Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous regardons un écran de télévision ou d’ordinateur pendant une longue période ?

Processus multi-étagé, du traitement élémentaire des points lumineux par la rétine jusqu’à l’interprétation des images en concepts supérieurs par la conscience. La réponse complète à votre question est assez longue si l’on doit tenir compte des effets à chacun de ces niveaux. Choisissons-en deux :

Existe-t-il une fatigue physique et neurale entraînée par le traitement prolongé de signaux répétitifs tels que ceux d’un écran ? A priori pas plus que pour n’importe quelle autre activité. Quoi que l’on regarde, il y a toujours des images à traiter. La fatigue visuelle et des neurones de la vision provient de garder les yeux trop longtemps ouverts, sans période de sommeil, davantage que de ce qui est regardé. Bien entendu les critères de luminosité, de longueur d’onde, et de fréquence des changements d’image peuvent intervenir mais sont relativement accessoires par rapport aux temps de sommeil à respecter.

Existe-t-il une influence du contenu des images, une programmation de l’esprit par les concepts transférés ? Indubitablement. Nous sommes nos représentations mentales. Bien sûr toutes ne s’ébattent pas librement en conscience. Les concepts existants s’associent pour rejeter les incompatibles. Cependant si le contenu transféré est présenté habilement, il s’intègre sans difficulté dans l’assemblée conceptuelle qui forme votre personnalité, de la même manière qu’un beau parleur au sein d’un groupe va influencer beaucoup son comportement.

Cependant l’effet le plus important et le moins connu d’une activité mentale répétitive est ailleurs. Il est négligé parce qu’il n’existe pas encore de théorie officielle du fonctionnement général du cerveau. Pour le comprendre il vous faut accorder foi à l’axiome suivant : plus une tâche mentale est organisée, moins elle peut s’exercer indépendamment des autres. Par exemple la régulation neurologique des fonctions viscérales est très basse dans la hiérarchie d’organisation. Elle s’exerce quasi-automatiquement même avec un cerveau principal dans le coma. Tandis qu’une tâche hautement organisée comme la résolution d’un problème épineux mobilise toute l’attention consciente, si bien que les autres tâches mentales sont mises en stand-by.

Or il ne faut pas croire que les réseaux neuraux inutilisés restent simplement dans l’ombre, prêts à resservir à l’identique à la prochaine sollicitation. Les connexions peu usitées s’étiolent. C’est la manière dont le cerveau parvient à se reconfigurer. Un élément conceptuel se révèle erroné ou peu utile ? Les liaisons se reforment. Il est oublié. Plus les représentations mentales sont sophistiquées, élevées dans la hiérarchie conceptuelle, plus elles se délitent rapidement en cas de sous-emploi. Vous l’avez certainement constaté : par exemple vous assimilez un savoir compliqué, à force de l’avoir travaillé pour un examen. Mais il est rarement employé par la suite. Quelques mois ou années plus tard, il est devenu très brumeux dans votre souvenir. Vous auriez du mal à l’expliquer aussi clairement qu’au moment de son apprentissage.

Conséquence : l’exercice prolongé d’une activité mentale, telle que regarder la télévision ou travailler sur un écran d’ordinateur, se fait au détriment des autres activités de même niveau. Celles-ci tendent à perdre en acuité, en réactivité, et bien sûr en développements complémentaires.

Cela ne fait pas de la télévision ou de l’informatique des occupations nocives en soi. Question de proportion dans l’ensemble des activités, et de présence d’alternatives séduisantes : c’est le manque de rivales qui rend une occupation addictive.

Quelle en est la raison neurologique ? Cela demande une petite révision de notre libre-arbitre. Les tâches de haut niveau sont des représentations agissantes, c’est-à-dire qu’elles se réclament elles-mêmes. Elles sont nos goûts, nos envies, nos décisions. Quand l’une est utilisée très fréquemment, sa célébrité la fait revenir incessamment sur la scène, particulièrement quand elle recrute beaucoup d’espérances, de récompenses, de renforcement identitaire. Accroc à un jeu vidéo ou une série TV ? Rien d’étonnant. Vous êtes, temporairement, le jeu ou la série. Du moins sa représentation mentale. Cette popularité vous change. Ce n’est qu’en construisant des représentations encore plus élevées hiérarchiquement, qui sont l’image du soi dans son environnement, que l’on peut en « prendre conscience ».

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