La platitude de l’esprit de Nick Chater

[réponse à l’article de Science & Vie sur ‘Et si le cerveau était bête’ (The mind is flat) de Nick Chater]

Chère Science, chère Vie,

vous venez sans doute de publier le pire dossier capable de consommer le divorce entre vous : la théorie de la bêtise est certainement de celle, très profonde, de son auteur. L’esprit plat… nous voici avec une résurgence du béhaviorisme plus simplette encore que les conceptions de Skinner. Mille excuses ! Pardonnez ce début émotif, d’habitude je mets les arguments avant les anathèmes, mais ce dossier est rempli d’un si grand nombre d’inconsistances que le numéro fera un jour partie de ceux que vous n’aurez jamais voulu publier. Détaillons un peu :

1) L’inconsistance de l’homoncule :
« Le cerveau explore… », « l’esprit interprète… » Quel est donc ce sujet qui explore, qui interprète ? Quel est ce ‘directeur général’ préinstallé que les philosophes de l’esprit appellent l’homoncule ? Il est retrouvé partout dans votre article et chez Chater, détruisant le monisme de son discours. En réalité l’esprit-plat est un dualisme séparant la machinerie neurale et le décideur inconnu qui vient s’en servir, évacué dans les limbes. La bonne réponse au problème du décideur réside dans l’organisation même des données traitées par les neurones, dans la construction progressive de ces étages intentionnels, progression en majeure partie inconsciente, hiérarchisée, qui n’a rien d’une platitude.

2) L’inconsistance de l’interprétation à la volée :
La machinerie neurale serait livrée au gré des circonstances. Résurgence béhavioriste : ce serait la collection des données reçues par les neurones qui déciderait en temps réel du comportement. Là, plus besoin d’homoncule… mais plus d’esprit non plus. Il devient un simple épiphénomène. La fusion éprouvée du moi est pure illusion. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin dans le réductionnisme ? Pourquoi ne pas faire des neurones un épiphénomène des excitations quantiques ?… La science n’est pas de nier de ce que chacun peut expérimenter soi-même parce qu’elle ne sait pas quoi en faire. Un esprit sait parfaitement ce qui est identitaire ou non pour lui, au sein d’un environnement changeant. Qu’est donc cette personnalité ? Chater n’en donne pas la moindre explication.

3) Des études psychologiques à l’appui d’une théorie neuroscientifique :
La psychologie étudie une organisation de concepts, la neuroscience une organisation neurale. Paradigmes étrangers. Il faut beaucoup d’aveuglement pour convoquer les unes à l’appui de l’autre. La fiabilité des enquêtes psychologiques fait l’objet d’une suspicion profonde, dont les meilleures publications se sont fait l’écho, pour d’excellentes raisons que je ne détaillerai pas ici mais il est certain qu’inclure une personne dans une enquête est déjà tronquer son comportement. En particulier c’est effacer sa personnalité spécifique. La personne se place dans l’état que l’on attend d’elle, se demande quel est le comportement désiré, devient conformiste. Ce n’est plus sa personnalité que vous étudiez, mais plutôt celle du concepteur de l’étude. Pas de surprise alors si vous retrouvez les intentions du concepteur dans les résultats. Occultation de personnalité parce que vous l’avez intentionnellement fait disparaître. Mais Chater, lui, n’hésite pas à en faire une démonstration de son inexistence.

4) D’autres hypothèses sont bien plus cohérentes que l’esprit-plat :
Il est exact que l’esprit conscient cherche à auto-justifier ses propres comportements, même quand ils sont inadaptés. Pourquoi donc ? Justement parce qu’il n’a pas accès directement au coeur de sa genèse et qu’il le rétro-contrôle a posteriori. Ce qui implique une hiérarchie mentale et non un système unique, plat. La conscience est le lieu où sont résolus les conflits entre les propositions intrinsèques et extrinsèques (règles sociales, avis des congénères…). Comment avoir tort mais ne pas se loger une balle dans la tête ? Les illusions fabriquées par la conscience sont une mesure de sauvegarde pour un animal social tel que l’homme, et non une preuve d’un esprit dans l’instantanéité.

