La conscience

Comprendre la conscience est difficile parce que nous sommes dedans, sans dimensions claires à cet espace. Il est possible que tout concept à son propos ne rende pas compte de l’émergence indéfinissable qu’éventuellement elle serait, de la même façon qu’une molécule d’eau ne pourrait comprendre ce qu’est l’océan. D’un autre côté cependant, il est impossible de donner une limite à ce que les concepts mentaux peuvent recouvrir. Aucune contradiction fondamentale, ainsi, à dire que la conscience peut se définir elle-même. Le concept mathématique qu’un système ne peut s’auto-évaluer est inébranlable… à l’intérieur d’une discipline qui repose sur ses propres postulats. A vrai dire c’est la philosophie qui a le dernier mot à ce sujet, en affirmant que tout paradigme, même scientifique, reste une propriété de la conscience et non pas du réel qu’il décrit. Nous moulons celui-ci à l’aide d’une gangue de concepts sans pouvoir nous identifier tout à fait à lui, pas plus que nous ne pouvons nous mettre dans la conscience de quelqu’un d’autre. Deux scientifiques n’ont un concept semblable que dans les limites des moyens d’expérimentation qu’ils utilisent et surtout de la finesse du langage qu’ils emploient pour se le communiquer.

 

Observons ce travail sophistiqué de l’esprit : il construit une représentation de plus en plus affinée du Réel, au point qu’en manipulant les objets d’après ces plans, la réalité se comporte de façon incroyablement conforme. Ah ? Vos appareils domestiques tombent souvent en panne ? Ce doit être prévu par le fabricant. Le réel se comporte fidèlement dans la limite de précision des instruments que nous lui appliquons pour en relever les plans.

Que veut dire étude, expérimentation ? L’esprit se décolle du réel, pour lui appliquer son moulage conceptuel. A l’intérieur même de la conscience se produit le même phénomène : elle est capable de se décaler d’elle-même pour s’appliquer également des concepts. Pas de bouleversement par rapport à la pensée scientifique donc ; un simple changement de balcon ; au premier étage, nous avons notre raison en train d’étudier le sol de la Réalité par une rétine dotée de milliers de concepts n’appartenant qu’à elle ; au deuxième étage se trouve notre fameux Observateur, occupé (chez certains d’entre nous) à apprécier son propre champ conscient, par une rétine ressemblant à la précédente mais avec une différence de taille : cette fois les concepts-récepteurs sont bien intrinsèques à l’objet étudié, l’esprit lui-même.

Nous en venons ainsi à la vision paradoxale qu’un concept ne pourrait être parfaitement juste qu’appliqué à la conscience elle-même, puisqu’elle est en la propriétaire, alors que le Réel ne possède pas ceux qui lui sont attribués.

Vous voici peut-être sur le point de lire la seule certitude absolue : celle que vous auriez à propos de vous-même…

 

C’est sur ce deuxième balcon que nous pouvons situer la daseinsanalyse, qui consiste à étudier directement l’espace phénoménologique de quelqu’un d’autre à l’aide du sien. Nous envoyons notre Observateur zieuter la conscience d’autrui. Voyeur pervers, dites-vous ? C’est vrai. Mais hormis les considérations morales, quel meilleur moyen de pénétrer véritablement l’intimité d’autrui ? Le handicap des phénoménologues est la réticence à se servir de la rétine conceptuelle utilisée pour le Réel, fabriquée par la science. Trouille que la réduction du Moi en ses éléments d’information le rende moins unique ? Crainte vaine puisque l’utilisation de concepts généraux sur l’esprit éloigne autant du Moi individuel que les concepts universalistes de la science rapprochent de l’essence du Réel.

