisseurs précis quand nous allons trop loin, que nous ayons conscience d’un anneau discal fragilisé dans un effort, à laisser en paix le temps de consolider, que les taux de métabolites nous indiquent exactement de quels aliments nous avons besoin. Tout ceci constituerait un avantage évolutif certain, que nous avons effectivement réalisé dans l’appareil sensitivo-moteur, capable d’améliorer nos gestes et nos équilibres jusqu’à une finesse extraordinaire. Pourquoi le reste de l’organisme est-il resté à la traîne ?
Continue reading

Posted in Questions en suspens | Leave a comment

Méthode infaillible contre l’erreur médicale

Le fascicule annuel de la MACSF sur la responsabilité médicale, florilège d’affaires censé sensibiliser la profession sur les fautes médicales évitables, est sans doute en fait la propagande la plus aboutie pour faire abandonner ce métier. Non pas que les décisions des juges semblent injustes, mais les erreurs rapportées apparaissent tellement humaines, capables de se glisser aisément dans une journée de travail surchargée, que l’on ressent sourdement la présence de l’épée encore oubliée sur notre tête par cet étourdi de Damoclès, sauf à congédier la moitié de notre clientèle pour s’occuper de l’autre avec une attention obsessionnelle.

La seule bonne façon de travailler m’a été enseignée par mon patron, en consultation externe : sa célébrité était telle que le délai de rendez-vous pour le voir se situait entre 4 et 5 mois. Les patients avaient bien entendu vu plusieurs médecins entretemps si le problème était sérieux, et le diagnostic était déjà correctement balisé. Si le problème était mineur, il avait généralement guéri de lui-même, et la consultation — de politesse — consistait à le confirmer au patient, ce qui rehaussait encore la réputation du professeur.
Je n’ai pas encore mis en pratique, à ma grande honte, la méthode de mon mentor. Je continue à voir des patients malades, parfois en urgence le jour-même, et ils compliquent terriblement le bel ordonnancement des rendez-vous pris à l’avance. Qu’est-ce qui me prend de courir de pareils risques ? Comme il semble impossible d’appliquer l’Evidence Based Medecine aux imprévus du quotidien, dois-je plutôt donner systématiquement les rendez-vous dans 4 mois pour faire de la Médecine Évidente de Base ? Continue reading

Posted in Pratique médicale, Presse, Santé et société | Leave a comment

Que sera l’homme du futur, ou les intelligences artificielles qu’il aura créé ?

Pour l’instant ce que nous en lisons consiste grossièrement à rajouter des couches de mémoire et d’analyse rationnelle. Cela produira-t-il un être différent, ou seulement doté d’un Q.I. plus élevé ? Fera-t-il d’ailleurs mieux que des groupes humains de mieux en mieux spécialisés et coordonnés, réunissant leurs compétences en une sorte de super-cerveau ? Les anticipations se préoccupent peu des intentions d’un être supérieur. Nous avons déjà du mal à considérer objectivement les nôtres, par peur d’un réductionnisme. Les auteurs d’histoires de surhommes se contentent de projeter les leurs, plus ou moins sublimées, ou radicalisées s’ils veulent faire peur, mais toujours imitées.

Un fil conducteur existe pourtant pour jouer à l’oracle. Continue reading

Posted in Questions en suspens | Leave a comment

Le conflit, une compétence évolutive

Une polyconscience efficace, « fluide », ne veut pas dire paisible. L’intérêt évolutif pour la conscience de s’être organisée ainsi est d’avoir créé des oppositions. Il s’agissait de créer des solutions, des comportements, qui diffèrent de la moyenne sur laquelle se seraient alignés tous les représentants de l’espèce, réduisant beaucoup les chances de progrès. La dissension est une qualité évolutive. Nous n’en avons pas suffisamment conscience à l’heure des discours positivistes qui voudraient réduire et contrôler tous les conflits. Continue reading

Posted in Psychologie de bazar, Santé et société | 1 Comment

César et Brutus

Posted in Humour | Leave a comment

Principe anthropique fort

Posted in Humour, Science | Leave a comment

La science est chouette, mais aussi effraie…

Ce jeu de mots connu introduit un article sur les raisons intimes du profane à s’accrocher à des convictions pseudo-scientifiques, avec une vigueur incompréhensible pour les professionnels de la connaissance. Continue reading

