Les jumeaux ont leurs propres mots

A l’appui du concept « Je-enveloppe », voyons le cas des jumeaux : ces enfants établissent au départ une relation fusionnelle, favorisée par un comportement des parents strictement identique envers l’un et l’autre ; ils sont trop difficiles à différencier pour que père et mère trouvent aisément l’ancrage d’une quelconque préférence.

Qu’est-ce qu’une relation fusionnelle exactement ? C’est la mise en commun des représentations, d’une façon particulièrement intime, au point que l’on sait ce que pense l’autre et l’on produira le même commentaire devant un évènement identique. Les jumeaux fabriquent ainsi un « Je » continu, vaste enveloppe pour leurs représentations entremêlées, qui constituent un univers intérieur particulièrement riche.
Une psociété aussi vaste engendre deux curieux phénomènes constatés par les psychologues : d’une part, la notion du « Je » indépendant du reste du monde apparaît plus tardivement que chez les enfants uniques. D’autre part les jumeaux élaborent souvent des codes connus d’eux seuls, qui peut aller jusqu’à la cryptographie : un véritable langage faite de mots transformés, que les autres ne peuvent comprendre.

La fusion réduit les conflits, et donc les progrès dans la recherche de solutions nouvelles aux problèmes rencontrés. Une raison à la réputation de moindre performance scolaire initiale attachée aux jumeaux ? Les choses s’inversent ensuite ; les traumatismes psychologiques sont également réduits — s’il n’arrive rien à l’autre jumeau — et à partir de cet excellent socle d’assurance, les jumeaux rattrapent rapidement les autres quand ils commencent à s’émanciper.
Leur individualisme commence en effet à croître quand ils grandissent et accumulent des signes distinctifs, répercutés par leur entourage. Ces nouvelles représentations scindent le « Je » fusionnel et le referment sur chaque esprit individuel. La poussée pubertaire et sa nécessité d’existence propre achèvent rapidement la transformation.