Quelle est la justification adaptative de la conscience ?

Le moteur mutation / sélection naturelle est propre à l’évolution du vivant. Ce n’est pas le principe d’organisation de toute la réalité. La conscience humaine présente des propriétés spécifiques au sein du vivant, comme les principes moraux, la réflexion sur les critères utilisés par l’évolution, la résistance au principe du « gène égoïste ». A priori elle marque la fin du paradigme adaptatif utilisé jusqu’à présent dans l’évolution de notre espèce. C’est-à-dire que la conscience humaine, si elle est survenue par hasard (par exemple suite à la fusion d’une paire de chromosomes chez un ancêtre commun avec le gorille), s’auto-justifie. Elle valide son propre intérêt en tant que mode d’organisation, de la même manière que des axiomes mathématiques vont créer un univers déductif parfaitement cohérent à l’intérieur de ce qu’ils définissent.

Cette manière de voir permet de s’échapper d’une théorie de l’évolution utilisée en dogme là où elle ne s’applique plus. Elle montre une réalité auto-organisée, débarrassée de toute « justification » vis à vis des ordonnancements qu’elle construit. Seule la stabilité apportée par ces organisations sur leurs structures sous-jacentes leur permet d’élever leur complexité.

Dans ce cadre, la conscience humaine est une organisation réussie des fonctions mentales immédiatement sous-jacentes, en particulier de la fusion entre des productions aussi contrastées que les émotions, les capacités abstractives, les impératifs corporels, les pulsions reproductives, les contraintes sociales, etc…

Synthèse encore volontiers houleuse chez la plupart d’entre nous 🙂

Les gens disent que les livres font à votre cerveau ce que l’exercice physique fait à votre corps. Mais cela ne suggérait-il pas que vous devriez gagner en intelligence fluide ?

Le livre est un média, c’est-à-dire un moyen de transfert des concepts. Ce qui muscle le cerveau est le contenu conceptuel lui-même. Il en existe grossièrement deux types : les concepts indépendants et dépendants.  Les premiers regroupent les évènements fortuits et les affirmations gratuites. Ces représentations ne sont pas raccordées aux autres. Un évènement fortuit se justifie en lui-même. Il n’était pas prévisible a priori. Celui qui le rapporte estime qu’il n’est pas nécessaire de fournir une explication. De même pour une affirmation gratuite. L’auteur juge que sa pensée fait suffisamment autorité, ou que l’affirmation est suffisamment consensuelle, pour ne pas la justifier.

Les concepts dépendants, eux, font partie d’une structure mentale. Ils sont organisés à partir de sous-concepts et entrent en relation avec des concepts de même niveau. Rivalités. Organisation en concepts supérieurs. L’intelligence est le nombre d’étages haussant la complexité de cette structure dans chaque domaine conceptuel. Augmenter cette intelligence n’est pas seulement lui apporter de nouvelles représentations à traiter, encore faut-il qu’elles s’organisent de manière coordonnée, pour élever la pyramide mentale. Certains esprits contiennent une quantité considérable de concepts indépendants, parce qu’ils ont une bonne mémoire, mais ont une faible intelligence, parce que tous ces concepts occupent le même étage, ne débouchent sur rien de plus complexe.

Sculpter et élever l’intelligence est un travail du rétro-contrôle conscient. Ce n’est pas simplement alimenter son esprit en concepts mais réfléchir à la manière dont ils sont reliés. Nous pouvons bien sûr utiliser des mimétismes, lire les réflexions des auteurs sur le sujet. Mais cela reste un tatouage extérieur, une mémorisation d’une nouvelle portion de structure mentale conçue par l’auteur. La véritable intelligence créatrice s’active quand vous posez le livre et que vous saisissez crayon et page blanche pour encourager vos réflexions propriétaires sur le sujet.

Quand elles ont pris vie, il est temps alors d’ouvrir quelques ouvrages de référence pour vérifier s’il s’agit de divagations.

Comment puis-je me débarrasser de la dissonance cognitive de savoir qu’abandonner la drogue est la meilleure chose, et pourtant vouloir rester avec elle ?

Le plus important : abandonner l’idée que la conscience est une sorte d’arbitre capable de décider de l’issue du conflit entre deux idées. La conscience est un terrain de jeu pour nos représentations mentales. Leur fusion nous procure cette impression de « Je » homogène, uniquement parce qu’il n’existe pas de rétro-contrôle mental au-dessus de la conscience pour scinder les éléments participant à la fusion. Pourquoi dans ce cas percevons-nous les discontinuités de notre conscience, les différentes « petites voix » qui l’habitent ? Parce qu’elles gagnent à tour de rôle une célébrité temporaire, selon le contexte et l’enchaînement des idées précédentes.

