nov 012014
 

L’EBM (Evidence Based Medicine) est fort avare. Face à l’un des symptômes les plus communs, la lombalgie, il n’existe aucune thérapeutique ayant montré un niveau de preuve suffisant pour le médecin rigoureux. Même le repos n’a pas d’efficacité, voire sa dangerosité se confirme. Aucun traitement ? Pour une affection représentant 1 motif de consultation sur 5 en médecine générale ?

Yes !!! C’est l’occasion de mettre en oeuvre un paradigme concerté avec l’EBM, pour lequel j’espérais depuis longtemps un essor fulgurant : la SBM, Sloth Based Medecine, ou médecine fondée sur la flemme.

Voici la technique : vous placez vos jambes étendues sur le bureau. Vous écartez légèrement les pieds en éventail de façon à placer le visage désespéré du patient bien au milieu du ciseau qu’ils dessinent. Vous pouvez jouer à refermer 2-3 fois pour décapiter son image. C’est assez déstabilisant pour lui et vous récupérez immédiatement tout le pouvoir qu’il aurait songé à vous soustraire par ses questions stupides.

Vous aurez pris soin de chausser vos lunettes avec des yeux peints. Ce regard fixe et impératif s’occupera de l’immobiliser sur sa chaise comme une souris prise au piège, tandis que vous ferez une petite sieste pendant l’énoncé toujours excessivement durable de sa souffrance.

Quand il se tait enfin, ouvrez assez largement la bouche, et restez ainsi quelques instants, pour bien souligner l’importance de ce qui va en sortir. Vous pouvez retrousser légèrement les lèvres pour accentuer le côté carnassier de vos paroles. Mobilisez vos glandes salivaires pour accompagner d’un flot de postillons cette parabole inoubliable :

« Ne changez rien ! ».

Si vous manquez encore un peu d’assurance, ajoutez avec de grands moulinets de bras et en déambulant à travers la pièce : « Ne modifiez aucunement votre comportement. Evitez les médicaments. Tenez-vous loin des attouchements érotomanes des ostéos et des kinés. L’évolution nous est spontanément favorable ; elle transforme au fil des âges Homo Doloris en Homo J’menfoutiste, à part quelques Homo Blasphèmens promis à une extinction rapide ».

Mais tout cela est bien fatigant. La pratique la plus pure de la SBM est, après vos 3 mots historiques, de désigner la porte.
Derrière l’attend votre secrétaire, avec un intimidant air militaire, pour lui réclamer le contenu de son portefeuille, vérifier s’il peut éponger sa lourde dette.
L’éthique de la SBM vous autorise alors à émettre un léger gaz de satisfaction.

Rejoignez-nous massivement dans la pratique de la SBM !
Ecrivez-moi pour connaître la date des séminaires.

au-suivant

 Posted by at 5 h 14 min
oct 182014
 

Tout individu est une collection d’erreurs. Le problème de l’identité est simplement de parvenir à les assembler.

*

Une religion est une théorie de Dieu.

Le Jugement Dernier est le plus grand accélérateur de particules jamais conçu, destiné à confirmer la théorie chrétienne de Dieu.

*

L’individualisme est un refuge pour les valeurs les plus hautes comme les plus médiocres.

*

L’homme n’a la propriété que de ses concepts, pas de ses mots.

*

Notre aversion fondamentale envers l’immigration provient de ce début tout précoce de la vie où, spermatozoïde, nous avons franchi en vainqueur le seuil de l’ovule, essoufflé, le flagelle battant, ne pouvant croire à notre chance extraordinaire, et avons refermé aussitôt la porte, secouée un instant plus tard par les coups de poing rageurs de nos innombrables concurrents.
Nous n’avons jamais ouvert…
… et y avons gagné un éternel fonds de culpabilité.

*

Si vous vous cherchez encore, cherchez des dissonances. Trempez-vous dans leurs défis.

*

Les croyances sont des paradigmes fusionnés, trop représentatifs de la totalité de leur propriétaire, qui n’est pas encore un contrôle supérieur de ces repères, capable de les démembrer.

*

Un placebo n’est dangereux que lorsqu’il exclue un traitement efficace.

*

La méditation est une extension du sommeil, quand les nuits ne suffisent pas à se faire changer assez vite à son propre goût.

*orc-pensif

L’ambition doit précéder les moyens.

(c’est aussi le résumé du malheur du monde)

*

Plus une idée est candide, plus elle peut cacher une révolution.

*

Rire de n’importe quoi
éprouve la force de nos repères.

*

Avec le toucher, tout devient cher,

tout devient chair.

*

La clairvoyance ? Surcotée.
Ne pas comprendre les choses est le meilleur moyen de vouloir les changer.

 Posted by at 9 h 31 min
oct 092014
 

Un point sur cette relation climat / ressenti de l’arthrose, motivé par la publication dans Cerveau & Psycho d’un article taxant cette relation de biais cognitif illusoire. L’allusion aux rhumatismes se niche au milieu d’une charge globalement juste de Richard Wiseman contre la croyance dans le paranormal.

Le besoin d’une explication à tout prix, même en l’absence d’informations suffisantes, crée effectivement un biais cognitif. Malheureusement ceux qui sont au courant souffrent fréquemment du même travers. Ils l’appliquent, de façon tout aussi identitaire qu’un religieux (ici la religion est la science), à tout ce qui n’est pas démontré (mais pas non plus infirmé).

Un exemple éloquent est le dogme de l’ADN inaltérable : il a longtemps enterré dans le mysticisme les théories soutenant un effet sur le génome du vécu de l’individu, ce qu’adoube à présent l’épigénétique.

La relation entre rhumatisme et météo est traitée de la même façon par l’auteur. Certes les études sur notre sujet sont hétérogènes, cependant la seule citée (Redeilmer-Tversky) est l’une des moins contributives : elle n’a concerné que 18 personnes…

Une autre de protocole identique, plus vaste (McAlindon-Formica-Schmid-Fletcher), a montré une corrélation nette avec la pression atmosphérique et la température, pas l’humidité.

Il existe un support physiologique simple pour comprendre l’effet ressenti par les rhumatisants : l’air n’est pas du vide, il appuie avec une certaine force sur les tissus, réduisant leur congestion quand ils sont inflammatoires. Vous utilisez cet effet quand, juste après vous être cogné le tibia contre une chaise, vous comprimez la zone blessée pour réduire la douleur. Vous réduisez l’extravasation vasculaire.

tourbillon-orageuxBien entendu les variations du climat ne créent pas ces douleurs mais les exacerbent, surtout chez les inactifs. L’effet pression atmosphérique explique particulièrement bien les prédictions des changements du temps chez les arthrosiques (la pression diminue un ou deux jours avant l’arrivée des nuages). S’il s’agissait d’un effet purement psychologique (la déprime du ciel gris) on ne comprendrait pas très bien cette anticipation. Les arthrosiques signalent d’ailleurs la même exacerbation lorsque la pression baisse pour d’autres raisons, par exemple dans un avion en vol. Voilà pourtant un contexte qui n’est pas déprimant !

Enfin l’expérience du médecin lui indique que ce sont les arthrosiques qui se plaignent du temps, pas tellement les arthritiques. Les polyarthrites étant des maladies plus dangereuses, elles sont soignées par des thérapeutiques anti-inflammatoires et immuno-suppressives beaucoup plus agressives… et mises généralement en rémission. Tandis que le médecin est plus contemplatif devant l’arthrose, effet du vieillissement et non dérèglement corporel, méritant juste des quasi-placebos. C’est donc l’arthrosique discrètement congestif qui fait le meilleur baromètre.

Ainsi l’effet du climat est certainement réel, mais reste modeste. D’autres facteurs le gomment facilement, par exemple l’activité physique, qui inonde le système nerveux d’informations alternatives à la douleur. Est-ce la raison pour laquelle une autre étude sur les effets du climat, réalisée cette fois chez des seniors embarqués dans un programme de reconditionnement aux exercices physiques (Wilder-Hall-Barrett), n’a rien trouvé ?

oct 012014
 

evolution

« La m… après la vie », me dit Cathy, une amie.
Tout à fait. La merde, la mort… synonymes.
Dans cet endroit intime il y a un peu de nous qui s’enfuit…
Cependant plutôt qu’un rapprochement de la mort
je préfère y voir l’abandon de promesses de vie,
quand je pense aux milliards de mes compétiteurs flagellés
qui ont fini leur course dans ce tourbillon.
Et toi chère Cathy n’as-tu jamais rêvé du triste destin de tes ovules
ayant survolé une bonne terre utérine sans croiser sperm-âme qui vive
et arrivant finalement dans la fosse septique ?
Existe-t-il un Dieu pour les gamètes ? Je suis sceptique.
Il doit dormir comme une cellule-souche…

 Posted by at 9 h 18 min
sept 242014
 

L’immense majorité des gens accablés par des douleurs chroniques souffrent terriblement parce qu’ils ne se sont pas appropriés leur douleur.
Qu’est-ce que cela veut dire ?

Pour se l’approprier, il est impératif de comprendre d’où elle vient et se satisfaire de l’explication. Notons immédiatement une conséquence étonnante de cette observation : un individu accepte mieux sa douleur quand la cause lui paraît acceptable (c’est-à-dire qu’elle se relie correctement à son besoin identitaire) que parce qu’elle est véridique, en particulier scientifique. Certaines personnes supportent même en vain des douleurs qui pourraient être supprimées, parce qu’elles lui ont trouvé une fonction identitaire.
La plupart du temps la recherche de la cause de la douleur chronique est inadéquate et incomplète. Les éléments d’information sur le web sont dispersés et en apparence contradictoires. Un profane a peu de chance de les assembler correctement pour en faire un cadre qui lui semble parfaitement cohérent. Par suite il lui est impossible de s’approprier cette douleur ; elle reste en majeure partie étrange, étrangère, une méchante puissance qui tente de le réduire à sa merci.

