L’épouvantail Matrix masque la réalité

Le danger du virtuel n’est pas celui qu’on pense. L’épouvantail favori est celui de Matrix ; un monde virtuel accapare notre esprit ; le corps réel en est absent ; l’histoire est modelable à sa guise.

En réalité la désocialisation arrive par la tangente. Elle se niche dans le nombre croissant d’assistants qui nous secondent dans des tâches de plus en plus banales. Connaître le temps (on interroge son téléphone plutôt que lever la tête), trouver une idée de cadeau (un site web vous la fournit), et même discuter (l’on préfère se connecter à facebook ou un site de rencontre plutôt qu’engager la conversation avec son voisin). Insidieusement, l’homme contemporain commence à promener son univers avec soi.

Le « soi » peut-il s’en inquiéter, quand il devient lui-même un amas de routines logiques, de connexions, d’aptitudes médiées par les outils numériques ? L’instinct pourrait-il s’émouvoir quand affluent par le même canal plaisirs et satisfactions ?

Les rapports humains persistants prennent un caractère obligatoire. Leur séduction résiduelle provient de l’incapacité des assistants à satisfaire les besoins sentimentaux. Mais ce n’est qu’une question de temps. Un dildo fournit déjà des sensations plus agréables qu’un amant peu expert. Quand les intelligences artificielles sauront afficher toutes les apparences de l’émotion apprendront et sauront même se fâcher, qu’est-ce qui nous retiendra de les considérer comme de vraies personnes ? Nous retrouverons même la sensation agréable d’un parent chargé de nous aimer et nous surveiller, mais à nos ordres cette fois ! Que nous manquera-t-il qui nous pousse à affronter l’univers hasardeux d’un étranger ? S’il faut un défi, nous pourrons sûrement en programmer un à notre mesure…

L’univers matriciel est pour bientôt, et nous serons une immense majorité de volontaires.