Quand deux idées contradictoires viennent jouter sur le champ de bataille conscient, d’autres schémas mentaux sont capables de représenter la chose. Il sont très spécifiques du cortex préfrontal et je les appelle « l’Observateur », car ce terme désigne explicitement ce qu’ils sont capables de faire : ils vous permettent d’observer votre propre fonctionnement mental et de l’influencer. C’est un rétro-contrôle et non un « décideur conscient » autoritaire. S’il avait le pouvoir de tout diriger vous n’auriez pas eu besoin de poser votre question.

L’Observateur est une capacité tardive de notre maturation mentale. Son efficacité variable sépare les gens qui montent dans le train en marche de leur vie et ceux qui choisissent la destination. Comment doit-il intervenir dans une situation comme la vôtre ?

En premier lieu il faut établir si les deux idées sont réellement contradictoires. La plupart du temps elles ont chacune un intérêt propre, qui les rendent utiles en certaines circonstances. Une idée, même apparaissant stupide à la majorité des gens, a toujours un fond utilitariste, qu’il faut identifier. Il est ainsi possible d’extraire deux idées contradictoires de sa bibliothèque personnelle, quand le moment est opportun pour chacune. L’existence humaine est une logique floue.

Dans votre cas les deux idées n’ont clairement pas la même origine. L’une est l’émergence d’une demande physique. Votre corps réclame la satisfaction rapide et facile qui est celle de la drogue. Ce sont les idées les plus difficiles à ignorer. Elles sont en effet directement agissantes. C’est la drogue qui prend elle-même les commandes de votre comportement. Le reste des occupants de la conscience assistent vaguement gênés à l’affaire. L’autre idée est finalement bien moins propriétaire. Que la consommation de drogue soit un lent suicide mental et social est une observation étrangère. Elle n’est pas encore correctement intégrée chez vous parce que, simplement, la drogue s’est installée avant elle et a durablement imprimé vos schémas neurologiques. Sa contradiction a bien du mal à s’implanter, d’autant qu’elle n’apporte aucun plaisir immédiat. Elle ne fait que satisfaire l’opinion générale qui vous entoure. Elle satisfait la projection que vous avez de votre moi futur débarrassé de la drogue, encore faut-il être capable de s’extraire du présent. Vous êtes dans le dilemme de l’enfant qui se voit proposer deux bonbons dans une heure s’il réussit à ne pas toucher au premier qu’il a sous les yeux. A 5 ans, la moitié y parviennent. Parviendrez-vous à faire confiance à ce moi futur et refuser le plaisir immédiat ?

La méthode est simple. Il ne s’agit pas d’une « conscience qui doit résister à la tentation de la drogue ». Il s’agit d’un nouveau Moi qui n’inclue pas la drogue. Il faut la sortir de votre identité. Regardez-la, à chaque fois qu’elle se présente, comme un alien qui veut prendre les commandes de votre cerveau. Les autres représentations de votre conscience doivent se regrouper devant cette invasion et clamer « Drogue, tu ne fais pas partie de nous ! Va propager ta misère ailleurs ». Pour qu’elles soient efficaces, ces représentations agissantes doivent vous apporter un maximum de satisfaction. Trouvez des remplaçantes à la drogue. Allez courir, danser… cuisiner ? Sublimez votre désir dans une occupation qui vous valorise. Prenez la responsabilité d’aider quelqu’un d’autre. Il existe toujours plus mal loti que soi.

Quelle est l’importance de la mémoire de travail dans la cognition et la compréhension humaine ?

Le terme de « mémoire de travail » désigne spécifiquement la persistance des concepts dans l’espace intégrateur conscient. C’est le niveau de tâches mentales le plus sophistiqué, qui rétro-contrôle la structure de tous ses contenus. Lorsque l’un de ces contenus, une fonction mentale spécifique, fonctionne correctement, l’intervention du rétro-contrôle conscient n’est pas nécessaire. Nous pouvons ainsi laisser nos automatismes gestuels se débrouiller seuls la plupart du temps, et cela libère la conscience pour d’autres tâches. La mémoire de travail a peu d’importance quand une habitude se met aux commandes de notre comportement. Elle devient par contre essentielle quand le rétro-contrôle conscient doit se servir de plusieurs critères simultanés pour reprogrammer sa structure sous-jacente. Exemple simple : se souvenir d’un numéro de téléphone. Si notre mémoire de travail se vide au bout de 3 chiffres, la gravure du numéro complet s’annonce difficile. En réalité cependant, elle ne s’arrête pas si abruptement. Elle est la trace excitable de l’activité des réseaux neuraux récemment utilisés. Notre attention peut « oublier » une chose importante pendant quelques minutes, voire quelques heures, puis la retrouver. Panique! si c’était une urgence ; soulagement, s’il est encore temps d’y songer.

