Comprendre le « Je »

Pour comprendre la fusion représentée par le « Je », voyons comment nous fabriquons un « instant ».
Un instant n’est pas un point temporel. Même s’il est centré autour d’un évènement qui peut avoir un début et une fin précises dans le temps dit universel, le moment où sa représentation est conçue et parvient à notre conscience est décalé. De plus, s’y accrochent d’autres concepts, en rapport avec l’évènement, et éventuellement des décisions que nous aurions déjà prises inconsciemment. Si l’évènement est une brûlure sur la main, celle-ci s’est déjà retirée avant que la conscience soit avertie.
Un « instant » est donc un espace de temps subjectif décalé par rapport à l’évènement réel, enrichi d’informations étrangères à lui, et déjà modifié par notre traitement inconscient. Un instant est un minuscule roman et non un enregistrement.
Il ne peut en être autrement puisque le processus de pensée est lui-même un enchaînement. Il n’existe pas d’idées pointillistes. Tout concept est un espace de temps pensé. Le travail du cerveau est de rapprocher les espaces « évènements » des espaces de pensée correspondants.

S’il fallait décomposer tous ces éléments, nous serions simplement incapables d’établir un repère tel qu’un « instant ». Trop de fragments d’informations à traiter. Pour éviter le débordement des niveaux supérieurs d’analyse, l’esprit amalgame tout cela dans l’« instant », fusion d’un évènement généré par le Réel et de sa représentation.

Notre esprit agit de façon strictement identique avec la Polyconscience, cette assemblée des concepts dont surgit une proposition de comportement pour chaque contexte. « Je » est aveugle au travail sous-jacent. Il en est la fusion. Mais sa chienne de polyconscience le conduit avec sûreté à bon port ! Du moins chacun d’entre nous l’espère…