Ces éléments d’information se divisent en deux catégories :
La première comprend les originaux, les individualistes ; ils reposent sur des croyances, des théories personnelles propagées par des « Séides » et non par la confirmation expérimentale. Il peut être intéressant de devenir soi-même un Séide, mais l’on ne possédera jamais qu’une partie de réponse. C’est la transposition sur Soi de la solution personnelle d’un autre et non sa propre Solution. Ce type d’information apporte une grande force identitaire à l’origine de la douleur, mais éventuellement la déconnecte complètement de la réalité.
On peut ranger dans cette catégorie une partie des avis recueillis dans les forums, axés sur l’expérience personnelle.

Les autres appartiennent à la seconde catégorie, l’information commune, collectiviste, reproductible quel que soit l’individu, catégorie actuellement confondue avec la science fondée sur les preuves. Elle se trouve sur les sites médicaux officiels, uniformisants et malheureusement insuffisants, puisqu’une faible partie du ressenti d’une douleur chronique peut être expliquée par leurs dires.

matrixCette carence motiva le projet Rhumatologie en Pratique, destiné à faciliter l’appropriation de la douleur chronique à ceux débordés par elle. Bien sûr vous y parviendrez plus aisément pour une douleur arthrosique que pour une névralgie du trijumeau. Même dans ce dernier cas cependant, et bien qu’elle provienne de niveaux très bas dans le Stratium, difficile d’accès aux facultés conscientes, il est possible de s’en emparer, la reconsidérer, le requalifier. L’entraînement est plus long, plus difficile à apprendre seul, mais la situation le motive entièrement. La douleur ne doit plus être un tyran inaccessible, fouet brandi par un Corps indépendant, mais un dysfonctionnement qu’il appartient à Soi de faire disparaître.

Pour les douleurs d’origine ostéo-articulaire, le principe repose sur une idée centrale : le manque de mouvement, aussi bien physique que psychologique. L’espèce n’a jamais été aussi accablée de douleurs insupportables que depuis sa sédentarité croissante, l’essor des métiers à posture statique, moins épuisants physiquement mais répétitifs. Le chasseur-cueilleur gambadait dans les prairies ; l’agriculteur est le premier à avoir connu le mal de dos chronique.

Le manque de mobilité a plusieurs conséquences : réduction du massage cartilagineux, un élément essentiel de son activité anabolique et de la circulation des nutriments dans son espace interstitiel ; sous-utilisation des automatismes neurologiques qui assurent la coordination -> perte de compétence ; réduction des informations sensorielles alternatives à la douleur, qui rend celle-ci diaboliquement prééminente dans le sensorium.

Malheureusement pour les douloureux chroniques qui ne gèrent pas ces signaux inutiles en les ignorant, il semble que le corps traite leur excès d’importance chronique comme les autres types d’informations, c’est-à-dire qu’il crée des terminaisons supplémentaires pour recueillir toute cette douleur et améliorer sa gradation, sa sensibilité. Si vous avez trop mal en permanence, vous cessez de percevoir le « plus » et le « moins » douloureux. L’organisme s’occupe de créer de nouveaux capteurs « douleur ». Il veut en savoir plus. A ce niveau, la douleur n’est qu’une information comme les autres. C’est beaucoup plus haut dans le Stratium qu’est interprétée sa pénibilité.

Les antalgiques, dans le traitement de la douleur, ne sont qu’un soutien au détournement de l’attention, qui est le principal objectif.
L’attention… qui d’autre que le douloureux chronique la pilote ? Personne. En désespoir de cause, vous pouvez engager un médecin terroriste pour opérer le détournement. Il vous menacera avec une lobotomie, des drogues dures, des électrodes implantées dans le rachis.
Cela ne suffit pas ? Vous avez raison, contraintes et peur de la punition n’agissent jamais bien longtemps. Plus efficace est de réveiller vos passions. Laquelle vous rendrait fébrile au lever le matin, au point d’oublier vos pilules ?

L’on doit sans doute se féliciter de l’abandon du dolorisme, vieille tendance religieuse à exalter la douleur physique, à lui attribuer une valeur morale. Cependant, qu’est-ce que la médecine moderne a offert en remplacement pour inciter à mépriser une douleur qui n’apporte aucun bénéfice ?
Nos aïeux auraient-ils été mieux armés contre la douleur, avec leur morale judéo-chrétienne, que nous avec toute cette prétentieuse pharmacopée ?

 Posted by at 16 h 59 min
sept 172014
 

(réponse à cette demande posée sur un forum US)

La question est fondée sur un abus publicitaire : les promesses sans limites de la médecine, marketing évidemment déconnecté de la réalité. La mort n’est pas évitable, mais il existe des problèmes beaucoup plus simples qui ne sont pas supprimés par la médecine : le mal de dos, la migraine, les viroses hivernales.

« Traiter » la mort n’est pas un abus de langage. Il est exact que ce n’est pas une maladie. Mais personne ne voit d’inconvénient à parler du « traitement » de l’arthrose, des déficits endocriniens,  des rides, des ralentissements cognitifs, qui sont également des effets normaux du vieillissement.

Parlons de « retirer » la mort pour indiquer que ce n’est pas un défaut de fonctionnement.

Parmi les méthodes utilisées pour ne pas craindre la mort, invoquer la fatalité est l’une des moins efficaces. Gardons-lui son impopularité. Mieux vaut faire attentivement son marché parmi le vaste éventail des enchantements qui font avaler plus facilement cette pilule amère : foi en l’après-vie, attachement à l’instant (très négligé par les personnes âgées qui voient au contraire le temps filer comme de l’eau entre les doigts), postures philosophiques diverses qui permettent de construire un théâtre absolument personnel pour le drame de nos derniers instants.

« Finir en beauté » est bien plus séduisant que « finir parce que c’est la fatalité ». Nous voulons mettre une signification sur chacun des instants importants de notre vie. Supporteriez-vous que votre mort soit une marque « fin » de série ? Non, nous adorons les génériques de fin où passe le bêtisier du film. Préparez-vous plutôt à éprouver ce que vous vous êtes toujours refusé (mais vous avez eu une secrète et intense curiosité à ce sujet).

Je ne crois pas que les occidentaux croient sincèrement à l’après-vie. Si c’était le cas, nous ferions une fête d’enfer lors du « passage » du (plus trop) vivant vers sa nouvelle résidence, le Grand Tout, laissant derrière lui le commuter traffic et autres routines affligeantes de notre existence rampante. Mais non. Les indigènes du Pacifique font de telles fêtes débridées parce qu’ils sont persuadés que le disparu survit à travers eux et la terre des ancêtres. Je suis plutôt d’accord avec ça. Nous survivons à coup sûr dans le terreau… de la mémoire de nos proches, dont nous devenons des briques, des éléments du décorum intérieur. Je me suis réapproprié bien davantage les valeurs et les talents de ma mère quand elle est décédée, parce que son corps avait fait son temps pour les supporter. Il fallait bien les transférer quelque part. Bibliothèques et photographies ne contiennent pas tout. Le phénomène de ma mère est imprimé dans mon esprit, et j’en transmettrai les fragments inusables à mes descendants, parce qu’ils m’auront vu les mettre brillamment en pratique.

Bon, je me suis écarté du sujet. Et une larme menace d’un court-circuit la touche « M » de mon clavier, très sollicitée dans l’écriture de « maman ». Alors, nous disions : peut-on « retirer » la mort ?

Bien sûr. C’est une faculté naturelle, et non une tare, une imperfection de notre patrimoine génétique. La mort est utile. Surtout à l’espèce c’est vrai. Il fallait bien que l’évolution affine le modèle Homo Sapiens en renouvelant rapidement les générations, en mélangeant les cartes génétiques, en les soumettant aux aléas de l’environnement. Imaginez que dame Nature ait décidé  de faire de notre ancêtre commun avec le singe un être immortel. Il se serait répandu sur la planète comme une nuée de fourmis et l’aurait peut-être dévasté sans avoir développé la moindre culture. Un tel scénario n’est d’ailleurs pas exclu aujourd’hui si la science découvre l’immortalité.

La mort est également utile à titre individuel : nous avons un espace de temps donné pour réaliser notre oeuvre personnelle. Certains l’ont parfaitement saisi et font preuve d’une grande hyperactivité. D’autres se contentent de laisser un présent chasser l’autre et sont fort surpris, un peu déçus aussi, quand la queue s’interrompt brutalement.

Bon sang! Et si on n'arrivait qu'à traiter à moitié la mort?

Bon sang! Et si on n’arrivait qu’à traiter à moitié la mort?

Pour ne pas devenir fastidieux, résumons en une phrase unique l’abyssal problème soulevé par la mort « évitable » : alors que nous peinons à reconnaître une importance à tous les êtres présents sur cette planète, cette découverte serait le pire facteur d’inégalité jamais affronté. Elle ne promet pas un avenir radieux…

Faisons taire les bruits de couloir. Si l’immortalité était actuellement disponible, il ne manque pas de vieillards déjà enfermés dans des tombeaux d’or massif qui feraient tout pour empêcher leur scellement définitif.

Néanmoins l’immortalité existe déjà, sous différents aspects :

—Une méduse est capable d’inverser son processus de vieillissement et de redevenir spore. Cela donne une idée des inconvénients : elle est très invasive. Des prédateurs limitent sa prolifération. Malheureusement l’homme ne se connaît qu’un seul prédateur : lui-même.

—Des reptiles peuvent régénérer un membre perdu. Une cellule unique possède la machinerie pour reconstruire tout un organisme.

—Nous possédons des cellules potentiellement immortelles : neurones, cellules du cristallin, cellules des faisceaux cardiaques. Elles ne sont pas invulnérables mais n’ont pas besoin d’être renouvelées. Nous finissons avec le même cerveau alors que nous avons changé des dizaines de milliers de fois de peau.