Dans une époque où tous les scientifiques s’intéressant à la transdisciplinarité remettent en avant le concept d’émergence, celui de l’esprit-plat focalise le repliement des neurosciences sur elles-mêmes. La conscience se dissout dans le champ des excitations neurales comme la matière disparaît dans le champ des excitations quantiques, au mépris de ce que chacun éprouve de manière élémentaire.

Le plus désolant dans votre dossier est certainement que vous présentiez la théorie comme fait accompli (« Que deviennent les thérapies cognitives ? », « Que devient l’inconscient ? »…). Les gens sont leur environnement et en particulier ce qu’ils lisent. Même s’ils n’ont pas l’esprit plat ils vont intégrer la représentation d’eux-mêmes en tant que platitude. Il n’y a pas pire gourou que le scientifique, puisque qu’il affirme que ses propositions sont réfutables et ont été réfutées sans succès… mais seulement dans le cadre du paradigme scientifique très étroit qu’il utilise, comme l’a montré Gödel. Votre dossier contribue à la destruction de la pensée verticale chez vos lecteurs. Vous en faites des miroirs pensants absorbant ou réfléchissant les mots selon leur structure atomique particulière. Eh bien non, notre cerveau constitue, parmi tous les systèmes matériels traitant l’information, celui qui a la plus grande épaisseur.

Si vous cherchez un scoop, en voici un plus valide : notre esprit n’est pas sujet à la bêtise mais à la fausseté. Il établit et conserve des représentations incorrectes de ce qui l’entoure, et c’est ce qui le fait agir. Présenté ainsi, c’est péjoratif, et pourtant c’est également l’origine des qualités que nous trouvons les plus admirables chez l’humain : enfants qui choient leurs parents malades alors qu’ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Gens positivistes et hyperactifs parce qu’ils hébergent une image d’eux-mêmes et du monde très surfaite dans le présent. Toutes ces représentations fausses nous font tenter de contraindre la réalité à s’y conformer. Nos erreurs sont nos oeuvres, nos empreintes sur le monde, ce monde qui n’a rien à faire de la vérité puisqu’il en est déjà constitué.

7 réflexions au sujet de « La platitude de l’esprit de Nick Chater »

    1. Bonjour,
      Je n’ai pas assez de culture pour vous suivre.
      Peut être pourriez vous faire un effort pour « vulgariser » vos propos.

      J’ai lu l’article dans Science et vie concernant Mr Nick Chater. Je n’ai pas compris ses démonstrations.

      Je suis intéressé par la réflexion.
      Par contre, je vois bien en moi et autour de moi que l’être humain est bête. Sinon comment comprendre par exemple que dans le même media sont evoqués la perte de la biodiversité , le réchauffement climatique (maintenant en boucle tous les jours) puis qu’ensuite quelque heures plus tard ou quelques jours plus tard un sujet sur le tourisme, l’aviation… Le lien n’est pas fait alors que notre lieu de vie est en péril !
      Sinon comment comprendre que la réflexion (je ne parle pas pour vous) soit si rare, qu’elle s’arrête dès qu’un conflit d’intérêt est pressenti consciemment ou non.
      j
      Je suis aussi tout ça, je le vois bien en moi quand je réfléchis. Je suis bêtes ; sinon je serai toujours heureux j’ai actuellement tout ce qu’il faut pour l’être et je fais parfois « la gueule », il me faut toujours plus et quand je l’ai je suis content un quart d’heure et je veux autre chose.
      Je ne peux imaginer être heureux dans l’extrême pauvreté. Et pourtant c’est ce qui va arriver (l’extrême pauvreté) dans un avenir plus ou moins proche.
      Pourquoi vouloir démontrer ces choses : il suffit de s’observer, d’observer les autres, de réfléchir et alors cette réalité crève les yeux : : nous sommes bêtes.
      Peut être vivez vous parmi des gens qui ne font que réfléchir à tout moment ?
      Je suis ouvert à tout dialogue sur ce sujet. Je voudrai tant me tromper .

