Le lien biographique

Pourquoi définir le Moi en 3 composantes, Psociété, Biographie et Corps ? Pourquoi ne pas inclure la biographie dans la Psociété, chaque persona ayant sa propre histoire, comme dans la société des êtres humains ?

Cette distinction est bien entendu conceptuelle et arbitraire, mais voici quel en est l’avantage. N’êtes-vous pas, en premier lieu, surpris de voir amalgamer dans la définition du Moi une organisation physique, le Corps, représenté par toutes ses afférences sensorielles et leurs récepteurs cérébraux, un ensemble neuronal donc, avec un concept d’organisation psychique tel que la Psociété ? Vous ne trouverez pas en effet de centre cortical dédié à une persona. Si l’on peut un jour en matérialiser l’existence, ce sera sous forme de schémas répétitifs retrouvés dans les préliminaires d’idées ou de comportements variés. C’est toute la difficulté d’une théorie de la conscience : unifier les phénomènes physiques et psychiques.

La biographie est le lien. Elle permet de comprendre pourquoi les informations sensorielles sont traitées d’une certaine façon et finissent par produire tel phénomène psychique. Elle est le plan de construction de l’immeuble « esprit ». Si un plomb disjoncte, elle permet de le situer. Sans ce fil structurel, nous ne pouvons comprendre pourquoi tel Corps est doté de telle Psociété/personnalité.

Dans la société des êtres humains, le problème est exactement identique. Pour notre observation, les personnalités sont parfois discordantes par rapport aux corps qui les supportent. Notre seul moyen de comprendre le caractère d’autrui est de connaître sa biographie. Parfois c’est aisé (a-t-on l’impression, grâce à nos à-priori), souvent la tâche demande une bonne expertise.

Ce qui produit le grand mystère et l’imprévisibilité des relations humaines, pourrions-nous dire, est ainsi l’aptitude souvent médiocre à décrypter l’autre, mais surtout, et de plus en plus : l’intimité.