Le traitement de la mort peut être découvert prochainement de deux manières :

—L’une difficile : bricoler le génome pour ôter cette propension de nos chromosomes à perdre des bouts en se répliquant, ce qui finit par créer des dégâts cellulaires irréversibles. Le code génétique est organisé à plusieurs niveaux (par l’épigénétique) et il est très aventureux de prédire toutes les conséquences d’un banal remplacement de gène (sauf dans le cas où il est anormal et l’on sait déjà ce que le normal va produire).

—Une manière plus facile est de transférer le cerveau dans un corps artificiel, auquel une interface IRM fonctionnelle transmettra les signaux neurologiques. Il est actuellement possible de mesurer cette activité neurone par neurone. Une sorte de prothèse sensorielle ultra-sophistiquée.

Envie de voter pour ça ? Vous préférez garder vos organes mous ? Et vos maladies sexuellement transmissibles ?

Je suis d’accord.

Il faut garder un peu de sel à l’existence.

Et les machines, le sel les fait rouiller…

 Posted by at 17 h 27 min
sept 112014
 

(J’ai écrit ce texte pour vos vieux neurasthéniques et les patients auxquels on annonce de mauvaises nouvelles, s’il peut les aider…)

La philosophie de l’amour de l’instant est propre au vieillissant. Attention, ne prenez pas cette remarque comme un rejet quelconque de cette voie d’enchantement. Néanmoins il faut la mettre en place le plus tardivement possible, quand les plaisirs tirés de l’anticipation sont en voie d’épuisement. L’esprit étant pragmatique, c’est d’ailleurs ce que la plupart d’entre nous faisons, spontanément.

Un exemple démonstratif est la survenue brutale d’une maladie grave, au pronostic sombre voire létal à court terme. Aucune anticipation n’est désormais possible (sauf pour les croyants). Les dernières sources d’intérêt tournent, tournent en rond, et tombent dans l’entonnoir de l’instant. Lui seul peut encore faire jaillir une satisfaction.

C’est la raison pour laquelle tous nos proches apparaissent sous un nouveau jour : nous voudrions les embrasser, les caresser, leur tenir indéfiniment la main sans se lasser. Leur présence est un soleil dévoilé par l’évaporation des brumes de la routine quotidienne. Tout le plaisir qu’elle procure se concentre dans les instants qu’il nous reste à vivre, au lieu de se diluer sur l’étendue immense de notre anticipation. La vieille tapisserie du destin disparaît sous les ombres et la poussière tandis que la flamme impertinente du moment-môme illumine encore notre conscience si elle n’est pas trop abrutie par les drogues.

Un jeune esprit, cependant, fonctionne tout autrement. Lui est au contraire coincé dans le présent. C’est la raison pour laquelle le temps lui semble interminable (surtout entre deux vacances scolaires !). Il ne possède pas encore les routines mentales du traitement de la vie qui permettent aux adultes de supporter l’uniformité quotidienne, dont certaines portions (professionnelles, hygiène, déplacements, gestion administrative…) sont incontournables.

Un jeune anticipe, certes, mais de façon irréaliste. Il ne peut pas véritablement étirer sa conscience jusqu’à lui faire inclure cet avenir qu’il espère. Trop incertain. Pas assez de liens solides, dans le quotidien, avec lui. Il doit chercher ses récompenses dans le présent, davantage que l’adulte installé au sein d’une vie établie, non pas seulement dans ses routines, mais aussi dans ses projets réalisables.

C’est en partie l’origine d’une constatation paradoxale : les adolescents s’entendent bien avec les vieux qui prennent plaisir à l’instant. Mieux qu’avec les adultes toujours axés sur des perspectives.

Vivre dans une anticipation permanente rend parfaitement heureux, à partir du moment où ces attentes sont agréables. Nous cherchons tous à consolider ce bonheur en grande partie virtuel, qui satisfait grandement un besoin parmi les plus fondamentaux : améliorer notre emprise sur le monde. Las ! Méchant univers, qui fréquemment renâcle et brise soudainement l’azur de nos anticipations ! Il faut alors se reconcentrer sur l’instant, malheureusement pour le travailler, comme au jour les plus pénibles de notre enfance, et non pour y prendre plaisir.

La véritable source de la dépression est la difficulté conjointe à anticiper et à trouver du bonheur dans l’instant. Ne reste plus qu’une routine de vie insipide, dénuée de toute oscillation. Ni l’adulte ni le jeune/vieux qui sont en nous n’éprouvent plus rien. Famine d’émotion. Néant dépressif.

Reconstruire l’anticipation du dépressif est particulièrement long et difficile, vain s’il est âgé. Ne reste qu’à lui redonner le plaisir de l’instant. Cette philosophie est une voie d’échappement naturelle à la déprime de l’âge, quand le futur se rétrécit.

Créez donc des instants d’autant plus exceptionnels qu’ils sont peu susceptibles de se renouveler. Partagez-les avec ceux qui sauront les renforcer, les jeunes et les autres vieux, et ne vous formalisez pas trop si la génération intermédiaire, dont l’esprit est étendu de leur majorité à la fin de leurs remboursements d’emprunts, sont moins attentifs au sel de vos merveilleuses inventions.

 Posted by at 11 h 38 min
sept 102014
 

Le bouc est un écrivain de type hétérosexuel machiste : il adore baigner au milieu de sa cour de notes élégantes et manuscrites, toutes habillées avec des fantaisies différentes, quêtant son attention pour se faire offrir un luxe supplémentaire, souvent difficiles à faire cohabiter, rivalisant en célébrité, les très érotiques étant les plus attirantes.

La chèvre est un écrivain de type homosexuel aimant se faire contraindre par son clavier dominateur, trônant hiératiquement devant son écran sur le bureau. Impossible de faire l’amour avec sa prose ailleurs. Souvent l’engin émet des bips impératifs qui font accourir son serviteur devant lui, et celui-ci se laisse ligoter passivement par chacune des entraves perverses inventées par son tourmenteur : crocheter ses paupières pour lire les mails, recevoir les chocs électriques de ses alertes, ingurgiter le gros concombre de l’actualité.

Bien sûr je ne pose les doigts sur les touches que pour vous avertir. Et ce sont bien mes pupilles qui vous fixent, et non un quelconque autre trou noir…

 Posted by at 12 h 36 min
sept 102014
 

Précisons d’emblée que cet article n’a aucunement pour objectif de définir des bons et des mauvais médecins, comme l’a fait un autre avec ses « mal-traitants ». Chacun mérite sa place dans un réseau de santé ; personne n’est totipotent ; ceux qui étudient le plus sérieusement un cas clinique réduisent proportionnellement leur temps disponible pour d’autres, c’est-à-dire qu’ils rendent finalement service à très peu de monde, même si ces services sont significatifs. Nous consacrerons d’ailleurs un article indépendant au sujet de la « productivité » médicale.

Les errements et drames médicaux proviennent presque toujours d’un mauvais fonctionnement du réseau, autrement dit de professionnels travaillant trop en autarcie. Même quand « l’erreur » se focalise clairement sur un médecin, il existe un entourage favorisant ses conséquences néfastes, patients aveuglément en confiance, paramédical ne voulant pas vexer son prescripteur, personnel hospitalier respectant trop la hiérarchie et n’insistant pas suffisamment auprès du pouvoir médical malgré les signaux d’alarme, médecin-conseil arrivant tardivement pour jouer les gendarmes alors qu’il aurait pu jouer son rôle de « conseil » plus précocément.

Définissons 5 niveaux de compétence dans le domaine ostéo-articulaire :

1) Le gestionnaire
Seul ce premier niveau peut être considéré comme limité par rapport aux autres ; il s’agit du médecin gérant la guérison spontanée, à l’aide de traitements symptomatiques et de conseils d’hygiène de vie généraux, motivés de façon assez vague.

3 autres niveaux sont à mettre en parallèle, c’est-à-dire qu’un « spécialiste » peut posséder l’une ou plusieurs de ces compétences :

2) L’universitaire,
à l’aise dans l’arborescence diagnostique, capable de dépister les étiologies alternatives aux pathologies les plus courantes.

3) Le biomécanicien
détaillant l’hygiène de vie en transférant des notions de biomécanique au patient pour qu’il s’approprie son habitus. Dans le même domaine de compétence, ce médecin peut personnaliser la case diagnostique « trouble locomoteur d’origine mécanique et fonctionnelle », et s’intéresse aux thérapeutiques manuelles.

4) L’expert
de situations rares… que lui voit fréquemment.

5) Le phénoménologue
Enfin le 5ème niveau est le plus difficile à atteindre. Il demande une bonne connaissance de l’humanité en général. Il consiste à établir une représentation valide de l’espace phénoménologique du patient. En clair, imaginer de façon la plus précise possible la façon dont il voit son contexte personnel, et pas seulement dont le médecin le voit. Ce n’est pas de la psychothérapie, qui consiste à encourager le patient à changer sa vision de lui-même, et adopter celle que la société lui souhaite. Il s’agit au contraire de l’amener à ses objectifs par ses propres représentations du Soi et de l’environnement, mais avec une stratégie améliorée.

Les objectifs ne sont pas difficiles à deviner. Nous avons tous les mêmes : un travail qui nous plaît, sans nazi hiérarchiquement supérieur pour nous tourmenter inutilement, une bonne empathie avec l’entourage, une reconnaissance des services rendus, une oeuvre personnelle. Ce sont les représentations du patient qui sont plus malaisées à dessiner et surtout à accepter, parce qu’elles nous paraissent fausses ou naïves, que nous ne pouvons nous empêcher de les juger, ou au contraire elles sont plus justes que la nôtre parce ce que nous ne sommes pas dans la situation du patient, et en particulier la gravité du problème n’est pas ressentie avec équivalence. C’est la situation malheureusement classique du praticien qui annonce un cancer et se trouve satisfait… par la clarté limpide de son exposé, tandis qu’en face c’est l’anéantissement, l’enfoncement dans des sables obscurs et mouvants.