 

Nous avons utilisé jusque là le mot « conscience » dans son sens le plus usité, qui en fait une entité… fort imprécise. On pourrait parler de cadre perceptif ; cependant même le terme de « cadre » est inadapté tellement ses bords sont flous ; parlons plutôt de champ. Il recouvre des choses aussi éloignées que la présence d’un carré de peau et la pensée réflexive. Il faut donc abandonner l’idée que la conscience soit un phénomène élaboré en soi. C’est un conteneur, pouvant héberger des « résidents » mentaux idiots ou sophistiqués. Dans l’esprit non plus, on ne choisit pas son voisin de palier…

 

Voyons ce que nous trouvons dans la conscience : l’attention (capacité à sélectionner un sujet parmi tous ceux qui se présentent), la mémoire, le jugement (l’évaluation de la valeur du sujet, de la façon dont il satisfait un désir), la volonté et l’impression de liberté (pour décider de l’action à entreprendre), l’auto-évaluation (forme plus difficile du jugement consistant à apprécier son propre comportement), enfin l’identité personnelle (l’impression d’être un individu différent des autres).

D’une façon générale, toutes les pensées élaborées semblent se situer dans la conscience. De l’inconscient nous arrivent des constructions psychiques mystérieuses, en ce sens qu’elles ne sont pas toujours bien définies, ou que leur motivation est incompréhensible. Elles sont obscures, mais pas vraiment compliquées. Ce sont des pulsions simples à suivre. La seule activité mentale sophistiquée qui peut sembler indépendante de la conscience est le rêve, et cela nous donne des indices sur lui : comme il ne survient jamais simultanément avec la conscience « normale », cela en fait un état alternatif de conscience.

 

Parmi ces contenus de la conscience, en existe-t-il qui lui soient véritablement propriétaires, c’est-à-dire dont toutes les limites soient situées à l’intérieur de la conscience ? La réponse est oui pour l’attention. En fait nous pourrions faire de l’attention la caractéristique essentielle de la conscience et sa frontière. Je ne suis « pas conscient » de ce à quoi je ne porte « pas d’attention ».

Pour les autres contenus, mémoire, jugement, identité, la situation est différente. La conscience dispose d’un « accès » à une faculté qui se prolonge hors de sa portée. Le cas de la mémoire est éloquent : nous savons que nous avons accès par elle à une quantité énorme de souvenirs, mais très peu sont présents simultanément en conscience. ils surgissent un à un, en fait, et s’enchaînent selon un ordre que la conscience ne décide pas. Nous avons l’impression que notre mémoire est une sorte de kaléidoscope basculé d’un côté ou de l’autre par l’attention.

 

L’auto-évaluation n’est pas un impératif dans la conscience puisque nous ne la possédons pas encore, enfant, et pourtant la conscience est là. C’est aussi un indice essentiel : la conscience n’est pas un processus sophistiqué en lui-même ; elle inclue les plus sophistiqués parmi ceux que génère notre psychisme, à chaque instant. Cela permet de comprendre comment n’importe quel être humain, nouveaux-nés compris, est conscient d’une façon qui paraît aussi « intense », néanmoins avec des écarts individuels importants en termes de performance cognitive. Nous pouvons également, par là, attribuer une conscience à l’animal, dépister un ersatz de conscience aux systèmes nerveux les plus simples.

L’auto-évaluation de soi est cependant le jugement qui semble le plus entièrement situé en conscience, quand on réussit à l’acquérir. D’où cet indice supplémentaire étonnant : apparaît au sein de la conscience une faculté qui ne s’y trouvait pas, sans que celle-ci ait cherché à la créer. La meilleure hypothèse est celle-ci : le fonctionnement physique du psychisme crée, au cours de sa maturation, un niveau d’auto-organisation supplémentaire, et la conscience, positionnée au sommet, le voit automatiquement apparaître dans son champ. Croyez-vous qu’un enfant, non encore doté de cette auto-observation, travaille volontairement son esprit pour l’acquérir ? Impossible. Il n’a aucune idée de ce dont il s’agit. Un adulte a beau l’encourager (trop tôt) à se prendre en charge, c’est comme tenter d’inculquer des équations mathématiques à un élève qui ne possède pas encore les circuits logiques nécessaires. Du chinois. La faculté est proposée à la conscience quand elle est disponible. L’esprit découvre un jour que de nouvelles lumières sont accessibles. Il est souvent incapable d’en détailler précisément l’origine.

L’attention consciente joue cependant un rôle, en stimulant l’activité neurologique qui va permettre cette maturation. La fonction ne crée pas l’organe ex nihilo mais l’améliore. Le cerveau est un « muscle » mental qui augmente en performance quand il est correctement sollicité.

