Le problème difficile de la conscience est-il une question valide, ou est-ce une question dépourvue de sens (comme demander ce qui est survenu avant le Big Bang)?

La conscience peut sembler difficile à expliquer, cependant le « difficile problème » de la conscience n’est pas une question scientifiquement valide. Voici pourquoi :

L’exposé du problème tente de mettre le phénomène conscience hors de portée de la compréhension rationnelle en créant un dualisme radical entre les excitations neurales et la sensation consciente. Il interdit de relier le phénomène et ses micro-mécanismes. Il en fait par obligation une émergence forte, c’est-à-dire une propriété sans lien possible avec son organisation sous-jacente. Un exemple analogue serait de parler du « difficile problème du magnétisme », impossible à expliquer à partir des propriétés des électrons. Certes la compréhension détaillée du magnétisme fut longue à obtenir, mais elle permet à présent de le classer en émergence faible.

De même c’est notre médiocre compréhension de l’organisation des réseaux neuraux qui permet au « difficile problème » de survivre. Pourtant nous avons le phénomène sous les yeux, parfaitement reproductible : tout réseau incroyablement complexe de neurones tel qu’il s’en organise à chaque naissance de cerveau humain produit une conscience, aussi particulière que l’architecture des réseaux en question.

Il n’est guère aventureux de prédire que tout réseau aussi complexe que celui des neurones, le jour où il sera compris correctement, produira systématiquement une conscience. Notez d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire de disposer de 100 milliards de neurones pour cela. Les animaux possèdent une conscience phénoménale avec beaucoup moins. Question d’organisation et non d’additions de neurones comme on le fait avec les transistors dans nos ordinateurs.

Si bien que le « difficile problème » semble bien la survivance d’une armure sacrée placée autour de la conscience humaine, pour lui éviter la dissection scientifique. La subjectivité remplaçante de l’âme, dernier bastion de notre dignité ?

Les arguments apportés à l’appui du « difficile problème » sont également invalides. Comme le dit Glyn Williams, le zombie philosophique n’existe pas,. C’est une expérience de pensée tentée en toute ignorance de l’organisation des schémas neuraux, soutenue par une vision machinique et réductrice du mental. Idem pour les comportements « automatiques » en état de narcolepsie : il s’agit d’états où les fonctions mentales sont si peu intégrées les unes aux autres que la conscience n’est plus reconnue comme telle. Mais il existe une multitude d’états conscients, et non « la » conscience. Pas besoin d’être narcoleptique. Nous avons tous expérimenté les transitions progressives du rêve « inconscient » à la conscience, voir pour certains les rêves « éveillés ». Nous avons tous expérimenté une conduite automatique qui nous ramène chez nous alors que notre conscience était dans le vague.

La perte de certaines liaisons neurales paralyse un muscle tandis que d’autres font disparaître un phénomène éprouvé en pleine conscience. L’action motrice et la sensation ont bien le même type de support physique, mais ils sont situés à des niveaux différents dans l’architecture neurale.

Au final le « difficile problème » n’est un simple aveu d’impuissance partagé par certains philosophes et scientifiques. C’est une entrave active, malheureusement arbitraire et archaïque, à laisser entrer le phénomène conscience dans la connaissance.

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