Vous pouvez imaginer la mémoire de travail comme une sorte de Kanban board mental. Avec un grand tableau, il est plus facile de gérer la priorité et la coordination des tâches multiples. Cependant si vous vous organisez pour gérer séquentiellement un faible nombre de tâches, un petit tableau n’est pas un handicap. Il reste possible de rétro-contrôler efficacement votre structure inconsciente à l’aide de nouveaux schémas conceptuels. Par exemple au cours d’une lecture il n’est pas dramatique que votre mémoire de travail n’ait pas stocké intégralement tout ce que vous venez de lire. Ce n’est d’ailleurs jamais le cas sauf pour des textes très courts. Le plus important est que vous ayez compris ce que vous lisiez. Cette compréhension restructure efficacement votre pyramide conceptuelle, même si votre souvenir conscient de l’opération, dans la mémoire de travail, est très partiel.

Quelle est la différence entre un athée et un agnostique ?

Athéisme et théisme se ressemblent étrangement.
Le théiste : « Dieu explique tout. Si une chose se prétend indépendante de Dieu, elle n’a pas été créée. »
L’athée : «  La Science explique tout. Si une chose n’est pas expliquée par la Science, il n’y a rien à expliquer. »
Se baissant pour éviter les invectives, l’agnostique demande : « C’est quoi, Dieu ? »

Vous avez compris la suggestion de cette histoire. La discorde théiste/athée repose sur un postulat, largement erroné, qu’il existerait une définition simple, homogène, universellement acceptée, de Dieu. En réalité l’humanité en héberge autant que d’individus. A l’intérieur même d’un cerveau individuel, l’évolution mentale avec l’âge change profondément un concept aussi complexe que celui de Dieu. Nous assistons ainsi, presque toujours, à des disputes très locales, partisans d’une image particulière de Dieu s’opposant à ceux qui la refusent, parce qu’ils en ont une autre contradictoire. L’homme est fondamentalement un croyant. Structurer ses convictions autour de la science est une autre façon d’affermir son pouvoir sur le monde. Chez le théiste le pouvoir est délégué par l’image toute-puissante de Dieu. Chez l’athée il est délégué par l’image toute-puissante de la science. Cette dernière, honnêtement, est terriblement plus efficace. Néanmoins aujourd’hui la science ne fait pas mieux que la religion dans la théorisation du tout (un tout qui nous inclue), dans une vision holistique de la réalité. Ce qui entraîne beaucoup de scientifiques de premier plan dans des considérations métaphysiques très spéculatives. Images personnelles de Dieu…

L’intrication de l’athéisme et de l’agnosticisme, dont se réclame beaucoup d’athées, est invalide. Elle repose sur la séparation arbitraire de la croyance et de la connaissance. Cette distanciation n’existe pas. La connaissance est une pyramide structurée flottant au milieu des croyances, mais sans limites précises entre les deux. Les connaissances sont toutes filles de croyances. Incessamment, des connaissances retournent à l’état de croyance. L’agnosticisme pur est la reconnaissance de ce flou. Il fait du concept de Dieu un indécidable, ce qui exclue le « Dieu existe » aussi bien que le « Dieu n’existe pas ». Si un athée se pense agnostique, il devrait mettre agnostique en premier. Après tout, n’accorde-t-il pas la priorité à la connaissance ?

Quand la mémoire commence-t-elle ?

Dans cette question deux mémoires sont importantes à séparer : la procédurale et l’épisodique. La procédurale est agissante et n’est pas vraiment une très bonne mémoire : elle est la manière dont nous avons accompli chacun de nos actes, la dernière fois qu’ils ont eu lieu. C’est notre programmation spontanée pour agir d’une certaine façon plutôt qu’une autre. Si nos comportements ne sont pas trop répétitifs, c’est ce que cette programmation nous suggère tout de même un certain nombre d’alternatives, que le contexte aide à trier. Ce n’est pas une très bonne mémoire parce qu’elle efface les façons d’agir plus anciennes pour ne garder que la plus utilisée.