 

L’identité personnelle n’est clairement pas restreinte à la conscience centrale. Il suffit de voir une personne reculer à l’approche d’une aiguille dans un cabinet médical. La limite du Soi, si on doit la définir, est la peau. Le Corps est obligatoirement inclus dans l’identité, de même que la Biographie, alors qu’ils ne sont pas perpétuellement présents en conscience.

 

Quand à la libre volonté, elle semble facile à cerner en conscience quand nous prenons une décision claire et vigoureuse. Mais cette éventualité pas si fréquente ne masque-t-elle pas une foule d’indécisions plus ou moins profondes, dont nous avons du mal à sortir ? D’où proviennent toutes ces alternatives qui s’affrontent ? Pourquoi certains actions sont-elles faciles à entreprendre, et d’autres toujours reportées ? Nous n’arrivons jamais, dans ces moments-là, à remonter à la source du problème, à noter le poids de chaque alternative, et choisir la meilleure aussi aisément que l’on résout une addition. La raison en est bien sûr que nous ne disposons pas de données « mathématiquement » certaines. Aucune donnée n’a de fiabilité absolue, puisque qu’elle est adossée à un concept, qui même scientifique reste une production de l’esprit et non du Réel, et peut s’opposer à d’autres concepts au sein de l’espace de négociation que nous avons appelé polyconscience. La pensée est mijotée, et cette préparation est pour l’essentielle inconsciente. C’est la raison pour laquelle un humain ne peut pas penser comme un ordinateur. L’essentiel de la programmation n’est pas accessible au processus intégrateur final, soit l’Observateur conscient. La décision est prise avant qu’il puisse intervenir. Il évalue le pronostic et parfois, en urgence, peut modifier l’action. C’est ainsi que nous laissons échapper des phrases que nous regrettons immédiatement, qu’un geste de violence est parti vers sa cible alors que la propre conscience de l’agresseur est en train de fabriquer une évaluation catastrophique des conséquences, qui repart vers l’inconscient pour déclencher une vague de remord.

Notez que si l’Observateur n’est pas encore présent en conscience, aucune évaluation de l’acte n’est faite et aucun regret ne peut apparaître. L’adulte est ainsi obligé de transmettre à l’enfant son évaluation, en lui expliquant les conséquences, et entraîner le jeune psychisme à développer son propre Observateur. Plus l’analyse est tronquée, plus elle contient de non-dit, plus le futur Observateur de l’enfant risque de contenir les mêmes déficiences.

 

Les actes les plus « volontaires » sont ceux qui recrutent un assentiment général de la polyconscience, suffisant pour que la conscience masque facilement les petits mécontents. Le rôle de l’attention consciente est en effet de rétrécir la puissance mentale autour de l’agissement « volontaire ». Tout le psychisme mobilisé pour une cause unique ! L’ensemble du corps suit, vibrant en harmonie. La fusion donne le pouvoir intégral à une seule politique.

 

Où voir de la liberté dans cette opération ? N’est-ce pas au contraire la mise en place d’oeillères multiples ? Nous pouvons, grâce à elles, ignorer les petits partis protestataires. Voici la porte grande ouverte vers les projets les plus déraisonnables, magnifiques quand ils sont couronnés de succès. Cela permet aussi de se jeter, comme un lemming, du haut d’une falaise. C’est le même processus de fusion qui autorise la réalisation d’un projet de suicide.

La liberté authentique est bien plus difficile à acquérir. Elle consiste, au contraire, à laisser parler toutes ses petites voix, et trouver encore l’énergie de choisir l’une des propositions pour intervenirL’homme libre qui agit est plutôt malheureux, parce qu’il lui faut gifler chacune de ses voix impertinentes avant de laisser l’élue aux commandes. Un sentiment différent de l’homme fusionnel simple et heureux, mieux récompensé parce que plus illusionné. La véritable liberté n’est-elle pas de se positionner indépendamment des gains que nous font miroiter nos instincts, de ne pas être inféodé au trivial bonheur ?

