Comment l’identité est-elle formée dans le cerveau ?

L’identité est à la confluence des représentations intrinsèques et extrinsèques.

Les premières sont proposées par l’inconscient. Elles comprennent différentes affluences, sensorielles, corporelles, biographiques. Schématiquement c’est la partie la plus programmée de l’identité. Habitudes, réflexes, tatouages mentaux, ancrages, donnez-leur de multiples noms, ces représentations ne sont pas figées mais moins dynamiques que les contenus conscients, car il faut bien une stabilité à la structure mentale. Imaginez notre fragilité si la conscience pouvait tout y changer à loisir, sans saisir vraiment toutes les conséquences !

Les représentations extrinsèques sont héritées de l’environnement. Apprentissages, mimétismes, espoirs, idéaux, règles morales, oeuvres, tout cela est moins créé qu’emprunté à notre environnement socio-culturel, et remanié par l’interaction avec les représentations intrinsèques.

Ainsi pouvez-vous facilement distinguer deux images du moi, celle éprouvée (intrinsèque) et celle espérée (d’après les représentations extrinsèques). Impossible de se détester ou s’admirer seul. Il faut un dualisme de ces images, qui permette une auto-observation.

L’identité résultante est un conflit. Productif, ou stérile. Souvent alternant entre les deux. Les représentations extrinsèques arrivent par vagues, au fil des rencontres, des lectures, des évènements lentement digérés. Ces vagues sculptent la falaise de l’identité intrinsèque, lui donnant dans le meilleur des cas une forme originale et harmonieuse, mais parfois l’effondrant, ou battant en vain contre un granit inaltérable.

Neurologiquement, puisque vous parlez du cerveau, il est impossible par les moyens actuels de trouver une concordance entre la fonction psychique et la fonction d’excitation neurale, pour une raison simple : le cerveau entier est occupé à représenter. Il n’existe pas de localisation anatomique pour la majeure partie de ce qui constitue une représentation intrinsèque ou extrinsèque. Les représentations corporelles sont les plus faciles à suivre puisqu’elles partent d’affluences sensorielles viscérales spécifiques. Mais les informations visuelles et auditives se destinent autant aux réflexes intrinsèques qu’aux langages, qui les interprètent en concepts extrinsèques. Les données s’intriquent au sein de la pyramide d’organisation mentale. Ce n’est qu’à l’approche du sommet que les concepts supérieurs finissent par s’intégrer complètement dans le « Je » conscient. Ces concepts supérieurs sont ce que j’appelle les persona, les schémas les plus sophistiqués de notre personnalité, capables d’agir pour un motif précis et de laisser la place, parfois très vite, à un autre schéma répondant à des motifs différents, sans que nous ayons l’impression de souffrir d’un syndrome de la personnalité multiple (cette fusion consciente des persona fonctionne très mal chez le schizophrène).

Voici l’identité vue à travers deux paradigmes, psychique et neurologique. Il en existe d’autres, sociaux, culturels, génétique, évolutionnaire. Impossible de faire de la place à tous dans cette courte réponse. Cependant ils sont d’autres houles qui convergent toutes vers le même affrontement, lisse ou éclatant : la rencontre des flux externes et internes dans le maelström identitaire.

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