Qu’est-ce que la psychologie cognitive?

La psychologie cognitive considère l’esprit comme un processus et cherche à en établir les modèles. Émanation du physicalisme appliquée à l’esprit. Lorsque le modèle est établi, il suffit de s’en servir pour agir sur ses propres processus. Cette branche de la psychologie est donc associée à une thérapeutique cognitive : corriger les parties du fonctionnement mental considérées comme défectueuses.

Qu’est-ce qui établit le modèle ? L’esprit. Vous devinez immédiatement le piège : tomber dans le raisonnement circulaire. Ici l’observateur n’est pas un instrument de mesure détaché de l’esprit. C’est une auto-observation. Des schémas mentaux tentent d’en modéliser d’autres. Ce faisant, ne sont-ils pas en train de s’imposer à eux plutôt que les comprendre ?

La philosophie nous avertit que les modèles sont des créations de l’esprit, très consensuelles dans le cadre scientifique, et non l’essence des choses. La différence a peu de conséquences pratiques pour les sciences de la matière. Nous interagissons avec la matière par d’autres matières. Il suffit d’un bon modèle de l’interaction pour contrôler la réalité physique. L’esprit du physicien ne semble pas décider les processus matériels. Il ne fait que les représenter.

La situation est différente pour la psychologie. L’esprit n’est plus détaché du modèle. Il est dedans. Comme si les particules physiques avaient la possibilité de décider de quelles forces fondamentales vont régir leurs relations. Avec la psychologie cognitive, nous pouvons presque choisir la façon dont notre esprit va fonctionner. Voilà qui incite à la prudence, n’est-ce pas ?

Nuançons ce constat. Si vous considérez l’esprit comme une pyramide organisée, de la physiologie neurale aux abstractions pures, manipuler la base ou le sommet n’a pas les mêmes conséquences. Pour la base, c’est de la médecine : réparer la biologie de l’esprit. Pour le sommet, c’est de l’influence sur les opinions. Du moralement acceptable à l’inacceptable. Notez cependant qu’un irresponsable peut nuire davantage en trafiquant la base que le sommet.

L’intérêt de la psychologie cognitive est de permettre aux étages conscients de la pyramide d’accéder aux étages inconscients défectueux, en comprenant mieux leur rôle. Excellent moyen d’éliminer les névroses. Pas de réaliser les désirs. L’auto-observation peut devenir un carcan. A force de se scruter on ne s’éprouve plus. S’éprouver, c’est laisser le flux des processus mentaux monter librement depuis leurs racines instinctives. Ne pas les canaliser. Les laisser s’organiser spontanément. C’est aussi de cette manière que l’on élève sa pyramide psychique.

Avant la disponibilité des outils cognitifs, il n’était pas possible de contrôler la diversification spontanée des psychismes au sein de l’environnement. Beaucoup d’aliénations possibles, évidemment, mais aussi des personnalités surprenantes, originales, artistiques.

Avec la psychologie des processus, la société a un moyen efficace de nous dire ce que nous devons être. Autant ce moyen est précieux pour indiquer des limites létales pour soi ou les autres, autant il doit être utilisé avec parcimonie, au risque sinon d’être un outil de normalisation mentale.

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