 

Voyons au final qu’il n’y a pas grand chose de propriétaire dans la conscience, que la plupart de ses contenus lui sont simplement présentés, après avoir été créés ailleurs. Le libre-arbitre que nous sommes ardents à vouloir situer là est largement illusoire, et tardif s’il existe. Sa seule caractéristique certaine est le fil de l’attention, un vif feu-follet qui met du relief sur pensées et sentiments bondissant hors de l’océan inconscient. La conscience est également le reflet empêchant de discerner ce qui se passe sous la surface de cet océan. Tel un miroir elle fond notre identité en une image plane et unie. Voilà ce que nous percevons, plutôt que l’abyssale profondeur  traversée par de vastes bancs de schémas psychiques élémentaires.

 

Pour comprendre la conscience, il nous faut encore parler d’un effet surprenant : elle n’a rien de stable pour un étranger qui l’observe tandis qu’elle ne change pas pour celui qui l’éprouve. C’est sans doute le plus grave problème de l’approche phénoménologique ; buvez quelques verres et voici votre point de départ transformé en phénomène… de cirque.

Quand des lésions cérébrales touchent les étages supérieurs de l’auto-organisation psychique, la conscience est rigoureusement incapable de le percevoir, à l’évidence parce qu’elle est l’activité de ces aptitudes et qu’il n’existe plus de centre intégrateur supérieur qui pourrait en juger. Ce phénomène est caricatural dans les commissurotomies, ces personnes dont la liaison entre hémisphères cérébraux est sectionnée, traitement appliqué dans certaines épilepsies graves ; les deux parties fonctionnent indépendamment (au niveau de leurs fonctions supérieures seulement, car elles sont reliées par le tronc cérébral) et n’ont aucune « conscience » de la moindre modification de l’espace mental.

Quand la perte d’une fonction est perçue en conscience, par exemple la paralysie d’un bras après un accident vasculaire cérébral, c’est parce que les niveaux supérieurs intégrateurs de la représentation corporelle « attendent » les informations de ce membre et ne les reçoivent plus. L’image est tronquée pour la conscience positionnée à un niveau où elle la « regarde ». Si par contre le centre intégrateur lui-même est détruit par l’infarctus, la paralysie du membre est niée ; celui-ci n’existe pas.

 

Une expérience de pensée peut au final nous faire saisir encore mieux ce qu’est la conscience :

Imaginez que les cerveaux de deux personnes différentes soient reliés par un câblage complexe, du type de celui qui existe naturellement dans une commissure inter-hémisphérique, permettant à leurs centres nerveux respectifs de communiquer. Que se passerait-il ? Chacun serait-il capable d’éprouver la conscience de l’autre comme s’il se retrouvait à l’intérieur de son esprit ?

Non. Cela supposerait l’existence du « gnome » indépendant du cerveau où résiderait une hypothétique essence individuelle et qui observerait l’activité neurologique étrangère. En réalité se produirait une nouvelle conscience englobant l’ensemble des systèmes des deux personnes, avec leurs souvenirs. Cette nouvelle personnalité n’aurait aucunement l’impression d’être la réunion de deux esprits ou d’être différente de ce qu’elle était auparavant. Elle serait toujours « Moi ».

Comment arriverait-elle à gérer deux jeux de souvenirs différents ? Elle « inventerait » une explication satisfaisante à toutes les incohérences rencontrées. C’est ce qui se passe dans les commissurotomies, lorsque l’on donne des informations contradictoires aux deux hémisphères. Le cerveau gauche affabule sans difficulté une raison au comportement résultant, peu importe qu’elle soit boiteuse. La personne n’a aucune « conscience » de la bizarrerie ; il n’y a plus rien, au-dessus de l’Observateur, pour en juger.

Il en sera de même pour notre chimère de cerveaux amalgamés ; la conscience résultante ne peut pas contenir l’impression d’avoir été autre chose. La mémoire est plus bas située dans l’échelle de l’auto-organisation ; elle ne contient pas son propre observateur capable de signaler que ses informations sont exploitées de façon tronquée. Les deux cerveaux travailleront de concert pour produire une conscience unique.