Les représentations du patient ont fréquemment l’inconvénient qu’elles le focalisent sur des objectifs simplistes et à court terme (« je ne veux plus avoir mal », « il faut stopper ce travail qui me détruit », « je dois échapper au stress ») éventuellement erronés pour la réalisation des buts à long terme (« je contrôle ma vie en fonction de mes désirs et de mes possibilités »). Il ne s’agit pas alors de convaincre le patient que ses représentations sont trompeuses, mais de lui faire percevoir ses véritables objectifs, réanimer une anticipation systématiquement détruite par les douleurs et les difficultés quotidiennes. Ses représentations vont évoluer d’elles-même si elles sont pénalisantes dans ce nouveau contexte.

SOS-SOSL’intérêt du patient est évidemment que les différents niveaux de compétence des médecins soient reliés de façon fluide et qu’il puisse nager librement dans le réseau, non pas pour satisfaire un besoin inutile d’avis multiples et contradictoires (puisque qu’il ne sera pas toujours au bon endroit) mais parce qu’il aura été aiguillé correctement.
Si ce réseau fonctionnait bien, l’expert de situations rares devrait être très disponible… puisque seuls des problèmes exceptionnels le concernent.

A quoi sert cette classification ?
Elle montre combien les termes de « généraliste » et « spécialiste » sont stérilisants. La première étiquette indique « Toi mon gars, passe la main le plus vite possible, tu n’es bon qu’à traiter la bobologie ». De même l’étiquette spécialiste indique à tort « Puisque tu es censé être l’expert, tu dois parvenir à résoudre chaque difficulté qui se présente ». Deux sources de paralysie du réseau, et d’exclusion (ou au contraire de leur inclusion inutile) d’un certain nombre de professions satellites, médecin du travail, kiné, ostéo, masseur, psychologue… par exemple parce qu’un conflit au travail n’a pas été initialement pris en compte, ou que les douleurs ostéo-articulaires servent de cheminée d’évacuation à un mal-être plus général et chronique.

 Posted by at 10 h 52 min
sept 032014
 

cheveu-mabuseLa polyconscience, jamais avare en solutions originales, nous donne l’explication de la chute brutale des cheveux et les moyens de la prévenir.
Il faut la chercher dans le mythe de Sisyphe, ce roi puni par les dieux qui doit pousser jusqu’en haut d’une colline un rocher mais n’atteint jamais son but et voit le rocher rouler éternellement en bas.
La vie du cheveu est exactement identique ; il pousse, pousse, pousse encore, et se fait couper toujours à la même longueur, quelle que soit l’énergie qu’il a mis pour la dépasser. Une damnation éternelle.
Quand le cheveu en prend enfin conscience, après bien des années de labeur inutile, il cesse tout effort, sort de son bulbe, et se laisse tomber au bas du crâne dégarni.
Pour conforter cette hypothèse, il suffirait d’étudier le nombre de génocides capillaires contemporains de la lecture du mythe de Sisyphe. Mon enquête personnelle est éloquente. Désormais quand un bellâtre tourne autour d’une femme que je convoite, je m’empresse de lui offrir le livre…

 Posted by at 20 h 49 min
août 232014
 

Le racisme est partout. Des échecs, où ce sont toujours les blancs qui démarrent avant les noirs, aux dominos, où les noirs sont des points sagement alignés à leur place au milieu d’un univers blanc.

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« Avant-terrement » : la période où l’on (plato)nique la mort, sans être encore enterré comme tous ses amants.

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Seul le lit possède un cadre où l’homme et la femme vont parfaitement ensemble.
Ailleurs c’est un tragique malentendu.

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Le seul moyen de ne pas vouer une haine inextinguible à la loterie génétique est un amour ineffable pour la diversité.

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N’apprenons-nous pas des clowns autant que des savants, les premiers nous montrant bien plus efficacement les conduites stupides ?
Souvenons-nous en pour un zeste de pitié quand nous voyons s’agiter les politiciens hargneux et les philosophes « agissants ».

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La dernière partenaire de danse qui supporte de se faire marcher dessus et tirer violemment sur les bras est la tondeuse à gazon.

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La psychothérapie est tricher davantage avec son esprit, parce qu’on ne l’a pas assez fait auparavant, puis recommencer à tricher de moins en moins avec lui.

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Toujours est-il besoin d’avoir ses extrémistes
pour se faire indiquer la bonne piste.

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La fibromyalgie n’est pas une pathologie mais un manque.
Elle n’est pas excès de douleur, mais défaut de plaisir.

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Le seul ingrédient indispensable d’une provocation est son brin de vérité.

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Le machisme est un mélange d’hétérosexualité pour la reproduction et d’homosexualité pour la relation sociale.

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Quand les gens ont une mauvaise raison de s’énerver, le plus efficace est de leur en fournir une bonne.

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Le sage est seulement quelqu’un qui s’exhorte davantage à la sagesse que les autres.

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On est suspendu désespérément aux lèvres quand sous ses pieds n’existe qu’un décolleté vertigineux.

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Vous croyez-vous propriétaire d’un livre ? C’est lui qui devient propriétaire de votre esprit.

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La vérité est plus néfaste que l’erreur,
surtout depuis qu’elle a recruté la paresse.

(Il est devenu plus facile de lire la « vérité » plutôt que refaire le difficile chemin des erreurs)

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Les donneurs de leçons sont précieux… non pas pour les élèves, mais pour ceux qui cherchent à en donner à leur tour.

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Une croyance doit être entretenue régulièrement. Une connaissance survit seule.

(bien sûr certaines connaissances peuvent être fausses, et des croyances vraies)

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Le plus merveilleux chez l’homme est certainement qu’il puisse se faire toutes les idées fausses possibles sur lui-même, alors que le Réel n’en a aucune.

 Posted by at 10 h 26 min
août 142014
 

L’individualisme, dans une société n’est pas toujours celui que l’on croit. Bien souvent il n’est pas exercé, mais réclamé, comme un mythe protecteur, comme une assistance en fait, garantie par une loi ou une constitution qui la dépouille de toute sa réalité.

Vegas-medicalEn exemple, voici une anecdote survenue lors d’un voyage aux USA avec des amis.
Médecin, j’ai systématiquement une pharmacie de secours assez diversifiée pour éviter l’aventure du recours à un système de soins étranger. Cette fois-ci malheureusement mes réserves furent insuffisantes. Une angine chez l’un, puis une otite aiguë chez la fille d’un ami. Pénurie d’antibiotiques. Dans une pharmacie de Las Vegas, sans surprise, on me refuse tout dépannage malgré une carte professionnelle d’un pays à niveau médical équivalent. Il faut le visa d’un confrère local. A l’adresse indiquée, nous pénétrons dans une salle d’attente déserte. Sans davantage d’indications nous nous asseyons, supposant que le praticien vient chercher lui-même ses patients quand il a fini avec le précédent.
Au bout d’un quart d’heure, trois autres personnes arrivent en succession rapprochée. Elles se dirigent immédiatement vers un terminal caché dans un coin et pianotent quelques minutes dessus chacune à leur tour. Subodorant une informatisation poussée de l’accueil je m’approche après elles : effectivement c’est pire qu’à la Poste : non seulement la machine enregistre votre présence mais elle récupère de nombreuses informations sur le motif de la consultation et vos antécédents. Si vous n’avez pas déjà un dossier c’est terriblement long et fastidieux, vu le nombre impressionnant de questions à renseigner.

Une minute plus tard, la porte du bureau s’ouvre et la confrère apparaît. Je l’accroche pour me présenter et lui explique brièvement le dépannage extrêmement simple dont j’ai besoin. Elle refuse de faire la prescription sans examiner la fille de mon ami. Peut-elle le faire immédiatement, car dans l’ignorance des procédures locales nous n’avons pas rempli de fiche sur le terminal à notre arrivée ? La femme garde un air pincé et m’indique que les autres personnes arrivées ont des droits, elles aussi, et qu’elle ne pourra me faire entrer que si elles se désistent. Aucune n’a l’air bien malade. La plus mal en point, sans discuter, est notre gamine avec sa méchante otite. Tour à tour, les trois refusent avec une mine impassible. L’enfant sera vue environ une heure après, une consultation de trois minutes pour une facture de 120 USD, pour l’obtention de la précieuse ordonnance. Je n’étais plus là. Je n’étais pas sûr de contrôler si longtemps une surprenante envie d’astiquer l’arrière-train de la « consoeur » avec ma semelle…

Quelle conclusion en tirer ?
L’individualisme authentique est de savoir si son individualité est menacée ou non. La praticienne autant que les trois patients, croyant vivre dans une société individualiste, sont en fait entièrement inféodés à un code panconscient qui n’a strictement rien à voir avec l’exercice du droit individuel. Le fait de faire preuve de gentillesse ou simplement de la correction la plus élémentaire (tous étaient parfaitement conscients que nous étions les premiers arrivés) s’efface devant l’obligation de faire reconnaître sa présence, entérinée par la Loi Panconsciente. En ce sens ils aliènent en réalité leur individualisme, exerçant celui qu’on leur dicte, peu importe la réflexion singulière qu’ils pourraient avoir dessus. C’est un phénomène typique des cultures utilitaristes, où les individualités affichées sont calquées sur des modèles proposés par la conscience sociale, et donc très peu émancipés d’elle. L’esclavagisme collectif est bien là, caché dans les têtes au lieu d’être représenté par des chaînes. On ne défend pas son individualité, mais sa petite case strictement délimitée dans la collectivité.

