Qu’est-ce que le Théâtre Cartésien ? La conscience peut-elle être expliquée sans lui ?

Le Théâtre Cartésien reprend une certaine vision du cerveau en tant qu’assembleur de perceptions, produisant une sorte de pièce de théâtre jouée en continu. Pour quel « Je » spectateur ? Silence. C’est ainsi une critique du dualisme conscience / réseaux neuraux. Cependant il existe bien une distance étonnante entre les excitations neurales et les sensations conscientes. Comment réconcilier dualisme et monisme ?

Le cerveau est un système complexe avec des entrées et des sorties. Les entrées sensitives sont très peu codifiées (suites d’impulsions correspondant à des photons reçus par la rétine, etc…). Les sorties motrices, bien que reflétant des intentions complexes, ne contiennent pas en elles-mêmes de code complexe. Ce sont également des suites d’impulsions correspondant à des stimuli musculaires précis, desquelles on aurait beaucoup de mal à extraire les abstractions complexes qui les ont parfois motivées. Entre entrées et sorties : un étagement de la codification des entrées créant des concepts de sophistication croissante, les sous-jacents étant organisés et rétro-contrôlés par les sus-jacents. Chaque étage peut être à l’origine d’une action, modulée par les étages supérieurs. Ainsi disposons-nous d’une pyramide conceptuelle dans laquelle les échanges sont bi-directionnels, avec à son sommet l’espace d’intégration rassemblant toutes les productions mentales dans leur organisation la plus évoluée : la conscience. (C’est un résumé rapide).

Le Théâtre Cartésien est une vision contenant du faux et du vrai. Le faux est de croire qu’une représentation simple telle qu’un objet et une représentation complexe telle qu’une personne proche seraient au même niveau dans la hiérarchie mentale, qu’il s’agirait de schémas comparables et seulement situés dans des centres différents. Non, l’image de la personne est plus élevée, recrutant bien davantage de sous-concepts variés et de souvenirs biographiques. Elle est une représentation nettement plus agissante que celle de l’objet, en ce sens qu’elle est associée à un pouvoir personnel et un large éventail de comportements possibles, contrairement à l’objet. Lors de la construction du Théâtre Cartésien, les spectateurs sont agencés en même temps que l’histoire. Tout le monde est parfaitement en place au moment d’exécuter la vie réelle. Mêmes les critiques sont présents, puisque les avis extérieurs sur notre Moi et notre destin font également l’objet de représentations.

Le vrai est que la conscience est effectivement un processus évaluateur de sa propre structure, de ce qui lui est proposé. L’initiation des actes est subconsciente, le jugement est conscient. Ce processus redescent la pyramide d’organisation. Pour reprendre les termes du Théâtre Cartésien, le niveau conscience est l’homoncule le plus intelligent qui évalue l’efficacité du niveau immédiatement subconscient. Celui-ci est l’homoncule un peu plus fruste qui évalue l’efficacité de son propre niveau sous-jacent. Et ainsi de suite jusqu’à l’homoncule assez stupide qui ne fait qu’évaluer la bonne coordination de faisceaux musculaires ou d’autres fonctions basiques. En réduisant l’intelligence de l’homoncule selon sa position dans la pyramide, on peut cette fois faire la liaison entre la « non-intelligence » des entrées sensitives (et des sorties motrices), et l’intelligence de l’homoncule conscient. Celui-ci est tout simplement l’assemblage des concepts agissants et particulièrement sophistiqués qui papillonnent dans l’espace d’intégration consciente. Il n’implique spécifiquement qu’un nombre étonnamment faible de neurones, l’essentiel du travail étant effectué par la structure sous-jacente. Cela explique que l’intelligence ne se mesure aucunement dans une espèce au nombre de neurones ou à la taille du cerveau, mais plutôt au nombre de strates de leur organisation. Cela explique également que la vivacité des impressions conscientes et leur variété n’aient pas de lien avec l’intelligence. Peu importe le nombre de strates formant l’intelligence de chaque tâche mentale, l’espace d’intégration consciente est tout aussi diversifié chez les uns et les autres, incluant l’ensemble de ces tâches.

La science ne sait pas encore faire des mesures de stratification en étudiant les interactions neurales, mais une méthode plus classique marche fort bien : injecter des entrées calibrées et recueillir les sorties. Poser des questions et analyser les réponses… une excellente évaluation de cette « intelligence profonde ».

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