      1. Ne confondez pas ‘être bête’ et ‘être déraisonnable’. Nous avons beaucoup de comportements déraisonnables parce que le ‘raisonnable’ est un accord difficile à trouver entre des pulsions contradictoires. L’intelligence est la capacité à organiser ces contradictions ensemble. Elle varie beaucoup selon les personnes… alors que les processus de l’esprit sont structurellement les mêmes chez tout le monde. Ce qui dénigre le discours de Nick Chater. Aucun esprit n’est plat, mais certains sont plus hiérarchisés que d’autres.

  1. Je suis également peu convaincu par ce dossier sur l’esprit plat, tant par la théorie elle-même que par sa démonstration. J’espère pouvoir continuer ici la discussion avec vous.

    Déjà, après avoir relu plusieurs fois l’article dans Science & Vie, je ne saurais toujours pas exprimer en peu de mots et sans paraphrase quelle est la thèse avancée. Notre esprit est plat, c’est-à-dire ?

    Voici selon moi ce que cela signifie — mais je peux me tromper vu qu’il est difficile de distinguer les théories, des preuves, et des illustrations dans cet article :

    ▲ On croit avoir une personnalité, un moi intérieur, un inconscient… On croit percevoir l’intégralité du monde qui nous entoure sans erreur, ressentir des sentiments, et on croit que notre comportement est le fruit d’interactions entre des instances psychiques (Ça, Moi et Surmoi). Au contraire, tout cela n’est qu’illusion : notre esprit est « plat » et le cerveau agit à la volée en puisant dans notre mémoire pour agir sur l’instant, en créant au passage toutes ces illusions. ▲

    D’abord, je ne vois pas en quoi cette conclusion est révolutionnaire. Est-ce que ce n’était pas déjà le cas ? Ne savait-on pas déjà que le cerveau agissait sur l’instant et était loin d’être parfait avec tous ses biais cognitifs ? Ne savait-on pas déjà que les théories freudiennes sont loin d’être la meilleure explication de notre esprit ?

    Ensuite, les preuves avancées ne me satisfont pas. On dirait plus des illustrations que des preuves d’ailleurs. Exemple avec les premières pages du dossier :

    ➔ Avoir une personnalité innée est présenté comme une illusion. Pourtant, il me semble que les recherches en psychologie différentielle ont justement montré que la personnalité est à moitié innée (génétique) et à moitié acquise (environnement). C’est le fameux débat inné vs acquis (nature vs nurture). Le chiffre de ≈40 % dû à la génétique est souvent avancé, mais je crois avoir lu qu’avec des études sur des jumeaux séparés à la naissance l’influence de la génétique était même beaucoup plus forte que l’environnement. Alors oui, notre personnalité évolue au cours du temps, mais pas autant qu’on le pense. Un introverti restera introverti par exemple, bien qu’il pourra l’être un peu moins au fil du temps. Seuls des accidents (physiques) arrivant au cours de notre vie comme celui de Phineas Gage peuvent complètement changer notre personnalité. Donc oui, notre personnalité est plutôt innée.

    D’autant que l’idée que notre personnalité se réinvente en chaque instant est une grosse exagération. Nos processus de protection de l’ego nous poussent au contraire à garder nos croyances passées, quitte à ignorer des informations présentes sous notre nez qui mettent en doute ces mêmes croyances.

    ➔ Avoir une raison innée est présenté comme une illusion. Certes, nous avons des biais cognitifs. Mais ça, on le sait depuis des décennies … Renommer « biais de confirmation » en « bêtise de confirmation » n’est qu’un changement de vocabulaire. Kahneman l’avait déjà montré avec sa distinction Système 1/Système 2, on utilise la plupart du temps des raccourcis cognitifs, ces heuristiques, pour avoir rapidement une solution, certes pas optimale, mais tout à fait convenable et prenant peu de temps à obtenir. Ce n’est en aucun cas un exemple de bêtise du cerveau, on peut même parler d’intelligence, car même si ces heuristiques sont faillibles, ils sont un énorme gain de temps et d’énergie. Ne pas les utiliser nous ferait perdre inutilement du temps dans des situations où il n’est pas nécessaire d’avoir la réponse parfaite.

