Différentier Observateur et subconscient dans notre pensée

Comment faire la différence, dans notre système de pensée, entre ce qui provient de l’Observateur et nos intentions subconscientes ? L’Observateur est-il plutôt notre fil de pensée principal ou la « petite voix » que nous sentons piailler à la limite de notre attention ?

Rappelons tout d’abord notre définition du « Je » conscient : il est un amalgame de processus mentaux multiples. Son champ s’étend plus ou moins loin, définissant ainsi la limite du subconscient, qui reste entièrement connecté, mais non intégré. L’élargissement de ce champ nous rend perceptifs (consciemment) à bien davantage de sensations, corporelles, environnementales. Son rétrécissement forme le faisceau de l’attention.
L’Observateur est toujours partie du « Je », et le « Je » est recentré sur lui quand l’attention augmente. Dans chaque contexte événementiel particulier, les « petites voix » sont des personae secondaires de la configuration polyconsciente principale, celle-ci formant le moteur du comportement habituel. L’Observateur manifeste sa puissance quand nous sommes concentrés sur l’analyse des alternatives qu’elles représentent. Il n’est pas véritablement une voix mais un pouvoir de réflexion, un recrutement de capacités logiques permettant d’évaluer notre propre comportement. Il nous procure une sensation de justesse, d’approximation, ou d’erreur. L’Observateur ne contient pas les intentions, même quand elles semblent ultra-rationnelles ; il ne fait qu’adouber un désir de rationalité dont les origines sont polyconscientes, généralement en rapport avec une forte persona scientiste.

Dès lors, différentier l’influence de l’Observateur et celle des intentions subconscientes dans le contenu de la pensée peut sembler une gageure. Un repère va nous être précieux, celui du savoir tacite.

Le savoir tacite est un terme créé par l’épistémologue Michaël Polanyi dans les années 60. Il n’a rien à voir avec la polyconscience, mais il individualise deux types de connaissance que nous pouvons percevoir intimement : 1) l’implicite, que nous ne remettons jamais en question consciemment (une notion qui contredit le savoir implicite nous paraît folle, stupide, incompréhensible, dénuée d’intérêt, impossible à concilier avec le reste) ; 2) la connaissance explicite, ou proposée, dont nous pesons la valeur, pour l’intégrer ou non ; même lorsque nous l’acceptons, elle reste non propriétaire pendant encore un temps variable, selon la fréquence des confirmations reçues par la suite.

La transformation du savoir proposé en tacite est un bon exemple des rôles de la polyconscience et de l’Observateur. Un savoir tacite a été digéré en polyconscience ; il est devenu un élément de persona, voire une persona à part entière si le paradigme est suffisamment important. Avant cela il a été présenté à la polyconscience par l’Observateur, qui en a évalué la réalité et la pertinence.
Notons que le rôle de l’Observateur n’est pas de décider de la compatibilité des nouvelles avec les configurations polyconscientes existantes. Si c’était le cas, nous ne renfermerions aucun conflit, aucune névrose. Les connaissances désagréables sont bien digérées comme les autres, et deviennent tout aussi implicites.

Au début de la vie, le savoir tacite est essentiellement une programmation génétique. Les capacités d’analyse de l’Observateur sont faibles. Tous les évènements significatifs sont intégrés en polyconscience, sans recevoir d’explication élaborée. Ingurgiter des faits contradictoires menace la stabilité de l’édifice. Le sens ne peut apparaître qu’à partir de ce que l’esprit a déjà construit. C’est le principe d’auto-organisation.
Progressivement le savoir proposé est filtré de façon plus fine. Tout ne devient plus systématiquement tacite. Ce qui est contradictoire n’est plus intégré, sauf si la force de la réalité ou l’intervention d’émotions puissantes bouleverse la solidité des notions existantes.

Ainsi, lorsque nous percevons une connaissance comme tacite, intime, comme « faisant partie de notre être », il s’agit de notre sphère polyconsciente. Tandis que si nous nous « posons des questions » quant à cette connaissance, c’est l’Observateur qui occupe la tribune.