Posted in Science | Leave a comment

Comment la conscience a créé le Temps…

Réfléchissons plus avant aux paradoxes qui entourent la conscience d’un Soi. Elle naît, nous l’avons vu dans l’Homme Polyconscient, du tronc cérébral, carrefour des influx constants qui proviennent de l’intégralité du milieu interne et témoignant normalement de son bon fonctionnement. Tout cet organisme est en renouvellement perpétuel : il faut quelques jours seulement à la muqueuse intestinale pour être remplacée, et une dizaine d’années à l’os, au métabolisme le plus lent. A ce moment, nous sommes un corps entièrement nouveau, qui génère la « même » conscience d’un Soi permanent, alors que n’existe plus une seule cellule ou fibre de l’organisme précédent.
Une seule population résiste au changement : les neurones. Mais ces braves gaulois poilus ne constituent pourtant que le réceptacle de la conscience de Soi. Ils sont en fait les artisans principaux du changement, de la mode, puisqu’ils fabriquent les représentations et que celles-ci sont, pour la plupart, bien plus éphémères que l’os. Le tableau général du Moi, incluant toute la polyconscience, prend un aspect fort différent d’une décennie à l’autre de la vie. La seule permanence physique que nous possédons est la « toile » vierge du réseau neuronal brut, sur laquelle viennent s’inscrire et s’effacer les représentations — une multitude de liaisons fragiles —.

Notre part permanente ne possède aucune âme, tandis que l’endroit d’où semble provenir notre âme n’a aucune permanence.

Le paradoxe naît dans la perspective. Pour comprendre comment la perspective fabrique la conscience du Soi, il faut faire un peu de physique : Continue reading

Posted in Questions en suspens, Science | Leave a comment

Moïse, en vieillissant, a ajouté trois commandements

Trois principes physiologiques à connaître pour découvrir les secrets du meilleur des vieillissements : Continue reading

Posted in Nouveautés du site | 1 Comment

Science et postulat

La science pose ses propres postulats, ce qui la rend peut-être fausse sur tout ou partie. Mais le penser repose également sur une pré-supposition : que la raison humaine soit indépendante du monde qu’elle explore ; qu’elle soit une sorte d’émanation divine, originelle, créatrice de concepts aussi bien illogiques que logiques, parfois sans rapport aucun avec la réalité du monde. Est-ce véritablement possible ? L’esprit humain, fondamentalement un imitateur, un mélangeur et un réassortisseur génial, est-il capable d’imaginer quelque chose qui soit totalement étranger à ce monde ? Ou ne se leurre-t-il pas en trouvant des concepts innovants parce que, surtout, ils n’ont jamais encore été imaginés, à cause d’une vision trop étriquée du monde réel, une vision traditionnelle, c’est-à-dire déjà issue de l’homme et restreinte par la portée de son imagination antérieure ? Les concepts sont-ils une création de l’esprit humain ou sont-ils là de toute éternité, attendant que notre imagination parvienne à les appréhender parce que le langage du monde finit par lui être enfin compréhensible ?

Le doute est lui-même un postulat. Il est possible que chacun de nos concepts ait un sens… parce que nous ne serions pas en mesure d’imaginer l’impossible.

Posted in Science | Leave a comment

SarkHomme

Quel regard apolitique peut-on porter sur l’élection en cours, très passionnée, et qui va produire, merveilleux effet de la démocratie, son éternelle moitié d’insatisfaits — c’est à cela que l’on reconnaît une vraie démocratie ! et si l’on pense encore qu’un tel régime met fin aux conflits, c’est que l’on n’a pas saisi leur nécessité impérative — ? Les sarkozystes sont si désespérés qu’ils se scandalisent de cette vidéo sur Hollande, avec en sous-titre qu’un candidat ne pourrait jamais gagner une présidentielle aux USA après une pareille affaire. La mystification politique en question fait plutôt potache ; en réalité elle bouscule presque de façon sympathique l’image de terne fonctionnaire de la politique que véhicule Hollande.

Cette anecdote n’a aucune chance d’influencer l’élection car il n’existe pas de « pro-Hollande », seulement des anti-Sarkozistes. La droite aurait-elle présenté n’importe lequel de ses poulains prometteurs, il gagnait, en se prévalant du bilan gestionnaire de Sarko sans récupérer l’image dictatoriale. Mais les urnes vont choisir un traitement radical : un flash de radiothérapie contre le « SarkHomme ». Continue reading

Posted in Presse | Leave a comment

Infiltrations à répétition, anticipation médicale forcée

Chez un rhumatologue existe un contingent de personnes atteintes d’affections dégénératives, gonarthrose et lombarthrose en premier lieu, qui réclament régulièrement une infiltration palliative de corticoïdes. La répétitivité de ces injections fait parfois frémir certains confrères, quand les mêmes patients sont atteints de troubles métaboliques, potentiellement accentués par le corticoïde. La chirurgie prothétique du genou montrait encore récemment de nombreux insatisfaits ; elle a fait des progrès suffisants pour qu’il soit à présent possible de la conseiller facilement ; mais il existe toujours une tranche d’âge idéale, que faire des trop jeunes et trop vieux ? Dans certaines ethnies, la gonarthrose est banale à la cinquantaine. Quant à la lombarthrose, on ne dispose pas des pièces neuves, ni de viscosupplémentation comme au genou.
Une fois le médecin au terme de ses messages quant à l’hygiène de vie, comment doit-il se comporter face à la demande de soulagement ?

