Quelle est la différence entre un conspirationniste et un sceptique ?

Le conspirationnisme est une névrose paranoïde. C’est une caractéristique de la personnalité dont la forme pathologique est appelée paranoïa.

Partons du mode de fonctionnement normal de l’esprit : les représentations mentales s’assemblent par leur cohérence pour former des opinions. Les opinions sont donc des ‘partis’ regroupant des concepts d’horizons différents. La réalité est regardée sous plusieurs angles et l’esprit s’efforce de trouver une synthèse cohérente.

Pour y parvenir il doit éliminer les concepts contradictoires avec le fil de cohérence principal. Cet élagage est temporaire dans l’esprit équilibré. Les concepts incohérents ne disparaissent pas. Seule leur célébrité diminue. Ils peuvent ressurgir quand l’opinion choisie n’est pas confirmée par de nouveaux éléments.

Cette dynamique de l’esprit équilibré se fige dans la névrose paranoïde. Plusieurs raisons possibles : pauvreté de la diversité des critères, opinion identitaire, dont la célébrité empêche toute remise en question, sauf circonstances dramatiques. Paradoxalement ce sont les personnalités fragiles qui s’arc-boutent sur leurs concepts identitaires. Tandis que les personnalités fortes intègrent sans difficulté les concepts contradictoires. Tous ont leur chance.

L’opposé du conspirationniste est ce que j’appelle la personnalité-buvard. Tous les concepts entrent dans l’esprit et s’y installent sans difficulté. Il n’existe pas d’identité très définie pour faire une sélection. Les éléments de connaissances s’agglutinent sans se coordonner. Un nombre élevé de contradictions caractérise la personnalité-buvard.

Le conspirationniste ne laisse rien rentrer qui serait contradictoire avec l’opinion principale. S’il entend un argument capable de la menacer, il n’est tout simplement pas intégré. Un conspirationniste est incapable de quitter sa posture. Les accrocs que vous faites à sa certitude, il les replâtre avec d’autres informations qu’il choisit soigneusement dans ce but.

Entre le conspirationniste et la personnalité-buvard existent tous les degrés de scepticisme. Interaction entre informations nouvelles et informations identitaires, déjà installées. Le bon fonctionnement du scepticisme repose bien sûr sur la qualité des informations identitaires et de leur cohérence.

Mais plus encore il repose sur la capacité de s’auto-observer en train d’exercer le tri des informations. Est-il toujours aussi libre que je le crois ?

En effet beaucoup de sceptiques cultivés sont tellement persuadés de l’exhaustivité de leurs connaissances qu’ils sont d’autant plus aveugles à leur ignorance résiduelle. Connaître doit être simultanément prendre conscience de ce que l’on ne connaît pas.

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