Qu’est-ce que la conscience?

Devant tant de conceptions différentes à propos de la conscience, la question n’est-elle pas plutôt : Qu’est-ce qui peut rassembler tous ces concepts issus de millénaires d’évolution de l’humanité ?

Cette multitude pointe un paradoxe de la conscience : chacune accepte que les autres soient un phénomène semblable à elle-même, et chacune a une interprétation spécifique d’elle-même. Collectivisme et individualisme intriqués.

La science, notre phalange conceptuelle la plus ordonnée, ne parvient déjà pas à s’accorder sur le phénomène. Les deux théories les plus populaires, espace de travail global (ETG) et théorie de l’information intégrée (TII), sont déclarées rivales et sont confrontées actuellement dans des expériences. En vain. Elles n’utilisent pas la même définition de la conscience.

L’ETG s’adresse à la conscience ‘phénomène éprouvé en état d’éveil’. Le mécanisme, dit-elle, est une réentrée massive dans le cortex d’informations déjà codées ailleurs dans le cerveau, qui permet à ces informations de « s’observer elles-mêmes ».

La TII s’adresse à la conscience ‘agrégat d’informations’. Elle en fait un phénomène directement proportionnel à la profondeur du traitement de l’information (plus une information subit un traitement complexe conjointement aux autres, plus elle forme une expérience élaborée de conscience).

Non seulement les deux théories ne parlent pas de la même conscience, mais elles la regardent de points de vue opposés. L’ETG est phénoméniste, c’est-à-dire qu’elle part du phénomène éprouvé et se demande d’où il peut provenir ; tandis que la TII est ontologique, c’est-à-dire qu’elle part des micromécanismes (le traitement des informations) et se demande ce qu’il peut bien produire.

Cette affaire de point de vue est généralisable. En fait toutes les opinions sur la conscience se classent en phénoménistes et ontologiques. Religions et mysticismes sont des phénoménismes. Dieu n’a jamais été observé physiquement. Il est au-dessus de nos consciences et les contemple. C’est un regard du haut vers le bas. Les scientifiques physicalistes sont ontologistes. Les micromécanismes de la matière produisent tous les phénomènes, jusqu’à la conscience. Structure d’informations. C’est un regard du bas vers le haut.

Notre problème d’unification devient alors celui de la réunion de ces deux regards. Comment les fusionner alors que la causalité les oppose ? Comment rester moniste ?

La solution que je soutiens est de raisonner en termes de plans d’information. Les interprétations conflictuelles sont presque systématiquement liées au fait que leurs promoteurs ne parlent pas des mêmes niveaux d’information. Nous venons de le voir avec les neurosciences, où l’ETG modélise le plan ‘conscience éprouvée’ tandis que la TII modélise toute la structure sous-jacente à ce plan.

Parler de micromécanisme consiste à déterminer un plan d’organisation sous-jacent. Mais il n’en existe pas un seul. Les physicalistes tendent à parler de systèmes et sous-systèmes. C’est trompeur. Les systèmes ne sont pas des productions passives de leurs sous-systèmes. Ils possèdent une indépendance relative. L’émergence est une réalité physique. Les plans d’information sont souvent séparés par des abîmes de taille, d’énergie et de durée élémentaire.

Autrement dit le dualisme existe bien dans la réalité ontologique mais il s’agit d’une multitude de paliers successifs et non d’un fossé brutal matière/esprit. C’est un dualisme compatible avec une réalité unique, moniste.

Dès lors ce qu’est la conscience devient explicite, de même que notre paradoxe du début. La conscience est la fusion des informations qui la constituent. Elle n’est pas seulement ces informations assemblées, elle est quelque chose de plus. Elle est le support de cette indépendance relative constituée par le plan d’organisation formée.

Nos neurones forment un nombre important de ces plans, depuis l’organisation inconsciente des stimuli sensoriels jusqu’à la synthèse corticale et ses réentrées. Seul le sommet de cette organisation est éprouvé en tant que conscience (l’indépendance des niveaux reste relative). Si un chirurgien nous enlevait le cortex (ce qui n’empêche pas de survivre la plupart du temps), notre conscience ne disparaîtrait pas. Elle deviendrait terriblement plus grossière. La plus grande partie de sa profondeur d’information disparaîtrait. Les partisans de l’ETG diraient que la conscience a disparu, parce qu’ils ne voient plus le phénomène très organisé qu’ils ont défini ainsi. Tandis que la TII se tromperait moins en disant que la conscience a effondré sa profondeur et est descendue au niveau d’un animal primitif.

Pourquoi le paradoxe du début disparaît-il ? Parce que nous reconnaissons facilement que les informations assemblées par nos cerveaux sont des collections strictement individuelles, mais leur intégration, le phénomène fusionnel proprement dit, est le même pour tous.

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Une réflexion sur « Qu’est-ce que la conscience? »

  1. Bonjour,
    Je viens de découvrir ce site et je partage beaucoup des points de vue exprimés.
    Je pense que la conscience n’est qu’un phénomène particulier du cerveau humain, lié au langage qui nous est exclusif, lequel langage a forcé l’apparition de ce qu’on appelle « penser » et ces deux résultent dans une conscience.
    Cherchant dans le web ce qui pourrait m’aider à parfaire mes idées j’ai beaucoup de mal à trouver de quoi me nourrir!
    Pensez-vous que ce genre d’idées aient un côté trop révolutionnaire qui les empêche de fructifier? Pensez-vous qu’il puisse avoir une sorte d’omerta à leur encontre?
    Nos sociétés arrivent à un point tragique où nous courrons à l’anéantissement d’une bonne partie de la vie sur terre et je ne voie d’autre solution pour essayer d’éviter une telle catastrophe que de changer radicalement de paradigme en amenant la plus grosse partie des Homo Sapiens à croire dans une fiction autre que celles en vigueur, mais je ne voie pas laquelle (pour l’instant, LOL).
    Merci pour vos publications et, si c’est possible, j’aimerais pouvoir partager davantage nos idées.
    Meilleures salutations
    Hugo Cuneo

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