La théorie du genre

La théorie du genre est certainement l’un des domaines où l’on entend la montagne de stupidités et d’approximations la plus impressionnante, même de la part des scientifiques. Cette seule constatation ne permet pas de répondre à la question « le cerveau a-t-il un sexe ? », mais semble affirmer que le cerveau est bien sexiste ! La grande majorité des « spécialistes » en ce domaine sont des femmes.

Le point-clé de la théorie du genre est le stéréotype. D’essence culturelle, on l’oppose à la pulsion naturelle. Si le sexe est bien d’origine génétique, le genre, lui, est modulé par les stéréotypes sociaux.
Ceux-ci ont profondément imprimé le mode de pensée de tous, hommes et femmes. Issus de l’aube de l’espèce, ils ont été créés sur l’évidence que les tâches procréatives diffèrent entre les sexes. La femme est le « réceptacle » de la progéniture, l’homme est le déclencheur. Une majorité d’activités humaines étant reliée à cette perpétuation de la vie, les stéréotypes accompagnants ont imprimé tous les aspects de la vie sociale. Question : sont-ils toujours aussi nécessaires alors que nous en savons bien davantage que nos ancêtres sur nous-mêmes et que les modes de procréation ont beaucoup évolué, qu’un père n’est plus obligatoire ?

Ce discours en apparence sensé recèle deux lacunes impressionnantes.
La première est l’idée bizarre que le stéréotype serait une espèce d’implant psychique suspendu au sein de l’esprit, sans histoire, sans lien avec la nature de l’individu. Il serait en quelque sorte une sorte de graine placée là par la culture et ayant poussé sans engrais ni entraves. Que le sol psychique soit fertile ou non ne semble avoir aucune importance.
Que ce sol contienne des éléments favorisant l’émergence d’un sexe, c’est-à-dire que le cerveau soit « préparé » génétiquement pour avoir un sexe, est nié farouchement par une partie des spécialistes de la théorie du genre.
On pourrait s’en étonner. Nous n’avons pas réussi encore à identifier la composition génétique du langage et pourtant il semble que le cerveau foetal soit programmé pour apprendre plus facilement la langue de ses parents. Que dire d’une différence d’un chromosome entier séparant les sexes ? Même si X et Y n’avaient aucun rôle direct sur le développement du système nerveux central, celui-ci est soumis à bien d’autres influences humorales.

La seconde lacune est la fatuité de croire qu’aujourd’hui nous serions enfin capables de comprendre ce que nous sommes. A force de faire coller la science aux manifestations du réel, on finit par la croire complètement indépendante de notre esprit, dotée de contours encore un peu flous mais d’emplacement définitif. La déité majeure existe ! C’est la science ultime. Le pouvoir ultime… des intentions humaines, plutôt ; car le réel, lui n’en contient aucune.
Nous en savons davantage que nos ancêtres… et bien moins que nos descendants.
En fait quelle communauté d’esprit aurions-nous avec eux ? Sans doute apparaîtrions-nous comme des êtres effrayants et décadents à nos propres ancêtres, qui verraient en nous des caricatures d’humains. Peut-être nos descendants seront-ils ainsi pour nous ? Pourvus d’intentions déshumanisées et perverties ? Mais de qui les auraient-ils héritées ? D’une espèce professant la théorie que le genre est un repère inutile, que l’on peut modifier à son gré ?

Avant de pouvoir l’affirmer, il faudrait mieux nous connaître. Il faudrait être certain qu’aucun repère n’a d’importance majeure, en particulier l’un des plus importants (pour toute scientifique non ménopausée) : le sexe. Il faudrait être sûr que l’on peut changer à son gré de genre en se moquant du sexe. Nous pouvons subodorer que certains y sont aptes, d’autres non ; et malheureusement ce n’est pas forcément l’individu concerné qui est le mieux placé pour en juger.
Prenons un exemple dans une autre théorie du genre : peut-on échanger le scientifique du laboratoire et son technicien de surface ? Non ? Pourtant ce sont aussi des stéréotypes culturels. Qu’est-ce qu’un diplôme aurait à voir avec le naturel ? Pourquoi ne peut-on échanger ces deux genres à son gré ?