 Posted by at 6 h 56 min
juil 242014
 

L’un des bouleversements les plus significatifs de la dernière décennie est la découverte par les médecins qu’ils sont manipulés. Oh, bien sûr, ils savaient depuis fort longtemps qu’on tentait de les manipuler, mais estimaient être assez clairvoyants pour s’en affranchir. Deux coups de tonnerre sont venus rompre cette belle euphorie :

  1. Il n’est pas possible de savoir, à l’échelon individuel, si l’on est manipulé, car l’information peut être pervertie très en amont.
  2. Les médecins qui, bien formatés par le CHU, s’estimaient protégés par l’intégrité de leurs universitaires, ont du déchanter ; ce n’est pas parce que l’on est bon scientifique que l’on est doté d’un meilleur degré de conscience de soi, voire même il est inférieur à cause de la célébrité généreusement distribuée, qui offre des ancrages plus solides sur le mode de pensée.

La médecine fondée sur les preuves est-elle une bouée de sauvetage ? Non. Elle réduit les errements individuels (parfois graves) mais les remplace par des errements collectifs certes moins sévères mais plus généralisés (l’initiative individuelle est inhibée). On est encore loin de la médecine personnalisée.

Ainsi la méfiance s’est accrue vis à vis des délégués pharmaceutiques, vilains agents de propagande de l’A.I.S (Armée Industrielle de la Santé). Les délégués de caisse ne sont pas réellement un contre-pouvoir ; ils sont des agents comptables, une amorce de caissiers dans ce supermarché médical dépourvu de surveillance. L’intérêt du patient, le médecin est encore le seul à le représenter. Personne d’autre ne l’aide dans cette défense particulière. Alors faut-il fermer sa porte à tous les démarcheurs, en particulier les plus commerciaux, à la solde des labos ?

Ce n’est pas l’option que j’ai choisie. Voici pourquoi :

La politique choisie par la promotion commerciale est remarquablement universelle : ce n’est pas le concepteur du produit, ni l’actionnaire engrangeant les bénéfices, ni le PDG encaissant un salaire délirant, qui vient vous présenter la bonne affaire. Le produit lui-même est au second plan. Au premier plan il y a… une personne agréable qui ne cherche qu’à faire son travail du mieux possible, et ce travail est… que vous soyez content.
C’est-à-dire que quelque soit la mauvaise opinion que vous auriez du produit, l’aversion pour ces profiteurs invisibles essentiellement occupés à garantir un bilan financier largement positif à l’entreprise, la seule personne sur qui vous pourriez déverser votre bile est… l’une de celles qui a le moins à voir avec tout cela, qui souhaite seulement conserver son job, et se trouve bien heureuse de percevoir ses primes à l’intéressement.

Une bonne partie des médecins réagit à ce dilemme avec un « Ce n’est pas mon problème. Je n’ai pas envie de voir ces gens-là ». Effectivement dans ces conditions c’est plus confortable ; on n’assiste pas au licenciement.

Car la conséquence est claire : dans une entreprise, quand un salarié n’assure pas les ventes espérées, on ne lui dit pas : « La technique à laquelle nous vous avons formé est mauvaise, c’est notre faute, vous aurez quand même vos gains et nous allons procéder autrement ». Le discours est plutôt : « Les objectifs ne sont pas atteints, nous sommes désolés de ne pouvoir maintenir votre emploi ».

Il existe, pour le médecin, une autre solution.

Ce n’est pas de chercher à la visite médicale des avantages qui n’existent pas. Même plus objective, l’information adossée à un budget de marketing sera toujours tendancieuse. Je trouve cependant encore plusieurs avantages à l’écouter :
—Je suis informé de ce qu’entendent mes confrères, peut-être moins critiques sur ce discours.
—L’entretien n’est pas désagréable. Rien n’empêche de pousser le délégué dans ses retranchements. Nous avons toujours le droit de mener la discussion. Si l’autre n’a pas réussi à nous convaincre, au moins saura-t-il pourquoi et n’aura-t-il pas l’impression d’être incompétent.
—En « m’éveillant » à ce type d’influence, je suis mieux protégé contre une foule d’autres du même type, étrangères au milieu professionnel.
—Je suis rémunéré pour cet entretien, puisqu’au moins dans mon domaine il y a encore des congrès offerts de temps à autre. J’évite soigneusement les plus « mondains » et choisis moi-même ceux auxquels j’aurais assisté de toute façon… avec un coût non négligeable. L’arrêt de la promotion médicale s’est bien accompagnée, quelque part, d’une perte d’avantages matériels pour les médecins, et le français est loin d’être un des mieux rémunérés.

OK OK… Qu'est-ce que je dois prescrire ?

OK OK… Qu’est-ce que je dois prescrire ?

Pour que la visite n’ait pas d’effets pernicieux, un seul impératif : se rendre véritablement indépendant du discours de l’autre. Ce n’est pas si évident. Il faut connaître à ce sujet les techniques d’influence les plus courantes, par exemple être en face d’une jolie fille qui n’attend que votre appréciation, mais il y en a beaucoup d’autres. Lire à ce sujet le passionnant « Influence et manipulation » de Robert Cialdini, qui rapporte nombre de situations personnelles analogues.

Il faut également connaître à l’avance le sujet, bien avant qu’il vous soit proposé. Souvenez-vous de l’horrible période scolaire, quand vous étiez un élève « inférieur » parce que total ignorant du sujet abordé en cours, et étiez obligé d’écouter religieusement le prof ou de laisser vagabonder en pure perte votre imagination. Si vous aviez un tant soit peu de fierté, vous n’osiez même pas poser une question, de peur d’avouer au monde votre vaste inculture ! Combien la situation aurait été différente si d’emblée, nous nous étions convaincus qu’il fallait s’approprier le sujet nous-mêmes, à l’avance. Nous aurions été davantage « collègues » du prof, prêts au débat. Mais les sujets semblaient avoir si peu de connexion avec nos préoccupations d’alors, que seul un surdoué pouvait trouver passionnant ces programmes autoritaires.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il serait dommage que le délégué soit aussi nécessaire que l’étaient nos professeurs, c’est-à-dire seul à posséder l’information. Nous devrions leur dire au moment de la prise de rendez-vous : de quoi allez-vous me parler, qui me concerne ? Cela éviterait déjà le matraquage commercial sur des produits vus et revus. Quelle nouveauté avez-vous à dire ?

De cette façon, nous pouvons encore apprendre bien des choses de la visite médicale, et si elle n’influence plus nos prescriptions comme l’espèrent les grands dirigeants pharmaceutiques, il sera moins facile pour eux d’accuser leur piétaille commerciale et de les rendre responsables. Ils se sentiront peut-être davantage contraints de les aiguiller vers d’autres missions, sans les licencier massivement. Après tout ils ont une formation poussée dans le domaine du médicament.

Le médecin récupère son indépendance le jour où il cesse de croire aveuglément en elle.

 Posted by at 15 h 54 min
juil 132014
 

La dépression est la prise de conscience inappropriée de nos incohérences. Elle correspond à une perte d’efficacité de l’Inventeur (2), que l’on pourrait rebaptiser ici l’Affabulateur, garant de notre continuité psychique. Sans lui, impossible d’établir la fusion entre nos intentions et les informations fournies par l’environnement. Une distance insurmontable se manifeste. La dépression provient de l’ingurgitation malheureuse d’Observateurs (3) étrangers en polyconscience. L’image trop précise, peu malléable, qu’ils ont de nous, devient un poison pour l’Affabulateur. Elle s’est inscrite trop profondément pour pouvoir être simplement rejetée comme information fausse. Elle fait à présent partie de la Psociété. Les vives pulsions en provenance du Stratium (4) inférieur s’évaporent sous le soleil trop ardent de l’objectivité, comme un fleuve se perdant dans des marais en voie d’assèchement.

La dépression est difficile à traiter parce qu’en réalité le dépressif convient à beaucoup de gens. Dans ce monde surpeuplé de prétentions, le dépressif n’est pas envahissant. Il est même complètement absent. Il ne gêne que les proches, ceux qui ont investi sur lui, et en quelque sorte se désespèrent de voir que sa valeur n’est plus cotée à la bourse sociale.
En fait, si vous y réfléchissez, les gens pénibles sont au contraire ceux disposant d’un Affabulateur omnipotent, capable d’opposer systématiquement une « bonne » raison à n’importe quelle remarque pertinente. L’image inversée du dépressif est le maniaque, vivant dans un monde splendide dont il est l’empereur incontesté. Autant le caractère pathologique du dépressif est évident, autant il est difficile de repérer la frontière précise entre le maniaque psychotique et le simple optimiste, tant nous sommes naturellement positivistes.

Le problème posé par cette nature est que nos positivismes individuels sont en concurrence. Ce sont les congénères qui vivent dans un monde trop illusoire (pour nous) qui nous gênent, tandis que ceux ayant absorbé les évaluations de notre Observateur sont au contraire « affiliés » à notre propre monde.
Le dépressif s’y insère donc très bien. Il se voit sans fard dans la misère de sa condition humaine, des incohérences entre espoirs et réalisations que nous voyons plus crûment chez les autres que chez nous. Nous lui accordons sans difficulté le droit de se garder de toute gaieté déplacée. Notre charité lui est acquise. Qu’il fasse carrière de cet état n’est pas un réel problème pour la société. Il y a tant d’ambitieux plus difficiles à gérer.