La mémoire épisodique ressemble davantage à la mémoire d’un ordinateur : elle est capable de conserver un grand nombre de souvenirs, sans que les plus récents effacent les plus anciens. Par contre elle n’est pas agissante. Vos souvenirs ne se mettent pas spontanément aux commandes de votre comportement. C’est votre conscience qui les convoque et fait des choix pour agir en conséquence.

La mémoire épisodique est activée pour des évènements marquants. Critères : fait inhabituel, incompréhensible, chargé d’émotion, ayant bouleversé les habitudes, ou ayant fait reconnaître un nouveau concept. Ce type d’association éveille la gravure de l’évènement par l’hippocampe, le centre clé de la mémoire épisodique, richement interconnecté avec le cortex (interprétation des faits) et l’amygdale (gestion des émotions). La stimulation de ces neurones n’est pas si fréquente ; lorsqu’ils se réveillent les évènements autour du souvenir en profitent aussi, même s’ils sont plus ordinaires : tout ce qui est proche de l’instant marquant est accroché au souvenir.

Cette mémoire est peu sollicitée chez le nourrisson pour une raison simple : le cerveau entier est en cours de gravure. Peu d’évènements marquants parce que le nouveau-né manque d’éléments de comparaison. Peu importe que les adultes, eux, estiment que des évènements exceptionnels ont touché l’enfant ; ils n’en feront éventuellement un souvenir chez l’enfant que si leur propre comportement a été, sur l’instant, très inhabituel. Beaucoup de pseudo-souvenirs d’enfance ont été en fait appris par la suite, par les histoires entendues ou les photos aperçues.

La mémoire épisodique se met donc lentement en place, à mesure que le cerveau de l’enfant devient capable de discerner l’inhabituel parce qu’il possède déjà une base suffisante de choses habituelles. Il n’y a pas d’âge absolu pour ce début. Les premiers souvenirs peuvent remonter avant 3 ans ; pour la majorité d’entre nous ils sont plus tardifs, et bien plus nombreux pour l’adolescence que la petite enfance.

Quant à la mémoire procédurale, nous pourrions dire qu’elle démarre avant même la différentiation du premier neurone. Notre programmation, en effet, est incluse dans le patrimoine génétique. Le développement du système nerveux et les premières réactions instinctives sont tout entiers contenus dans ce code. Le début de la mémoire procédurale se perd donc dans l’interminable défilé de nos aïeux. Le premier cri, attendu avec tant d’impatience par les parents et caractéristique de notre plus jeune âge, est en fait le plus archaïque de nos souvenirs…

Pourquoi nos cerveaux trouvent-ils souvent des excuses pour nos actions ?

Le cerveau n’est qu’un écheveau d’excitations neurales. Pour analyser les motifs d’une action, il faut regarder au niveau des représentations mentales. Ce sont elles qui sont agissantes, et susceptibles de se confronter à d’autres, antagonistes. Cependant les plus agissantes de nos représentations sont celles que nous disons identitaires. Elles ont une célébrité qui étouffent les autres, même plus judicieuses dans le contexte, car ce jugement est extérieur à l’identité. Vous pouvez voir ainsi nos représentations agissantes comme une bande d’aristocrates qui auto-justifient leur comportement, peu importe les conséquences. Ils s’appuient les uns les autres, et il faut un sacré pavé dans la mare pour briser leur union !

Pour rendre votre question juste il faudrait l’inverser : ce sont plutôt nos actions qui cherchent à présent des excuses dans le cerveau. Plutôt que d’endosser elles-même la responsabilité d’un comportement, elles tendent à dire aujourd’hui : « C’est le cerveau qui l’a choisi ». Et bientôt elles mettront nos gènes dans le box des accusés. Très habile. Qui voudra mettre en prison un malheureux morceau d’ADN ?…

Comment l’émergence de la neuroscience cognitive en tant que discipline distincte rapproche les vues biologiques et cognitives ?

Réponse simple si vous considérez les disciplines comme les étages d’une pyramide s’adressant à une réalité auto-organisée. Du bas vers le haut : biochimie, organites, cellules, organes, schémas neurologiques, cognition, personnalité. L’organisation est d’abord physique puis virtuelle : ce sont les schémas de connexion des neurones qui continuent à élever la pyramide. Les neurosciences s’insèrent aux différents étages d’un organe spécifique, le cerveau : génétique, moléculaire, cellulaire, anatomique, évolutionnaire, computationnel, cognitif, synthétique (conscience). En réponse à votre question, plus il existe de niveaux intermédiaires identifiés par une discipline spécifique, plus la compréhension de l’ensemble s’améliore. Les physiologistes du neurone ne prétendent pas prédire le comportement des gens et les généticiens se font des illusions en imaginant le faire. La neuroscience cognitive est une étape importante. Cependant il reste bien des étages à mieux connaître pour comprendre comment le psychisme s’organise. Par exemple le « Big five » apparaît terriblement réducteur en tant que modèle de la personnalité. De ce point de vue, aucune théorie n’est venue enterrer les grands classiques comme la psychanalyse.