Cette méchante saillie nous montre une évidence : la théorie du genre est un idéalisme, pas une théorie scientifique.
J’aurais d’ailleurs tendance à partager cet idéalisme. Des hommes peuvent trouver normal, après quelques millénaires de saccages et de guerres sous l’égide de la domination phallocratique, que les femmes aient les pleins pouvoirs, bénéficient d’une discrimination positive identique pour montrer quelle société alternative elles peuvent créer.
Est-il besoin de travestir la science pour y parvenir ? Ce comportement est tellement… masculin.

Il existe, de toute façon, des réponses que la science ne peut donner. La course de la société humaine n’est (malheureusement ou heureusement ?) pas aussi prédictible que celle des planètes.

Ajout :
Une mise au point équilibrée d’Elisabeth Badinter sur le genre à l’école

A quoi sert la pudeur ?

Nous n’aimons pas sonder notre polyconscience. Cela détruit tout simplement la sensation fusionnelle qui nous permet de vivre harmonieusement… quand tout va bien. Les petits reproches que nous adressent nos personae insatisfaites sont irritants. L’épaisseur d’un « Je » plein d’assurance les étouffe avec succès, tandis que les « Je » minces affrontent une multitude d’angoisses quotidiennes.

Ce principe se retrouve dans les fantasmes sexuels. Nous n’aimons pas regarder ce qui se cache sous le désir. Un enfer de pulsions primitives, impératives, honteuses, parfois sadiques, gronde au fond de notre esprit. L’assurance, c’est aussi savoir que nous arrivons à prendre le dessus sur notre animalité, à contrôler ce monde qui nous a construit ainsi, un monde dépourvu de la moindre intention sensible.

La sexualité, cette assemblée bestiale et hurlante, est inséparable de la spiritualité, chape fusionnelle qui nous transforme en un être émergent, supérieur. La spiritualité est la partie du « Je » masquant le grouillement de nos désirs les plus archaïques… et les plus indispensables à notre humanité.

Cette proximité se retrouve dans le vocabulaire. « Viol » et « vertu » ont la même racine (vis, la force), de même que vénérable et vénérien (Vénus), testament et testicule (testis, témoin), mère et matière (mater, tronc de l’arbre). En médecine, l’os sacré voisine avec les nerfs honteux. L’orgasme est le « septième ciel ». Le rapprochement fut même géographique ; les maisons closes ont longtemps été situées près d’églises ; celles-ci portaient parfois le nom d’une pute repentie (la Madeleine) ou d’une fille perdue (Notre-dame-de-Lorette). Débauche honteuse et salut spirituel ne sont séparés que par la grille d’un confessionnal.

La pudeur a ainsi un rôle : elle masque tout ce qui rappelle l’origine piteuse de nos désirs, facilite l’envol du « Je » spirituel, papillon diaphane et sublime, dont la pornographie a débarrassé nos cieux.
Abandonner sa pudeur est chez certains un signe de maturité, témoignant d’une capacité à explorer sa polyconscience sans perdre son assurance et s’en servir pour améliorer le travail de son Observateur. Chez d’autres c’est une régression, qui ramène aux âges archaïques et pleins d’une joie toute animale où il suffisait de se croiser en plein air pour copuler.

Si vous avez toujours été vêtu de pudeur excessive au point d’étouffer, c’est le moment de vous déshabiller. Si vous n’en avez jamais eu, n’est-il pas temps de vous moquer de la grossièreté du sexe à l’étalage ?

Deux remarques sur le sexe

Pourquoi faudrait-il que l’amour ocytocique dure plus de trois ans, alors qu’il est le plus chimique, le moins spirituel ?

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La différence dans la façon d’aimer entre un homme et une femme n’est qu’une affaire de chemins corticaux. L’homme aime du regard ; il commence par idolâtrer une image fusionnelle, avant de se préoccuper de sa composition. Même quand, par la suite, d’autres images séduisantes s’imposent à lui, la première aimée garde une importance particulière. Il en est de même pour la femme, à ceci près que c’est son cerveau émotif et non visuel qui dirige l’affaire. La femme tombe sans doute plus réellement amoureuse, si l’on définit l’amour comme un sentiment. Cela ne l’empêchera pas ultérieurement de saupoudrer ses émotions sur d’autres relations, sans qu’elles menacent la primauté du compagnon choisi.

Par malheur pour l’homme, les regards annexes se voient bien davantage que les sentiments annexes. Une minute de silence pour ce dissimulateur malhabile, qui prend une volée de bois vert à chaque fois qu’il croise un déhanchement harmonieux…