La Terre est-elle vivante?

La Terre a toutes les apparences d’un être vivant: écosystèmes qui sont des organes cherchant à se maintenir (ils sont intentionnels), réseaux de distribution (hydrique, atmosphérique, énergétique solaire). Il est tentant même de faire de la société humaine son cerveau, avec ses multiples connexions pour les transports, l’information, l’économie, la maintenance.

Alors pourquoi les scientifiques sont-ils particulièrement divisés sur le sujet? La moitié pense que Gaïa est une réalité, l’autre que c’est seulement un modèle utile. Quand les uns et les autres exposent leurs arguments, autant switchent leur opinion dans un sens que dans l’autre.

Sans doute l’hypothèse Gaïa prend-elle actuellement l’avantage parce que notre faiblesse en matière de maintenance stimule notre culpabilité. La motivation à changer nos habitudes est boostée par l’idée que nous tuons à petit feu un être vivant.

La frontière entre vivant et non-vivant est floue. Ce flou explique en partie la discordance d’opinions. Si l’on voit dans la vie la capacité de se répliquer, la Terre ne se reproduit pas. Si l’on voit dans la vie une capacité autopoïétique, c’est-à-dire se réparer et se maintenir, oui la Terre est vivante.

Le concept d’autopoïèse n’est pas monolithique. Une organisation de ce type se construit par dessus d’autres. Le concept le plus intéressant est la hauteur de la hiérarchie ainsi constituée. La vie est considérée d’autant plus complexe que cette hauteur est importante.

Le quiproquo à propos de Gaïa s’éclaircit enfin : Gaïa impressionne en fait par sa taille et non sa complexité. Elle héberge des êtres vivants complexes sans être elle-même une forme de vie complexe. Elle est seulement gigantesque.

Gaïa n’est pas complexe comme si les humains constituaient réellement ses neurones. Les humains communiquent mais restent des cerveaux indépendants. Or des neurones ne sont pas indépendants dans leur processus de codification de l’information. Un seul d’entre eux ne forme pas la moindre pensée sans les autres.

C’est toute la différence entre un simple ensemble d’informations et une information intégrée. Gaïa n’est pas une forme de vie complexe parce que les organisations les plus élaborées qu’elle héberge ne sont pas intégrées. Les humains sont, isolément, une vie supérieure parce qu’ils sont intégrés, tandis qu’un écosystème est bien un modèle des interactions entre êtres vivants et non une forme de vie supérieure.

L’hésitation des scientifiques réside là. Gaïa est bien vivante, mais à un niveau fruste qui ne correspond pas aux aspirations de la majorité de ses défenseurs. Protéger Gaïa c’est préserver nos sources d’alimentation et de bien-être. C’est nous ménager un avenir. Ce n’est pas protéger un être supérieur à nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *