Comment puis-je me débarrasser de la dissonance cognitive de savoir qu’abandonner la drogue est la meilleure chose, et pourtant vouloir rester avec elle ?

Le plus important : abandonner l’idée que la conscience est une sorte d’arbitre capable de décider de l’issue du conflit entre deux idées. La conscience est un terrain de jeu pour nos représentations mentales. Leur fusion nous procure cette impression de « Je » homogène, uniquement parce qu’il n’existe pas de rétro-contrôle mental au-dessus de la conscience pour scinder les éléments participant à la fusion. Pourquoi dans ce cas percevons-nous les discontinuités de notre conscience, les différentes « petites voix » qui l’habitent ? Parce qu’elles gagnent à tour de rôle une célébrité temporaire, selon le contexte et l’enchaînement des idées précédentes.

Quand deux idées contradictoires viennent jouter sur le champ de bataille conscient, d’autres schémas mentaux sont capables de représenter la chose. Il sont très spécifiques du cortex préfrontal et je les appelle « l’Observateur », car ce terme désigne explicitement ce qu’ils sont capables de faire : ils vous permettent d’observer votre propre fonctionnement mental et de l’influencer. C’est un rétro-contrôle et non un « décideur conscient » autoritaire. S’il avait le pouvoir de tout diriger vous n’auriez pas eu besoin de poser votre question.

L’Observateur est une capacité tardive de notre maturation mentale. Son efficacité variable sépare les gens qui montent dans le train en marche de leur vie et ceux qui choisissent la destination. Comment doit-il intervenir dans une situation comme la vôtre ?

En premier lieu il faut établir si les deux idées sont réellement contradictoires. La plupart du temps elles ont chacune un intérêt propre, qui les rendent utiles en certaines circonstances. Une idée, même apparaissant stupide à la majorité des gens, a toujours un fond utilitariste, qu’il faut identifier. Il est ainsi possible d’extraire deux idées contradictoires de sa bibliothèque personnelle, quand le moment est opportun pour chacune. L’existence humaine est une logique floue.

Dans votre cas les deux idées n’ont clairement pas la même origine. L’une est l’émergence d’une demande physique. Votre corps réclame la satisfaction rapide et facile qui est celle de la drogue. Ce sont les idées les plus difficiles à ignorer. Elles sont en effet directement agissantes. C’est la drogue qui prend elle-même les commandes de votre comportement. Le reste des occupants de la conscience assistent vaguement gênés à l’affaire. L’autre idée est finalement bien moins propriétaire. Que la consommation de drogue soit un lent suicide mental et social est une observation étrangère. Elle n’est pas encore correctement intégrée chez vous parce que, simplement, la drogue s’est installée avant elle et a durablement imprimé vos schémas neurologiques. Sa contradiction a bien du mal à s’implanter, d’autant qu’elle n’apporte aucun plaisir immédiat. Elle ne fait que satisfaire l’opinion générale qui vous entoure. Elle satisfait la projection que vous avez de votre moi futur débarrassé de la drogue, encore faut-il être capable de s’extraire du présent. Vous êtes dans le dilemme de l’enfant qui se voit proposer deux bonbons dans une heure s’il réussit à ne pas toucher au premier qu’il a sous les yeux. A 5 ans, la moitié y parviennent. Parviendrez-vous à faire confiance à ce moi futur et refuser le plaisir immédiat ?

La méthode est simple. Il ne s’agit pas d’une « conscience qui doit résister à la tentation de la drogue ». Il s’agit d’un nouveau Moi qui n’inclue pas la drogue. Il faut la sortir de votre identité. Regardez-la, à chaque fois qu’elle se présente, comme un alien qui veut prendre les commandes de votre cerveau. Les autres représentations de votre conscience doivent se regrouper devant cette invasion et clamer « Drogue, tu ne fais pas partie de nous ! Va propager ta misère ailleurs ». Pour qu’elles soient efficaces, ces représentations agissantes doivent vous apporter un maximum de satisfaction. Trouvez des remplaçantes à la drogue. Allez courir, danser… cuisiner ? Sublimez votre désir dans une occupation qui vous valorise. Prenez la responsabilité d’aider quelqu’un d’autre. Il existe toujours plus mal loti que soi.

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