Un profil de patient rétrécit visiblement sa conscience à un besoin d’antalgie immédiate, sans trop se soucier des conséquences. Un autre profil est au contraire très attentif, au moins autant que le médecin, aux risques, et hésite à s’engager dans toute thérapeutique. Les premiers vaquent normalement à leurs occupations, une fois le soulagement obtenu, pendant un nombre d’années sans doute inférieur, du fait qu’ils négligent les risques, aux seconds, si experts dans la précaution qu’elle devient un élément cardinal de leur existence, au point qu’ils ne semblent vivre que pour gagner quelques années de vie.

Sous cet angle, pourrait-on dire que réduire son niveau de conscience par rapport à ce que souhaite l’autorité médicale ait, quelque part, un effet de protection sur la liberté du destin choisi par chacun ?
Hypothèse provocante, qui met en lumière le décalage entre le degré d’anticipation propre au malade et celui du médecin. Continue reading

Posted in Pratique médicale | Leave a comment

L’Homme Polyconscient

Les blogs tournaient au ralenti ces derniers temps parce que je mettais la dernière main à cet ouvrage, « L’Homme polyconscient », qui paraît aujourd’hui.
La profession médicale apporte ses moments de grand bonheur, ses dépits — généralement liés à notre ignorance, que le travail peut combler —, et aussi ses impostures, qui relèvent par contre d’un aveuglement plus difficile à contourner. Les règles professionnelles tendent de plus en plus à devenir celles d’une science « dure », comme si les patients étaient un matériau métallurgique au comportement toujours identique, ou du moins prédictible. Mais le patient — tout individu en fait — est l’interaction d’un physique accessible dans ses rouages les plus simples à la méthode scientifique, et d’une conscience qui ne l’est pas, car elle s’auto-organise selon ses propres règles. La médecine du quotidien est ainsi devenue un atelier de mécanique où l’on fait une vidange, un réglage de carburation et un changement de plaquettes, sans se préoccuper de l’électronique de commande, extraordinairement complexe sur les modèles contemporains. Tout au plus établit-on un modèle psychologique du conducteur, et s’il est un peu nerveux au volant nous allons lui trouver de quoi se calmer ! Les processus sous-conscients du psychisme, qui relient le comportement aux sensations corporelles et à leurs maladies, sont terra incognita… où l’on entend toutes sortes de prophètes, car il n’existe plus tant de terres inconnues pour attirer inventeurs et aventuriers.
Je me suis équipé pour me lancer à mon tour dans ces friches de la médecine, avec des objectifs précis : rester en contact avec la vraisemblance scientifique mais m’affranchir de ses effets réducteurs ; déconstruire avant de tenter un réenchantement de notre existence ; amener à un palier maximal de conscience — avec nos moyens actuels — que j’ai appelé la polyconscience.
Ce n’est pas un livre de médecine mais une nouvelle théorie de la conscience, aux prolongements étonnants vers la philosophie, la sociologie, l’épistémologie. C’est un creuset capable de refondre nos questions existentielles en solutions véritablement innovantes. Un livre difficile pour ceux qui se contentent d’éprouver la vie ; une échelle pour celui qui veut la contempler ?…
Version livre couverture souple, 202 pages
Version eBook format epub (Kobo FNAC, iPad…)

Posted in Pratique médicale, Psychologie de bazar, Science | 1 Comment

Science Universelle

Scientifiques, religieux, adeptes de toutes croyances, se rejoignent sur une carence commune : tous sont impuissants ou malhabiles à traiter ce qui échappe à leur foi. La seule issue est généralement de chercher à imposer sa foi.
La foi est, ainsi, source de tous les conflits.
Le scientifique ne fait pas mieux que les autres en ce domaine, même s’il affirme que ses croyances sont bien plus fondées que les autres, et le monde matériel lui apporte presque systématiquement son appui. Mais il n’existe pas de méthode scientifique pour traiter ce qui échappe encore à la vérification scientifique.
Nous attendons la Science Universelle, qui se définit par l’existence d’une méthodologie propre à gérer ce qui relève de sa foi, et d’une autre pour ce qui n’en relève pas.

Posted in Blinder Based Medecine, Science | Leave a comment

Face à la protestation

Pharmaciens en grève : un post calédonien, mais qui intéressera tous ceux confrontés à la désertification médicale.

