Coucher de soleil au Me Maoya

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Le mont Me Maoya est le 3ème sommet calédonien, après le Panié et le Humboldt, devant le Colnett et le Kouakoué. Il semble la scène d’un véritable concours de couchers de soleil, comme vous pouvez le juger sur les photos suivantes. Toutes, pourtant, ont été prises le même soir et devant la même crête…

C’est ici l’occasion d’un petit apparté sur la situation des randonneurs en Nouvelle-Calédonie : les vastes espaces quasi déserts de la chaîne, ainsi que la côte bordée tout du long par un lagon magnifique, sont des paradis pour les marcheurs. Paradis inaccessibles la plupart du temps. Tous les chemins passent en effet par d’immenses propriétés caldoches — descendants des premiers côlons blancs — ou des tribus kanaks. Les uns et les autres ne sont pas toujours très enthousiasmés par l’arrivée d’inconnus, mais pour des raisons différentes. Les caldoches excrètent les « viandards », vilains braconniers venant subrepticement tuer le bétail, parfois pour le simple plaisir de détruire, laissant les carcasses pourrir dans les champs. Pas forcément fin psychologue, le caldoche se demande systématiquement si l’étranger n’est pas l’un de ces salopards venus faire du repérage… Quant aux kanaks, ils ont été suffisamment spoliés pour ne pas apprécier que l’on pénètre sur leurs terres comme en terrain conquis. L’obligation est de faire coutume, c’est-à-dire de se présenter au chef et d’apporter un cadeau symbolique.
La situation la plus fréquente est de trouver une tribu kanak très accueillante, voire ravie que vous ayez quelques bonnes histoires pour animer la rencontre. Tandis que le caldoche est méfiant et ne vous ouvrira ses barrières que si vous êtes introduit par quelqu’un de sa connaissance. C’est assez frustrant pour le marcheur quand quelques champs clôturés barrent l’accès à des vallées entières, inexploitées par les propriétaires, ou leur servent de réserve de chasse privée. Politique désastreuse à vrai dire, qui risque de leur aliéner le soutien de la plus grande part de la population calédonienne si un jour ces privilèges quelque peu féodaux, hérités de l’époque coloniale, sont mis sur la sellette. Il serait tellement simple de créer des chemins publics permettant d’accéder aux plages et aux montagnes, comme c’est partout le cas en France.

De bonnes surprises surviennent, cependant. L’approche habituelle du Me Maoya, mont peu fréquenté et pourtant accessible, se fait par la tribu de Ouenji. Nous nous sommes donc présentés au chef. Etonnement : malgré notre cordialité spontanée et le respect scrupuleux des formes, le chef nous éconduit. Motif : il fallait prévenir au moins cinq jours à l’avance !… pour traverser le village et grimper sur une montagne où pas un membre de la tribu ne s’aventure ? Ben oui. Certains sont plus attachés que d’autres à faire sentir leur importance…
Déçus, nous faisons demi-tour. Sur les cartes, une ancienne mine lance ses routes et ses terrasses à l’assaut d’un des flancs du massif. Mais l’accès se fait derrière des terrains privés. Nous tentons le coup. La surprise s’inverse : le propriétaire caldoche, après nous avoir jaugés quelques instants, nous offre le passage et nous donne les indications nécessaires pour ne pas trop se perdre dans une vallée retournée à l’état sauvage. Cerfs et marcassins détalent devant nos roues. Nous réalisons l’ascension de 1500 mètres sans problème. Au retour nous passons le remercier. Peut-être devrait-il se lancer dans la politique !

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