Comment se comporter face à un problème insurmontable ?

Un effondrement dramatique d’assurance vous guette. Dans l’urgence, une seule solution : nier la gravité du problème. L’évacuer de votre conscience. Est-ce un hasard que cette option soit fréquemment choisie spontanément, alors qu’elle semble irrationnelle ? Notre esprit est profondément utilitariste ; il choisit la méthode la plus adaptée à sa propre survie. Les considérations de savoir si elle est logique, morale, pragmatique, sont secondaires à ce stade. L’esprit risque la paralysie totale devant certaines évidences pointées par l’Observateur. Si la polyconscience n’a aucune solution à proposer, à développer, l’ensemble du psychisme entre en dépression, en régression. Dès lors, la négation du problème est la meilleure attitude. C’est une terrible erreur chez les proches que forcer la reconnaissance de la catastrophe, à moins qu’ils n’aient une solution à proposer, véritablement acceptable par la victime et pas seulement un voeu. C’est également vain de l’encourager à « surmonter le drame ». Comment un noyé, inconscient, pourrait-il remonter ?

Il existe des moyens de surnager. Néanmoins il faut éviter soigneusement le requin-drame qui nage dans ces eaux, prêt à emporter de grandes bouchées d’assurance personnelle à chaque fois qu’on le rencontre.
Votre assurance doit être rebâtie en reprenant le contrôle de petits pans de votre vie, ayant le moins de rapports possibles avec le drame. Il s’agit de vérifier que le monde obéit de nouveau à votre désir, par des tentatives dépourvues de risque. Cette rééducation psychique, très progressive, va recréer des automatismes solides (1). Il est préférable de s’attribuer la direction de l’entreprise, pour éviter la sensation de dépendance vis à vis de ceux qui vous conseillent et vous soutiennent. Vous pouvez bien sûr faire participer des proches à vos projets. Soyez l’initiateur, cependant (2). Vous vous sentirez davantage propriétaire de cette nouvelle assurance. Pour ne pas la menacer, esquivez soigneusement tout environnement qui vous rappelle la tragédie.

Ensuite, commencez à vous intéresser à des drames différents du vôtre. Les groupes de parole sont intéressants parce que vous y découvrez des personnes avec des difficultés identiques ou pires que les vôtres. La peine qu’ils ont à trouver une issue est éventuellement plus grave que la vôtre. Ce n’est pas auprès des gens qui vont bien que vous trouvez une résilience. Certes ils peuvent enrichir votre polyconscience de leurs visions alternatives ; mais justement : les gens qui vont bien en ont peu qui conviennent aux gens qui vont mal. Comptez plutôt sur ceux tombés au moins aussi bas que vous pour former le matelas sur lequel vous allez rebondir, et retrouver cette fusion qui noie les aspects les plus désagréables de notre vie.

Car nous en avons tous. La survie d’un esprit est sa capacité propre à s’illusionner. Ayez conscience que les psychotropes, quels qu’ils soient (antidépresseurs aussi bien qu’alcool ou drogues diverses), dissuadent plutôt d’entreprendre ce travail avec leur euphorie bon marché.

Vous savez que le travail est terminé le jour où vous pouvez réaccueillir le drame dans votre biographie. Pourquoi, en effet, voudrait-on l’éliminer ? Tant de pans de notre existence sont si mornes. La réussir n’est-il pas d’en faire une magnifique tragi-comédie ?

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(1) De nombreux écueils surviennent, le principal étant de stopper la progression très vite, par défaut d’ambition. Problème croissant avec l’âge. Nous ne passerons pas ici en revue toutes les « ficelles » de la thérapie, mais une bonne méthode est de se reconnecter à sa biographie ancienne, celle où l’on était encore bourré d’espérances, par exemple en écoutant les musiques qui nous plaisaient à l’époque. La mémoire auditive a un très fort pouvoir associatif. Vous pouvez remettre en marche le naïf mais puissant désir de vivre que vous possédiez enfant. N’est-ce pas un devoir pour cette petite fille ou ce petit garçon que vous étiez et qui est toujours là, d’une certaine façon ?

(2) Un travers courant est que cela arrange un proche que vous deveniez (ou redeveniez) dépendant de lui. L’échange peut être avantageux pour vous, ou non. En général il est une dette. Mais il vous conduit vers un avenir où vous serez en état de rembourser, voire d’aider à votre tour.