Comment l’intelligence travaille et se déroule-t-elle dans nos cerveaux ?

L’intelligence repose sur la propriété des concepts d’être décomposables et réorganisables, et ce depuis des fondations très profondes (bien que provisoires) telles que ‘existence’, ‘causalité’, ‘ordre’, ‘temps’… Améliorer l’intelligence d’un processus est fragmenter et hiérarchiser davantage son déroulement de manière à tester davantage de solutions à chaque étape. De nombreux domaines sont concernés, si bien qu’on parle « des » intelligences. Chaque cerveau se spécialise volontiers dans quelques domaines. Par exemple une mère de famille peut avoir une intelligence pour les relations humaines rivale en acuité de celle d’un scientifique pour les mathématiques.

Les méthodes utilisées par chaque individu pour rétro-contrôler la valeur du savoir varient en efficacité. Ainsi peut-on définir également une intelligence « générale »: Elle provient à la fois de la vivacité des réseaux neuraux à s’organiser en petites unités se hiérarchisant les unes au-dessus des autres (la détermination génétique/biologique), et des concepts d’organisation utilisés par le rétro-contrôle conscient pour améliorer sa propre structure de pensée (détermination acquise, essentiellement par les apprentissages). Il faut acquérir des représentations de son mode personnel de pensée, et les comparer à d’autres, pour continuer à construire sa hiérarchie conceptuelle, c’est-à-dire augmenter son intelligence.

La meilleure définition de l’intelligence est, au final, l’élévation de la « pile » conceptuelle atteinte.
Raison pour laquelle les gens intelligents nous regardent souvent avec un peu de hauteur…

Un esprit peut-il exister sans un corps ? La conscience a-t-elle besoin d’une manifestation physique ?

Avec une telle formulation de votre question, vous obtiendrez certainement des réponses mystiques impressionnantes. La conscience EST une manifestation physique. Celle que nous éprouvons avec un cerveau humain est parfaitement superposable à une activité physiologique et neurologique complexe, dont d’infimes variations transforment l’état de conscience. Par exemple des modifications biochimiques circadiennes et le ralentissement de l’activité de certains neurones excitateurs vous font plonger dans le sommeil, en fait un état de conscience modifié, considérablement moins connecté, donc non reconnu comme similaire par la conscience éveillée. Pourtant le passage de l’un à l’autre est progressif (parfois très rapide si vous vous faites assommer !)

La conscience mystique, séparée du corps, est un fourre-tout pratique pour ne pas se préoccuper de ce qui nous fait fonctionner, de ce qui forme notre identité, du bon mais aussi du mauvais, l’un et l’autre étant agissants dans notre esprit. Que le bon souhaite se débarrasser du mauvais ne suffit pas. Impossible de s’amputer ainsi de sa structure mentale. Quand cela arrive subitement (accident vasculaire cérébral), le résultat est un handicapé et non une meilleure personne. La conscience mystique est un endroit parfait pour y loger nos idéaux. Ils y semblent inaltérables. Pourtant vous sentez bien qu’ils changent. Vous n’avez pas les mêmes aujourd’hui que lorsque vous étiez enfant. Les idéaux ont un support physique comme le reste de notre univers conceptuel.

La conscience humaine est un processus de représentation des choses, le plus sophistiqué actuellement que nous connaissons. Cependant représenter les choses ne demande nullement d’être humain, ni même d’avoir un cerveau (plantes et bactéries ont des réactions spécifiques à leur environnement donc en possèdent une représentation), ni même d’être vivant (mais c’est un peu compliqué d’expliquer ici tout le processus d’organisation de la réalité). La définition de « conscience » peut donc être restreinte à un seul individu (personne n’a les mêmes contenus de conscience) ou étendue à l’ensemble des entités réelles si l’on parle seulement de représenter quelque chose. La « conscience humaine » est une catégorisation fondée uniquement sur le fait que tous les êtres humains possèdent un cerveau grossièrement construit de la même façon, dont les productions fonctionnelles sont voisines, et qui forment ensemble une structure sociale complexe, une « superconscience » que l’on appelle la conscience sociale, et qui a bien elle aussi un support physique : elle est hébergée sous une version particulière dans chacun de nos cerveaux, et se « met à jour » à chacun de nos évènement sociaux.