Quel devrait être le traitement d’un dépressif, en conséquence de ceci ?
Il ne repose absolument pas sur une quelconque agression biologique, mais sur le redémarrage de son Affabulateur, soutenu par le vôtre. Dans les faits, cela consiste à lui demander de raconter sa pauvre histoire et lui rétorquer, les yeux dans les yeux, sans vaciller : « Mais vous êtes une personne géniale !!! ».
Mensonge ? Problèmes éthiques et manque d’enthousiasme s’évanouissent entièrement le jour où votre Observateur est devenu assez efficace pour vous faire remarquer que vous pratiquez exactement la même chose sur vous-même. Tous les jours notre Affabulateur personnel nous répète au réveil : « Tu es un type génial. Regarde comme les gens t’aiment. Incroyable que tu aies pu t’insérer dans ce monde hostile de cette façon. Je n’en reviens pas que tu aies une réaction immédiatement disponible pour chaque défi ». Sans cette litanie en toile de fond, personne ne se lèverait le matin.

Alors, n’est-ce pas un effort anodin que prêter un peu ce foutu Menteur à notre congénère dans le besoin ? Eh bien non, justement. Imaginez qu’il devienne aussi doué que nous pour se mentir. Ouh ! L’horrible prétentieux qui se dessine. N’est-il pas préférable, finalement, de le rendre simplement un peu plus euphorique à l’aide de quelques pilules ? Voilà un bon patient. Redevable. Un vernis d’illusion est effectivement offert. Celui, en couche épaisse, d’un malade. Mais lui fournir l’appréciation merveilleuse autant que fausse qui lui permettra de réaliser ses intentions, ah ça non !
Les antidépresseurs, au mieux, gardent la tête hors de l’eau. Ils n’ont jamais fait apprendre à nager.

(1) J’ai voulu bien sûr parodier, dans le titre, l’article paru dans Le Point « L’Académie de médecine au secours des antidépresseurs », qui a servi de point de départ à ce texte.
(2) L’Inventeur est cette faculté du cerveau gauche à trouver une explication à tout ce qui survient dans notre environnement, même lorsque nous disposons d’informations inadéquates ou insuffisantes.
(3) L’Observateur est une faculté plus tardive qui permet de considérer le fonctionnement de son propre esprit, disons « objectivement » pour simplifier. Nous l’entraînons au départ en analysant la situation des autres.
(4) Le Stratium est l’édifice neurologique auto-organisé, partant des groupes traitant les entrées sensorielles et rétro-contrôlé en étages successifs jusqu’aux fonctions supérieures.

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juil 112014
 

Une étude américaine de Friedly reprise par le New-York Times et le Figaro pourrait changer l’attitude vis à vis des infiltrations rachidiennes. Quelques critiques précises lui enlèvent en réalité tout intérêt :

—Elle n’a concerné que des patients souffrant de canal lombaire rétréci. C’est un tableau bien particulier parmi les problèmes vertébraux, touchant essentiellement les gens âgés, et provoquant en fait plutôt des troubles neurologiques dans les membres inférieurs que des lombalgies. L’étroitesse du canal en elle-même ne provoque aucune agression vertébrale ; les douleurs à ce niveau ne surviennent qu’en cas de pathologie dégénérative associée. Par contre la compression des structures nerveuses entraîne la classique claudication radiculaire ou médullaire, c’est-à-dire une sensation d’engourdissement douloureux sur une jambe ou les deux, pouvant empêcher complètement d’avancer au bout de quelques dizaines de mètres.
Ce tableau caractéristique est une indication à une tentative de rééducation, efficace surtout quand la cambrure lombaire est marquée et la personne plutôt sédentaire (mauvaise protection musculaire). Une infiltration épidurale a parfois un effet excellent s’il y a eu surmenage lombaire ou traumatisme, ciblant un oedème médullaire ou radiculaire. Elle n’aura pas d’effet durable en cas de canal rétréci sévère et ne doit pas être répétée sur une forme chronique. La chirurgie est indiquée, même à un âge avancée, en cas de troubles neurologiques lentement progressifs.

—Les causes d’une lombalgie sont multiples. Toutes les études appréciant l’efficacité des infiltrations sont déconsidérées par le mélange, dans le recrutement des patients, de bonnes indications à ce traitement et de mauvaises, empêchant de repérer les sous-classes qui en bénéficient. Pourquoi les rhumatologues s’acharneraient-ils à transpercer leurs patients s’ils ne voyaient que des mines déçues en retour ? La médecine universitaire ne comprend toujours pas grand chose à la physiopathologie du rachis en regroupant ces douleurs sous le terme de « lombalgie commune ». En conséquence, les gens à présent voient un ostéopathe en 1ère intention, et ils ont la plupart du temps raison, tandis que les études EBM claironnent ne trouver aucun effet démontrable de la médecine manuelle…

—L’étude a comparé des infiltrations de corticoïdes à un anesthésique seul. Celui-ci a un effet excellent dans les lombalgies. La douleur persistante est liée en grande partie à la richesse de l’innervation locale, au point que le patient ne perçoit souvent pas l’amélioration lésionnelle et continue à se comporter de façon précautionneuse, d’autant plus qu’il est mis en arrêt de travail et coupé de ses activités habituelles. L’anesthésique coupe le « court-circuit » douleur/inaction et permet de s’apercevoir que l’on n’est pas si handicapé. Il existe de nombreuses techniques dites de « contre-stimulation » agissant par le même biais : électrothérapie, ondes de choc, acupuncture, mésothérapie, reboutement (travail des terminaisons nerveuses tissulaires), etc…

epiduraleA présent, devons-nous en conclure que les infiltrations sont toujours un traitement judicieux du rachis ? Certainement pas. Sans doute sont-elles faites trop systématiquement. Leurs dangers, cependant, repose entièrement sur la façon dont elles sont réalisées, et leur intérêt sur un diagnostic précis de la cause de la lombalgie.

Les infiltrations foraminales, même réalisées sous contrôle scannographique, présentent des risques aussi exceptionnels que graves. Ce n’est pas tant la piqûre d’une racine, méchante mais à laquelle le patient réagit immédiatement, dissuadant d’une injection délabrante, que la présence d’une artériole ectopique alimentant racine ou moelle épinière, susceptible d’être lésée et pouvant entraîner au pire un infarcissement médullaire (paraparésie).
Les indications de ces injections ne sont pas les lombalgies mais les radiculites sur hernie ou arthrose foraminale. Les techniciens préfèrent à présent la voie para-lamaire ou para-transversaire en s’arrêtant dès qu’ils entrent dans l’espace foraminal, sans chercher à s’approcher de la racine.

L’excellente indication de l’infiltration est la douleur facettaire de la femme à morphologie dite trophostatique (hyperlordose, déficit ceinture abdo, bassin large, surpoids), cette fausse radiculalgie projetée volontiers en ceinture abdominale, ou à l’aile iliaque, ou l’aine, ou la face externe de hanche et de cuisse. Elle se rapporte à un point très sensible en L3-L4 ou L4-L5 latéral, souvent noyé dans une cellulalgie paravertébrale diffuse. L’injection n’a pas besoin d’être intra-articulaire (le pannus important chez ces femmes nécessite des cathéters longs et impose le repérage scopique si l’on veut être sûr de l’injection intra-facettaire). Elle ne demande pas de grandes compétences techniques.

Très différente est l’épidurale, qui garde une bonne indication dans la discopathie aiguë évolutive. Sa réalisation technique est délicate. Elle n’est facile que chez les patients maigres. Toute personne un peu corpulente devrait bénéficier d’un guidage scannographique. D’autant qu’il faut utiliser des aiguilles fines (aiguilles à PL enfant), limitant le risque de brèche épidurale, mais difficiles à diriger en profondeur.
L’indication des épidurales est souvent trop tardive. Elle est demandée par le médecin traitant après échec d’un traitement anti-inflammatoire classique et d’antalgiques, mais est surtout utile au début d’une discopathie aiguë, pas dans les formes subaiguës traînantes.
Le risque infectieux d’une épidurale est exceptionnel. Le risque courant est la réaction méningée par brèche épidurale et fuite de liquide méningé. Pour l’éviter, utiliser des aiguilles de 0,7mm maxi (l’intra-musculaire verte est déjà trop grosse), mettre le patient en hyperlordose une minute dès l’injection terminée (elle est faite en délordose), et si possible l’allonger un quart d’heure avant qu’il reparte.

Dans les poussées de lombarthrose chez les gens âgés, l’infiltration n’a de bon rapport bénéfice/risque qu’en paravertébral et si les points douloureux sont nets à ce niveau. Contrairement au syndrome de facette, les résultats sont nettement meilleurs si l’on est bien intra-articulaire (intérêt d’un repérage scopique). Ces injections faites correctement (1,5cm latéralement à la ligne médiane, bien dans l’axe, ne présentent pas davantage de risques qu’une intra-musculaire banale.

infiltration Les études EBM classiques n’apprécient pas les conséquences de l’attentisme. Un gros défaut. Typiquement elles vont analyser un critère central, par exemple la douleur sur échelle visuelle analogique (EVA), à différents temps de l’évolution. Si ce critère est identique chez traités et témoins à 3 mois du début de l’épisode, le traitement est considéré comme dénué d’efficacité significative ou de l’ordre du simple confort. Mais ces critères n’apprécient absolument pas ce que les gens sont devenus réellement. Aucune précision sur les changements physiques, fonctionnels, et psychologiques, du fait d’avoir vécu une maladie soit difficile soit confortable. Un patient ayant fait de lourds compromis dans sa vie de tous les jours pointera de la même façon sur l’EVA qu’un autre ayant gardé une activité physique presque normale avec des traitements plus agressifs. Parmi les patients se déclarant avec des séquelles identiques, certains se jugeront inaptes à refaire le moindre effort physique, les autres reprennent leurs projets là où ils les ont laissés. L’expérience montre que l’attentisme place bien davantage de personnes dans la première catégorie.

