Dualisme archétypal

Certaines filiations instinctives sont faciles à suivre dans notre immeuble psychique. Par exemple la réaction à l’agression. Nous possédons deux réflexes archaïques, celui du prédateur et celui de la proie. Dans la confrontation, le premier nous jette dans une explosion de violence, le second paralyse littéralement notre cerveau. On se demande bien quel intérêt évolutif a pu avoir ce dernier. Peut-être était-ce une façon de débarrasser l’espèce des plus faibles, et de faciliter par leur sacrifice la survie des autres ?

Sans surprise lorsque nous sommes environnés d’acolytes du même bord, l’instinct prédateur est renforcé chez tous ; tandis que celui de proie inonde l’esprit du maltraité isolé. Celui-ci trouve facilement des motifs fort rationnels de courber l’échine, mais il canalise ainsi une pulsion plus fondamentale qu’il l’imagine. La raison, dont il espère un bon usage, ne fonctionnera que si les agresseurs sont rationnels eux aussi. Si ce n’est pas le cas, par exemple lorsqu’ils sont désinhibés par l’alcool ou les drogues, laisser l’instinct de proie vous paralyser ne fait que renforcer, en face, celui du prédateur.

Vous ne dépisterez pas seulement cette filiation lors d’une agression nocturne, quand de petits malfrats dépouillent leur victime inerte. Elle se retrouve dans une banale discussion de groupe, lorsque la plupart des débateurs prennent position contre un seul. Celui-ci se brouille, bafouille, pique du nez et finit par se taire… paralysé. Ce n’est pas forcément parce que ses arguments sont inférieurs. Il a laissé le mauvais instinct anéantir son initiative.
La civilisation n’a pas fait disparaître la nécessité de montrer les dents.

Pourquoi disposons-nous de ces deux réflexes contradictoires ? Quel avantage évolutif ? Ils sont un aspect supplémentaire de ce dualisme qui nous impose des conflits avant d’agir. Un net progrès par rapport au simple réflexe. D’autres aspects sont l’égocentrisme et la solidarité, le désir de vie et de mort, de se reproduire ou de s’effacer. On retrouve dans chacune de ces facettes une pulsion fondamentale, le besoin de prolonger l’espèce, à travers deux tendances opposées : l’améliorer par soi (individualisme) ou favoriser d’autres congénères meilleurs que soi (collectivisme). Selon le contexte, l’issue de ce débat peut basculer à tout moment.

La proie peut mordre si elle croit l’instant favorable.