    ➔ L’inconscient est présenté comme une illusion, tout comme dans un sens plus large les deux topiques de Freud : conscient/préconscient/inconscient et Ça/Moi/Surmoi.

    D’abord, ce modèle freudien est loin d’être unanimement utilisé en psychologie, il n’est qu’un des modèles psychodynamiques de la psyché. Évidemment, c’est celui qui est le plus connu par l’homme de la rue qui croit que toute la psychologie tourne autour de Freud.

    Ensuite, on dit que « tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles ». Pour moi, c’est le cas avec la métapsychologie : évidemment qu’on n’a pas des entités bien définies telles que le Surmoi et le Ça. Nous n’avons pas réellement un ange sur l’épaule droite et un démon sur la gauche qui nous intimeraient de suivre leur parole comme on le voit dans les films. Pourtant, cela reste une très bonne simplification de ce qui se passe dans notre esprit : d’un côté on a envie de faire une chose, on a une pulsion, mais de l’autre on a des normes sociales que l’on doit respecter, un principe de réalité. Il faut faire coexister ces deux choses contraires. Le Ça et le Surmoi ne seraient donc que des métaphores (des personnifications pour être précis) pour illustrer ce qui se passe dans notre esprit.

    Concernant l’inconscient, l’article fait la distinction entre un inconscient cognitif et un inconscient freudien. Là encore, c’est vrai, on a des processus inconscients comme la respiration, mais pas réellement d’endroit contenant nos pulsions refoulées.

    Au final, la théorie de l’esprit plat est juste une critique de la métapsychologie, qui était de toute manière déjà très critiquable (notamment en disant que tout tourne autour du sexe, qu’on a un complexe d’Œdipe…)

    ➔ Le cerveau se focalise uniquement sur l’objet de notre attention. N’est-ce pas là la définition même de l’attention ? Croire qu’on est attentif à ce à quoi l’on ne porte pas attention est idiot. Et encore, la recherche montre qu’on est étonnamment attentif tout de même : par exemple on se retourne quand d’un coup on dit notre prénom (effet cocktail party). Évidemment, dans d’autres cas on ne voit pas certaines choses, et c’est normal si l’on n’est pas concentré dessus (On ne voit pas le gorille qui passe si l’on veut juste compter les passes, pour reprendre la fameuse vidéo de Daniel Simons démontrant notre cécité d’attention). En neurosciences c’est connu depuis longtemps sous le nom de SRA (Système Réticulé Activateur).

    ➔ Nos pensées n’ont aucune profondeur car elles sont modelées sur le moment ; on croit qu’elles ont toujours été là alors qu’elles apparaissent d’un coup. Déjà, en quoi les modeler sur le moment ne leur donnerait pas une profondeur ? On ne pense pas à quelque chose, comme à inventer l’ampoule électrique, subitement. Cette pensée, cette créativité apparente, est le fruit d’une lente réflexion menée en connectant nos connaissances entre elles. Ce n’est qu’une fois que les « points sont reliés » que la solution surgit dans notre esprit. De même pour les pensées plus banales : d’un coup on se dit qu’il faut racheter X au magasin ; comment cette pensée nous est-elle venue ? Sans doute car on a vu quelque chose qui nous a fait penser à X par association, tout simplement. En ce sens, l’inconscient est juste ces idées n’ayant pas encore pu connecter tous les points pour émerger dans notre conscience. L’inconscient n’est bien entendu pas un réservoir contenant déjà toutes les idées et en laissant filtrer certaines dans notre conscience.