Les médecins devraient certainement être encouragés à l’attentisme par le fait suivant : les interventions médicales pointent en 3ème position derrière les maladies cardiovasculaires et les cancers comme cause directe de décès, d’après une enquête américaine en 2000. Ce sont des chiffres US, mais Barbara Starfield, qui a publié cette étude dans le JAMA, a eu le courage de regrouper toutes les causes iatrogènes, accidents chirurgicaux, infections nosocomiales, erreurs d’associations médicamenteuses et effets secondaires graves, pour arriver à cette conclusion. Aucune étude européenne n’a cherché à établir un tel calcul. Le web francophone est tout simplement muet sur l’enquête américaine, bien entendu largement reprise par le web anglophone. Pas terrible pour le moral des patients, s’autorise-t-on à penser. Mais que doit faire le médecin de cette information ?

Il peut conclure : « moins j’interviens, moins je fais de dégâts ; je n’agis que si j’ai une certitude ». Malheureusement il est difficile de fonder cette attitude sur les études EBM, pour deux raisons principales (plus une foule de raisons accessoires que nous avons largement détaillées sur ce blog) :
—Les traitements placebo administrés aux témoins ne sont pas factices ; ils sont des interventions médicales.
—Et la non-intervention est considérée comme laissant le malade dans son état « naturel ». Or non. C’est une personne atteinte d’un trouble, modifiant sa vie.
Vous devinez bien entendu que le côté excessif de l’étude de Starfield est qu’elle ne peut dire combien de personnes, parmi les victimes d’interventions médicales, seraient décédées de toute façon, et dans quel délai. Elle ne peut dire surtout combien de personnes, parmi celles qui ont survécu à ces interventions, seraient décédées si elles ne les avaient pas reçues.

Nous savons que les traitements, infiltrations ou autres, reçoivent beaucoup trop de publicité, favorable ou défavorable. Un patient doit s’engager dans son traitement, aux côtés de son médecin, mais sans aller jusqu’à l’enthousiasme. La maladie ne doit jamais prendre tant d’importance. Ce n’est qu’une mauvaise météo. Oui, nous pouvons mourir dans une tempête. Mais quand nous avons réussi à la traverser, nous sommes restés nous-mêmes. Nous ne sommes pas devenus bigots du système de santé.

Comment savoir, pour conclure, si l’on réalise des infiltrations à juste titre ou non ?
Voici l’un des meilleurs critères : regardez de combien augmente votre assurance professionnelle parce que vous en faites…

 Posted by at 23 h 51 min
juil 052014
 

criLa pulsion souterraine est considérée en psychanalyse comme fondamentalement identitaire. La souffrance de l’être provient de la médiocre satisfaction apportée par notre comportement, calé sur nos souhaits superficiels, tandis que les profonds crient leur désespoir, et se manifestent par de brefs actes d’une terrible incohérence.

En théorie polyconsciente, l’identité est répartie entre la société intérieure, la biographie, et le corps, tout cela emballé par le « Je ». Chercher à étendre son identité par un travail sur la biographie est parfaitement licite, et en ce sens il faut adouber les efforts psychanalytiques. Cependant ce n’est pas une thérapeutique, plutôt un apport de sens à l’existence. Pourquoi ?
Les désirs profonds, instinctifs, sont la partie la plus basse de l’édifice neurologique auto-organisé. Ce serait manquer de prétention que situer là son identité. C’est d’ailleurs le danger majeur de l’exploration de son propre inconscient : la régression. L’on pourrait finir par se réduire à ces pulsions instinctives, le garçon se voir comme réalisé seulement le jour où il couchera avec sa mère, ou quand il aura liquidé son rival de père. Ce n’est pas un danger propre à la psychanalyse. Le fervent adepte des neurosciences se regarde comme un amalgame réducteur de comportements pré-programmés et devient prévisible à l’extrême, le moindre aspect de sa vie devenant réglé par ce qu’il connaît du fonctionnement de son esprit.

L’identité ne trouve rien de spécifique dans ces intentions fondamentales communes à tous, même aux animaux, et inscrites par la génétique. Elle réside dans la manière dont nous les avons confrontées, jour après jour, aux résistances de l’environnement. Elle réside dans les mimétismes comportements que nous avons pêchés autour de nous et remaniés pour assembler une société intérieure unique. Notre identité est ce capharnaüm, réussites et échecs inclus, conduites harmonieuses et dysharmonieuses. Il est nécessaire de réfléchir dans son individualité aux modifications que nous voulons y apporter, aux nouvelles personae que nous voulons intégrer, et ne pas se faire taguer un modèle qui plaît surtout à d’autres ou à la société.

Le coeur de notre identité est l’univers d’illusions construit à propos du Soi, l’anticipation d’un destin jamais modeste puisque même dans le respect de règles de vie simples nous cherchons à approcher la perfection. L’identité est la fleur de la poussée individualiste. Elle veut laisser une trace indélébile sur le monde. Si nos moyens nous le permettaient, chacun d’entre nous chercherait à dévorer l’Histoire et à en expulser une nouvelle, irrémédiablement digérée par ses actes singuliers.

Vous retrouvez dans la saillie de Lacan ce fil conducteur à propos de la psychanalyse, c’est-à-dire que les désirs mis à jour par la cure existent bel et bien, mais que les rechercher est une démarche identitaire et non une thérapeutique de l’identité. Nous n’avons pas forcément besoin de les connaître pour disposer d’une personnalité efficace.
Notre propre saillie sera celle-ci : lorsqu’il est impossible de s’emparer de l’Histoire, la consolation est de s’emparer de « son » histoire.
Et puis… qui sait ?

 Posted by at 8 h 02 min
juin 082014
 

Anecdote : En voyage, j’entends l’annonce classique : « Mesdames et messieurs, si un médecin est à bord, nous lui demandons de se présenter au personnel navigant ». Je fais signe à l’hôtesse la plus proche, et me voici emmené au fond de l’avion. Debout près de la porte arrière se tient une vieille dame, voûtée, légèrement tremblante, habillée de pied en cap, accrochée à son sac, et refusant de regagner son siège. Elle insiste fort sérieusement pour descendre. La vue des nuages, à travers le hublot, défilant sous le ventre de l’avion, ne semble aucunement diminuer sa résolution.
Je la prends doucement par l’épaule :
—Bonjour madame, je suis là pour vous aider. Comment vous appelez-vous ?
—Irène, répond-elle.
Un long coup d’oeil sceptique a vérifié au préalable que je ne suis pas un crapaud soudainement affublé du don de la parole.
—Enchanté, Irène. Et où allez-vous donc aujourd’hui ?
—Je rends visite à mon petit-fils, qui a une forte fièvre. Mais j’ai raté mon arrêt ! J’oublie parfois un peu les choses. J’ai demandé à ces dames de nous arrêter. Il faut absolument que je descende !
Me disant cela, elle réussit la performance de fixer mes yeux un instant, avec un regard à la fois impératif et empli d’un grand vide, puis tourne à nouveau sa tête vers le hublot en serrant les lèvres.
—Irène, est-ce que vous avez fait du vélo quand vous étiez petite ?
Cette fois c’est sûr : je suis bien une chenille hallucinée fumant son narguilé au sommet d’un champignon géant du monde d’Alice. La vieille jette prudemment :
—Oui, j’avais un vélo…
—Vous souvenez-vous, Irène, que lorsque vous avancez à bonne allure sur le vélo, il faut attendre qu’il s’arrête avant de descendre, sinon on peut se faire très mal ?
— […]
—Hé bien nous sommes à bord d’un avion aujourd’hui, tous les deux, et nous devons attendre qu’il s’arrête complètement avant de descendre, sinon tout le monde va se faire très mal, et vous ne pourrez pas voir votre petit-fils.
Son épaule se relâche légèrement et je la conduis à son siège.
Elle n’ôta pas son chapeau et resta les mains verrouillées à son sac jusqu’à la fin du vol. Je n’aurais pas voulu être à la place du douanier qui allait tenter de le lui faire ouvrir…

Irène a un Alzheimer donné comme « débutant », mais sa dégradation est en fait avancée. Le Stratium, chez elle, est en plein délabrement. Sa conscience plane au-dessus de nuages de plus en plus opaques, en effet. Émergent seulement des repères antiques et cardinaux, entre autres le petit-fils tombé un jour malade et que c’était sa responsabilité de secourir. Son fil biographique est rompu. Elle n’est plus capable de lui adjoindre les évènements du présent. Seules les routines les plus ancrées lui permettent encore d’enchaîner ses actes. Si un trou survient dans cette suite, elle se retrouve en plein brouillard. L’Inventeur, l’un des derniers encore à bord de l’esprit qui fait naufrage, affabule en urgence une tâche de liaison quelconque. Seules les plus cardinales sont accessibles. Elles n’ont aucun rapport avec l’enchaînement du présent ? Peu importe. L’une d’elles sert à boucher le trou, à défaut d’une meilleure cohérence. L’Observateur confus adapte le contexte avec des illusions piteuses : « Je ne suis pas dans un avion, mais dans le bus qui m’emmène chez mon petit-fils. Je ne reconnais pas le paysage, donc j’ai du rater mon arrêt. Il est impératif que je descende ».

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mai 312014
 

Le groupe le plus difficile des maladies chroniques est la douleur prolongée. La douleur cloître la personne dans sa maladie, l’immobilisant au niveau d’éprouver sa douleur, et l’empêchant de réfléchir autrement.

L’échange avec d’autres personnes bloquées dans la même situation est une aide, cependant c’est la méthode la plus lente pour s’améliorer, nous allons voir pourquoi. S’évader de la maladie nécessite de construire un niveau d’auto-organisation supplémentaire, où l’on se regarde vivre l’épreuve et l’on cherche comment l’insérer dans son fil biographique. Une tâche malaisée. Il faut regarder l’ensemble de son existence, lui avoir trouvé un sens. Mais c’est une certitude : en grimpant les niveaux d’auto-organisation il est possible de maîtriser n’importe quelle douleur.

