Le mysticisme qui couche avec le scientisme

Selon la façon dont son esprit s’est construit, chacun peut se voir comme l’émanation d’un sens (Dieu) ou d’un non-sens (le Réel originel, dépourvu d’organisation). Ainsi pour certains il est inconcevable qu’ils n’aient pas une essence propre (âme, dasein, volonté…) ; d’autres, les moins nombreux, se considèrent comme entièrement produits par le patient travail d’organisation du Réel, et leur identité propre n’apparaît que tardivement, au fur et à mesure qu’ils construisent eux-mêmes une organisation originale, susceptible de faire progresser celle, globale, du Réel.
Nous pouvons choisir l’une ou l’autre option par défaut, pensez-vous, parce qu’il est impossible actuellement de trancher entre les deux. A vrai dire, il n’y a jamais eu de démonstration remarquable en faveur de l’âme, tandis que l’option évolutive est corroborée par une somme croissante de connaissances, faisant de l’essence propre à l’humain un militantisme et non une option raisonnable par défaut.

Cependant les différences s’effacent d’une manière stupéfiante, avec cette réflexion : le Réel, s’il ne semble pas doué d’« intentions » semblables aux nôtres, est pourtant bien doté intrinsèquement du principe d’auto-organisation, qui a fini par nous enfanter. Nous avons vu d’ailleurs que le Temps, les notions de début et de fin, étaient peut-être seulement propres à l’humain et non au Réel. Dès lors l’écart entre Dieu et le Réel s’effondre. Tous deux sont à la fois omnipotents et dépourvus d’intentions qui nous soient accessibles. Quelle différence, alors, entre une âme et une collection unique de gènes ?
Le mysticisme qui couche avec le scientisme ? Mon Dieu, c’est Réel…