Posted in Pratique médicale | Leave a comment

Errance libérale

Le monde libéral est caractérisé, avant toute autre chose, par une foi inébranlable en l’existence de liberté. La croyance en des qualités intrinsèques à chaque être humain, propriétaires, débouche sur la conviction que nous sommes aux commandes de la conduite de notre vie, capables de gagner ou de perdre selon notre habileté, comme si l’on passait chez un concessionnaire s’offrir une superbe voiture de course, dont les potentialités autorisent toutes les ambitions, et d’ailleurs l’attirance du monde libéral pour les belles bagnoles n’est certainement pas un hasard ;-)

C’est à la fois la plus grossière, et la plus efficace, des illusions qui propulsent l’homme dans sa réalisation personnelle.

Si nous remontons cette grosse ficelle vers le début de chaque destin, banal ou exceptionnel, nous tombons sur une loterie génétique et ses lots d’aptitudes innées, dont il est difficile de tirer une réelle fierté : c’est comme si le lot lui-même se réjouissait d’être une récompense… Vous n’existez pas encore pour porter un tel jugement. C’est la société qui le porte. Et donc, en quelque sorte, la fierté envers nos capacités est un sentiment que nous empruntons plus tard à la société, avec des critères de jugement qui auraient pu être tout différents dans une autre.
Continue reading

Posted in Psychologie de bazar | 4 Comments

Comment différencier une spondylarthrite inflammatoire d’une lombalgie mécanique banale ?

Situation très courante, vu la fréquence des lombalgies chroniques, et gênante quand est finalement porté un diagnostic de rhumatisme inflammatoire alors que l’on a houspillé le patient sur son hygiène de vie depuis des mois ou années, voire entamé sa réorientation professionnelle.
Les conséquences d’un retard diagnostique ne sont heureusement pas dramatiques, car les anti-inflammatoires sont toujours au moins partiellement efficaces, et souvent spectaculaires. C’est plutôt que le médecin et le patient sont gênés de respectivement en prescrire et en consommer autant, sans obtenir de guérison définitive. L’affirmation d’une spondylarthrite va au moins déculpabiliser cette situation car, contrairement aux lombalgies banales, l’utilisation au long cours des AINS est parfaitement conseillée, contre une inflammation « maladie », agressive, et non pas contre une inflammation bénéfique, tentative de réparation physiologique dans les discopathies par excès de contraintes mécaniques.  Continue reading

Posted in Pratique médicale, Presse | Leave a comment

Une garde-robe de personnalités

(Extrait de « l’Homme polyconscient », à paraître)

Comment se comporte la polyconscience au quotidien ?

On pourrait dire qu’elle chausse une personnalité. Chaque individu joue un rôle choisi. Si on compare la polyconscience à un orchestre, elle dévide une partition de base, qui varie selon l’environnement. Un personnage peut être affable et poli avec ses clients, emphatique et vulgaire au bistrot parmi ses amis, irritable, indifférent ou violent à son domicile. C’est pourtant la même personne, n’est-ce pas stupéfiant ?
Cet individu peut, de surcroît, se regarder dans un miroir et ne se reconnaître pleinement dans aucune des différentes personnalités qu’il endosse. Il se rassure en se disant que c’est son « caractère ». Mais que se cache-t-il derrière cette simplification grossière ? Qu’est-ce que le « caractère », ses « sautes d’humeur », et pourquoi semble-t-il que nous ayons sur lui si peu de contrôle alors que tant de fonctions corporelles nous sont accessibles ?
Continue reading

Posted in Psychologie de bazar | Leave a comment

Le génie de la foule

La sagesse de la foule contient un aspect décevant : Un groupe suffisamment grand devient parfaitement prévisible dans ses conclusions communes. Même s’il semble aboutir à l’option la plus juste, cela reste attaché à certains critères de jugement. La diversité s’efface à l’échelle de la foule, au profit d’un conformisme absolu.

Cela provient du fait que ses membres se comportent comme des monoconsciences. Ils se conforment à leur opinion principale, effaçant les alternatives parasites. En un certain sens, c’est un gage d’efficacité de la sagesse collective ; impossible de s’y fier si les individus étaient imprévisibles.
Pourtant, un groupe fait d’une somme de polyconscients, et mélangeant toutes ses tendances, pourrait voir celles qui sont réprimées s’additionner de façon inattendue. C’est-à-dire qu’une seconde opinion, moins gagnante chez la plupart des individus, mais présente chez un plus grand nombre, ferait au final un score plus élevé si elle ne restait pas dans l’ombre.

Nous aurions ainsi, avec une foule polyconsciente, un organisme beaucoup moins prévisible, qui donnerait de temps à autre des résultats différents d’un expert, parce qu’elle exhume la « petite idée », parfois en réalité la plus universelle, et que seul sait reconnaître celui qu’on baptise « génie ».

Posted in Psychologie de bazar | 27 Comments