 

J’ai traité le sujet sur cet autre blog. Il a besoin d’un remaniement pour le cas particulier de la maladie chronique, où l’esprit, mis en face d’un problème insurmontable par son propre corps, tend à le nier au tout début, puis à l’amplifier dans une réaction de défense : si la maladie est insoluble c’est parce qu’elle est « grave », plutôt que l’esprit soit obligé de s’évaluer négativement, parce qu’incapable de la résoudre.

C’est une bonne réaction de défense, soit dit en passant. Néanmoins il en existe de meilleures, par exemple l’anticipation de la guérison.

 

Malheureusement cette solution est difficile à conseiller. C’est vécu comme une démission de la part du corps médical. Le malade doit « s’emparer » lui-même de cette attitude (en général il est déjà construit dans ce sens) grâce aux éléments objectifs qu’on lui fournit. Pour les autres il est plus simple de choisir la solution « gravité de la maladie » qui génère une solidarité bien venue autour de soi.

La présentation positiviste des éléments objectifs de la maladie (tel que le font la plupart de mes articles sur la rhumatologie) aide les gens engagés dans l’auto-guérison. Par contre elle gêne les gens engagés dans la défense du Soi.

Au final tout le monde finit par aller mieux, mais il existe une durée d’extinction très variable, selon la solution choisie, de l’attention portée aux séquelles de la maladie. C’est plus facile lorsque l’on a une oeuvre fortement identitaire à continuer ou reprendre. Parfois on la trouve dans l’expérience de la maladie, c’est-à-dire que l’on va prendre soin d’autres malades, comme le font beaucoup d’ex-patients sur les forums.

 

Si vous pensez que le pouvoir de l’esprit n’est pas si important face à la maladie, alors réfléchissez à ceci :

Pourquoi, lorsque l’on annonce à des gens qu’ils ont une affection rapidement mortelle, par exemple un cancer de mauvais pronostic, voit-on certains s’effondrer de façon catastrophique et irrémédiable, tandis que d’autres organisent leur fin de vie avec une sérénité extraordinaire ?

Ils ont pourtant la même maladie.

 

Voilà ce qui apparaît d’un autre niveau d’auto-organisation.
J’espère qu’il ne vous apparaît pas trop désincarné ;-)
Je vous assure que ce n’est pas le cas.
Pour que nos patients puissent s’en emparer, il faut libérer leur esprit de la douleur, c’est-à-dire leur prescrire des antalgiques puissants si nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant. Les voici dans les conditions de réaliser le travail psychologique. Il faut les y atteler, plutôt que les conserver dans leur transfert sur votre toute-puissance médicale.

 Posted by at 7 h 45 min
avr 302014
 

Des plantations crânicoles qui produisent désormais plusieurs récoltes annuelles d’aphorismes ? Certains flirtent avec l’énigme. A vos neurones !

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A la plupart des gens, il faut dire « c’est ma faute » pour qu’ils réalisent l’étendue de la leur.

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Infestissement : maladie créée pour vendre un nouveau traitement. « Quand il faut infester pour investir ».

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L’humour est le seul moyen sérieux de juger la condition humaine.

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La terrible impasse de la société contemporaine est qu’elle donne à chacun une place, et non plus une oeuvre.

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Enlevez toutes les illusions, et il reste celle de les avoir abandonnées…

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Mieux vaut se lancer dans la politique que la médecine. Les gens votent pour un politicien qui leur ressemble, querelleur, menteur et parjure ; tandis que leur médecin doit être obsessionnel, infaillible et incorruptible.
Voilà où nous a conduit la paranoïa scientifique de nos maîtres : la politique n’est plus une science et la médecine n’est plus un spectacle.
Avant, les gens s’ennuyaient seulement dans la salle d’attente. Maintenant ils s’emmerdent aussi dans le cabinet, devant le médecin qui tapote inlassablement son clavier, épluche et scanne les examens complémentaires, et ne reconnaît pas son patient quand il le croise le lendemain.

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La part essentielle de la pénibilité du travail physique est qu’il ne soit pas apprécié.

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Il faut abandonner l’idée qu’on puisse trouver du bonheur chez un médecin, puisque la science décourage toute velléité de positivisme.

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La science est la main tendue par le réel à la raison humaine.

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Il existe bien un côté appauvrissant à la science.
C’est quand elle sert de sens à l’existence.

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Je me demande si l’évolution n’a pas mis en place des maxima aux vies individuelles pour éviter que l’espèce entre en dépression. Il semble en effet qu’il existe une limite à la durée pendant laquelle nous pouvons maintenir nos illusions. Il faut régulièrement des esprits vierges pour les reconstruire, éviter ainsi de se retrouver face au grand vide de sens.

Sans doute est-ce, avec cette réflexion, prêter à l’évolution une intelligence qu’elle ne peut posséder.
Et peut-être est-ce chez l’homme, quand il veut s’affranchir de ces maxima, se croire investi d’une prescience qu’il ne possède pas.

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C’est dans le présent qu’il faut travailler à réenchanter son passé.

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A toute époque, il existe une part de Saint Esprit dans la définition de l’esprit sain.

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Coupez-vous régulièrement de l’information, un courant devenu continuel et pléthorique. Permettez-vous une dissection des données accumulées, créez une synthèse personnelle. Échappez ainsi à l’opinion mimétique.

 Posted by at 19 h 50 min
avr 192014
 

Le médecin est parfois sollicité pour avis sur les méthodes d’amélioration personnelle. Voici mon texte sur le Zen (je fais en général 3 versions de difficulté croissante ; celle-ci est la plus détaillée)

Le Zen contient de très fortes ambivalences. Pour les comprendre, il faut séparer soigneusement intentions et techniques. Ces dernières sont d’une efficacité remarquable pour affermir le contrôle de soi. On les retrouve logiquement dans les stages d’amélioration personnelle. Pour réaliser quels objectifs ? C’est là où le Zen est facilement travesti, pas toujours pour de mauvaises raisons.

Le Zen est considéré comme la version la plus « pure » du bouddhisme. C’est véritablement une représentation spirituelle étroitement accolée au Réel. En ce sens elle est déshumanisante. La caractéristique de l’esprit humain est en effet de se détacher du Réel, pour l’appréhender et le contrôler. A l’origine, le Zen, et le bouddhisme, sont des philosophies de résignation, créées pour ramener ses adeptes dans le sein du Réel, c’est-à-dire abolir leurs intentions excessives. Une solution judicieuse… quand elles sont impossibles à réaliser. Où sont nées ces philosophies ? Dans le sang et la souffrance des masses asiatiques peinant pour vivre aux siècles passés. La faculté d’agir était alors réservée à une élite. Les choses ont-elles véritablement changé ? La société d’aujourd’hui facilite-t-elle le bonheur de ses citoyens ? La démocratie leur a-t-elle véritablement redonné, individuellement, les moyens d’agir ? Ou les chaînes se sont-elles simplement installées directement dans les têtes au lieu d’être forgées par des soldats ? La vogue du bouddhisme en Occident apporte une sorte de réponse.

Il faut garder à l’esprit que les religions sont monistes, conçues pour faire contrepoids aux extrémismes de la pensée humaine. Elles tentent de ramener nos individualités égarées vers un « Grand Tout » commun à l’espèce (pour l’islam et la chrétienté) et même à l’ensemble du vivant (pour les animistes et les religions orientales). La doctrine zen originelle est « l’ordre du monde ne doit pas perturbé ; il faut en prendre soin ; ne menaçons pas l’avenir ».

Il existe en face un autre monisme dangereux : celui de l’homme tout-puissant, pénétré de ses seules intentions, indifférent à la réalité du monde. Celui qu’ont combattu les religions. Il peut parfaitement se servir des techniques zen à des fins différentes. Dans le monde du travail par exemple, un manager peut en faire un instrument de subornation, contrôlant ses émotions pour qu’elles n’interfèrent pas solidairement avec les difficultés de ses salariés.

ethiqueCar le Zen ne dit rien de ce que doit être l’Homme. Incomplétude voulue, puisque sa doctrine ne concerne que le Réel. Elle s’entoure d’un parfum de moralité, mais la solidarité qu’elle prône avec le monde est tellement diffuse qu’elle en perd toute consistance. Nous ne pouvons pas traiter de la même façon un insecte ou un humain. Même envers nos congénères, nous sommes obligés de stratifier notre solidarité, au risque sinon d’un effondrement de pouvoir.

En réduisant le Zen à ses techniques, certains le définissent comme voie de l’action plutôt que de la résignation. Tout dépend de l’objectif. Ce peut être une action contre les débordements de nos pulsions, contre la présence même de l’insatisfaction, qui nous encourage (énergiquement) à la passivité. Ce peut être une action contre le défaut de contrôle sur soi, obstacle à obtenir satisfaction ; nous sommes encouragés tout aussi énergiquement à intervenir. Ainsi, si le Zen est une voie de l’action, elle est indifférente aux buts.

A partir du moment où la science est devenue l’émanation la plus précise du Réel, et où l’on s’approprie ses connaissances, il n’est plus nécessaire de renforcer davantage encore le matérialisme par une révérence à son encontre. Mieux vaut réfléchir à sa condition humaine, découvrir de nouveaux moyens d’enchanter le Réel, retrouver un pouvoir personnel pour le contraindre grâce à ces nouvelles connaissances acquises sur lui.

Qu’est-ce que ce « Je » qui va agir ? Qu’avez-vous mis dans votre polyconscience ? Notre propre doctrine n’est pas de chercher un « équilibre » en maîtrisant ses émotions par de simples techniques, mais de leur trouver une multitude d’opposants, afin d’entretenir un conflit productif. Ce n’est pas tant le Réel qu’il faut accueillir davantage en soi, que les pensées des autres êtres raisonneurs.

N’abandonnons pas notre dualisme.

 Posted by at 8 h 41 min  Tagged with: