Quand la mémoire commence-t-elle ?

Dans cette question deux mémoires sont importantes à séparer : la procédurale et l’épisodique. La procédurale est agissante et n’est pas vraiment une très bonne mémoire : elle est la manière dont nous avons accompli chacun de nos actes, la dernière fois qu’ils ont eu lieu. C’est notre programmation spontanée pour agir d’une certaine façon plutôt qu’une autre. Si nos comportements ne sont pas trop répétitifs, c’est ce que cette programmation nous suggère tout de même un certain nombre d’alternatives, que le contexte aide à trier. Ce n’est pas une très bonne mémoire parce qu’elle efface les façons d’agir plus anciennes pour ne garder que la plus utilisée.

La mémoire épisodique ressemble davantage à la mémoire d’un ordinateur : elle est capable de conserver un grand nombre de souvenirs, sans que les plus récents effacent les plus anciens. Par contre elle n’est pas agissante. Vos souvenirs ne se mettent pas spontanément aux commandes de votre comportement. C’est votre conscience qui les convoque et fait des choix pour agir en conséquence.

La mémoire épisodique est activée pour des évènements marquants. Critères : fait inhabituel, incompréhensible, chargé d’émotion, ayant bouleversé les habitudes, ou ayant fait reconnaître un nouveau concept. Ce type d’association éveille la gravure de l’évènement par l’hippocampe, le centre clé de la mémoire épisodique, richement interconnecté avec le cortex (interprétation des faits) et l’amygdale (gestion des émotions). La stimulation de ces neurones n’est pas si fréquente ; lorsqu’ils se réveillent les évènements autour du souvenir en profitent aussi, même s’ils sont plus ordinaires : tout ce qui est proche de l’instant marquant est accroché au souvenir.

Cette mémoire est peu sollicitée chez le nourrisson pour une raison simple : le cerveau entier est en cours de gravure. Peu d’évènements marquants parce que le nouveau-né manque d’éléments de comparaison. Peu importe que les adultes, eux, estiment que des évènements exceptionnels ont touché l’enfant ; ils n’en feront éventuellement un souvenir chez l’enfant que si leur propre comportement a été, sur l’instant, très inhabituel. Beaucoup de pseudo-souvenirs d’enfance ont été en fait appris par la suite, par les histoires entendues ou les photos aperçues.

La mémoire épisodique se met donc lentement en place, à mesure que le cerveau de l’enfant devient capable de discerner l’inhabituel parce qu’il possède déjà une base suffisante de choses habituelles. Il n’y a pas d’âge absolu pour ce début. Les premiers souvenirs peuvent remonter avant 3 ans ; pour la majorité d’entre nous ils sont plus tardifs, et bien plus nombreux pour l’adolescence que la petite enfance.

Quant à la mémoire procédurale, nous pourrions dire qu’elle démarre avant même la différentiation du premier neurone. Notre programmation, en effet, est incluse dans le patrimoine génétique. Le développement du système nerveux et les premières réactions instinctives sont tout entiers contenus dans ce code. Le début de la mémoire procédurale se perd donc dans l’interminable défilé de nos aïeux. Le premier cri, attendu avec tant d’impatience par les parents et caractéristique de notre plus jeune âge, est en fait le plus archaïque de nos souvenirs…

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