    ➔ De plus, on sait depuis longtemps que notre cerveau est ultra-puissant, tant pour son stockage en mémoire à long terme quasiment illimité que par le nombre phénoménal d’opérations pouvant être effectuées par seconde. On sait aussi que le cerveau préfère stocker le sens de nos souvenirs et comment on s’est senti plutôt que des films exacts de ce qui s’est passé, en recréant nos souvenirs à partir de ces informations, quitte à déformer au fil du temps la vérité. Mais en quoi est-ce une quelconque preuve d’un esprit plat ?

    ➔ Concernant la rationalisation a posteriori, ce n’est encore qu’un biais cognitif. Sans doute existe-t-elle pour diminuer notre dissonance cognitive. L’expérience selon laquelle on décide et seulement après on justifie sa décision en est un exemple. D’ailleurs, si notre esprit est plat, pourquoi prend-il la peine de sauvegarder notre ego en utilisant ces stratégies ? Faire cela est bien la preuve qu’il n’est pas plat, mais hiérarchisé. Ça me fait penser au « Je pense donc je suis » de Descartes. Si notre cerveau protège notre ego en nous trompant, il est semblable au malin génie de Descartes. Cette nécessité de nous faire croire à une profondeur de notre esprit serait paradoxalement une preuve que notre esprit n’est pas plat.

    En outre, je pense que vous avez tout à fait raison de faire le rapprochement avec le behaviorisme, car c’est un peu ce vers quoi nous ramène cette théorie. On retourne à l’idée de la boîte noire où entrent des inputs sensoriels et sort un comportement, en oubliant toute la partie cognitiviste de la psychologie. C’est une régression.

    Adopter la théorie de l’esprit plat est peut-être plus « juste » vu qu’on rend encore plus abstrait le fonctionnement de notre esprit. On déconstruit les autres théories pour affirmer que le cerveau génère on ne sait comment des pensées en temps réel. C’est un modèle plus juste, c’est vrai, mais c’est parce qu’il ne prend aucun risque. Il est facile d’avoir raison quand on dit des généralités. La question à se poser est plutôt : ce nouveau modèle est-il plus utile pour comprendre comment on prend des décisions ? Je ne le pense pas.

    Au final, je ne vois pas en quoi la théorie de l’esprit plat est révolutionnaire. J’ai l’impression que tout ce dossier dans Science et vie ne reflète pas l’importance que mérite cette théorie. Nick Chater le dit lui-même dans son interview, il n’a « fait que rassembler des études en sciences cognitives […] unis en une théorie simple ».

    On dirait que l’auteur a simplement empaqueté des connaissances actuelles des sciences cognitives (notamment nos biais cognitifs) ainsi qu’une critique de la métapsychologie (ce qui est facile tant ce modèle est imparfait et remis en cause) sous un nom plus vendeur. En plaçant un peu partout dans son discours le mot « bête » tout en nous parlant de nos biais cognitifs et de contre-exemples à la métapsychologie, il nous fait croire que sa théorie est « profonde », alors que pour moi, elle est justement plate…

    Bref, cette théorie m’a beaucoup troublé, car en soi elle est plutôt juste vu qu’elle ne fait que répéter ce qu’on sait déjà et critiquer ce qui était déjà critiqué. Et pourtant elle est présenté comme une révolution et comme pouvant remplacer nos modèles actuels de l’esprit. N’hésitez pas à pointer mes incompréhensions ou erreurs de raisonnement et à continuer le débat.

    1. Vos observations sont justes. Nick Chater correspond à un changement de génération : il représente le neuroscientifique construit dans le rejet des théories freudiennes, dénigrant toute profondeur inconnue à l’esprit, et formé exclusivement à l’approche computationnelle du mental. De cette manière il perd toute chance de comprendre ce qui fait la qualité de la conscience par rapport à n’importe quel autre réseau d’informations. Nous avons le processus mental sous les yeux. Le comprendre est seulement une affaire de changer notre manière de le regarder. Chater aplatit sa pensée alors qu’il faut au contraire la verticaliser.