C’est une chance pour les rêves transhumanistes : les adjonctions mentales ne donneront pas à l’esprit qui les reçoit l’impression d’être une personne différente ; il s’en servira comme si elles avaient toujours été là.

 

Il nous reste à expliquer certaines propriétés de la conscience. Qu’est-ce que l’attention ? Comment un processus de rétro-contrôle peut-il « décider » de s’intéresser à tel ou tel sujet puisqu’il ne semble pas exister de metteur en scène pour lui donner son rôle ?

Il semble bien que l’attention ne naisse pas à l’intérieur même de la conscience. Elle se déclenche sous l’effet de trois groupes principaux de stimuli : les évènements d’une part, dont nous sommes informés par nos sens extérieurs, les besoins corporels d’autre part, que d’impérieuses sensations intérieures nous empêchent d’ignorer, et enfin les « grandes oeuvres » que la polyconscience a élu comme fortement identitaires. L’attention établit un classement d’urgence entre ces stimuli, se répartit plus ou moins facilement entre eux, laisse éventuellement des automatismes opérer. Les individus dotés de solides connexions inter-hémisphériques semblent plus facilement multi-tâches, peut-être parce que les deux hémisphères peuvent traiter des problèmes simultanément tout en restant coordonnés. Il existerait une différence entre les sexes pour cette faculté. L’individu monotâche, à contrario, se soustrait plus facilement aux nécessités étrangères à son affaire et concentre mieux ses ressources mentales pour mener à bien un travail unique.

Si l’attention est éveillée par des accroches extérieures à la conscience, que fait-elle en leur absence ? Deux occupations principales correspondent précisément à ses facultés les plus spécifiques : l’analyse/évaluation, par l’Observateur, et le rêve/création, par l’Inventeur. Remarquez comme l’attention se dilue dans ces moments où n’arrivent plus les stimuli internes ou externes. La conscience se replie sur ses activités propriétaires ; elle continue d’étudier des problèmes, ou s’élance sur les ailes de l’imaginaire, déconnectée des étages inférieurs du psychisme, qui souvent, grâce aux routines, fonctionnent en autarcie : ils ont piloté la voiture jusqu’au domicile, repassé un tas de linge, fait mouliner les jambes sur le parcours habituel de jogging, et notre conscience s’est évadée dans un univers différent.

 

Nous faisons ainsi de l’attention non pas une « volonté » surgie par génération spontanée au sein de la conscience, mais la mobilisation de ses facultés par les sollicitations de l’inconscient et de l’environnement. Cela ôte de la conscience tout réel pouvoir directeur. Mais nous élucidons ainsi un phénomène ô combien difficile à expliquer par la divinisation de la conscience : pourquoi les consciences animales les plus frustres ne semblent-elles perdre aucune force décisionnelle, au contraire : leur opiniâtreté est largement supérieure à la nôtre. Leur conscience propose beaucoup moins d’alternatives et l’inconscient s’obstine indéfiniment à réaliser son désir principal. La qualité de la conscience humaine est de diluer cette intention forcenée (jusqu’à s’évanouir si nécessaire) et la disperser sur de multiples embranchements, à travers les sublimations sophistiquées patiemment empilées dans les couches supérieures de l’inconscient.

 

Au final le plus simple à éclaircir, parmi les mystères de la conscience, est l’impression d’unicité, du « Je ». Comment un tel processus intégrateur pourrait-il être une sensation de multiplicité ? L’activité cérébrale ne comporte aucune information de « secteur » ; elle est continue, globale ; seuls les instruments des scientifiques lui voient des centres. Plus l’on s’élève dans le processus d’intégration, moins l’esprit est capable de repérer des limitations ou des manques, puisqu’il ne reste plus de niveau supérieur pour le constater. La conscience ne peut s’étudier que par les représentations qu’elle s’est construite à propos d’elle-même. Elle peut les manipuler à son aise. Néanmoins est-il souhaitable, pour notre survie, que ces représentations soient cohérentes avec les lois dictées par l’environnement matériel et social. Nous pouvons construire de multiples images de nous-mêmes. Elles changent avec l’âge. Néanmoins à chaque instant nous sommes Un, le Moi fusionné.

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