  2. Bonjour,

    J’ai lu cet article dans science et vie cet après-midi, et cela m’a donné envie de réagir, mais merci du coup car je n’aurai pas posé cela plus justement. Depuis mon travail de maturité (lycée Suisse) il y a 18 ans intitulé « cerveau, esprit, conscience », j’avais délaissé un peu ces questions pour me concentrer sur le contenu plutôt que le contenant, mais il est en effet difficile de rester de marbre face à tant d’incohérence.

    La « théorie de l’esprit plat » présente un esprit instantané plutôt qu’un esprit dénué de profondeur. Et de ce côté rien de nouveau. Si on considère que seul l’instant présent existe, il ne pourrait pas en être autrement. Notre pensée existe par flash successifs. Ce qui se passe entre ces flashs en est remis à la philosophie, mais le continuum de notre esprit, « illusion » ou non, n’en a que faire.

    Et qu’est ce qu’un moi profond et un subconscient, si ce n’est cet entremêlement de souvenirs, de simulation de déroulements possibles, de système de valeurs construit au fil de l’expérience (complété d’une partie génétique, à lire vos commentaires), et qui est activé en continu pour trouver une multitude de réponses potentielles à une situation donnée, flux d’idées ensuite triés par le sujet conscient pour laisser place à une décision. La théorie de Nick Chater ne prouve en rien l’inexistence de ce subconscient, mais plutôt met en évidence sa plasticité (reconfiguration continue des souvenirs et des schémas de pensée / réaction).
    Les théories cognitives telles que celle de Briggs/Meyer (qui a également ses détracteurs, mais présente un filtre d’analyse intéressant) abordent en outre la hiérarchisation de nos pensées, la préférence de certains aspects sur d’autres en fonction de notre « personnalité » (préférence pour les interprétations rationnelles ou émotionnelles dans la prise de décision, analyse systémique au risque de rater certains éléments, ou au contraire plus concentrée sur quelques détails particuliers mais au risque de rater le sens général, utilisation de plans préconçu ou préférence pour l’improvisation, etc..). Le fait que tout ceci se passe en une fraction de seconde n’en change pas la profondeur.

    Et cette mention récurrente de la « bêtise » de notre esprit, par provocation, comme pour se donner des airs révolutionnaires alors que concrètement cette théorie n’apporte rien de nouveau. Juste un effet potentiellement dangereux sur le lecteur pris au dépourvu.

    Je suis toujours resté un peu perplexe face à l’effort dans lequel s’entêtent certains chercheurs pour nier leur propre existence.
    Si notre esprit est illusion, alors tout est illusion, puisque tous ce que nous expérimentons passe forcément par lui (le sujet « nous » étant ici ce qui est vécu consciemment. Le véritable sujet est à mon avis beaucoup plus entremêlé à son enveloppe physique et à ce qui l’entoure). De la même façon, quand nous entendons que « nous sommes tellement insignifiant à l’échelle de l’univers ». Mais si en même temps nous sommes les seuls à donner de la signification, alors cette hiérarchie ne dépend que de notre choix et de notre état de conscience.
    Bien loin de cette « spontanéité bête », nous sommes capables de créer des interprétations extrêmement élaborées, une culture et un système de valeur complexe, qui résonnent avec les systèmes d’autres êtres lorsque nous communiquons. Capables de comprendre des systèmes « naturels » extérieurs, ou socialement construits, et de les interpréter suffisamment justement pour les influencer et les utiliser sur le long terme.
    Heureusement, notre conscience, en fonctionnement normal, filtre ce qui semble utile, ou nous serions tellement submergés d’émotions, d’idées et de concepts que nous ne ferions concrètement plus grand chose.
    L’introspection, la méditation, l’effet de certaines substances, permettent néanmoins à ceux qui le veulent d’explorer les différents recoins de ce subconscient, et d’en revenir avec une meilleur compréhension d’eux-même, qui améliorera sur leur long terme leur réactivité et tendra à diminuer les biais cognitifs et réactions contre-productives.

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