Comment le cerveau peut-il imaginer en même temps qu’il regarde la réalité concrète (physique)?

Le multi-tâche n’existe pas au sein d’un niveau d’organisation neurologique fusionné. Or la conscience est l’un de ces niveaux. Le plus élevé certes, et aux contenus complexes, mais c’est un espace unifié. Elle exerce un rétro-contrôle sur les différentes fonctions mentales, ce que nous appelons couramment « l’attention ». L’attention peut gérer plusieurs tâches en succession rapide mais pas vraiment simultanément. Relâcher son attention est au contraire ce qui se rapproche le plus du multi-tâche, car dans ce cas les fonctions mentales retrouvent une certaine indépendance, au prix d’une perte d’efficacité coordonnée.

Par contre à des niveaux d’organisation différents, il est parfaitement habituel (et même obligatoire) que des tâches mentales s’exercent simultanément. Vous marchez, ou vous conduisez une voiture sur un trajet connu : un automatisme moteur bien rodé s’en charge. La conscience est libérée de l’obligation de rétro-contrôler l’action (elle peut y revenir en cas d’incident). Elle peut se mettre à traiter d’autres représentations, par exemple virtuelles quand vous parlez d’« imagination ».

Il n’y a en fait aucune différence entre les représentations virtuelles et « réelles » en termes neurologiques. Les secondes sont simplement plus célèbres et réunies par la propriété « efficacité dans le monde réel ». Elles sont maintenues par leur utilisation et se délitent lorsqu’elles sont rarement employées. Chacun de leurs échecs les met en danger d’être remplacées par une autre, extraite de l’ensemble des solutions possibles fabriquées par les neurones (l’espace virtuel appelé imagination), ou plus simplement apprise par mimétisme.

En résumé, la tâche du cerveau est de traiter des représentations, de les recombiner dans un large éventail de configurations pour trouver celles les mieux adaptées à la réalité, ou des évènements anticipés, ou des mondes virtuels. Ce traitement est assuré par des strates neurales. Lorsque les strates inférieures, inconscientes, se chargent correctement des données sensorielles, la conscience peut s’occuper de recombiner des représentations de plus haut niveau, imaginer…

Notez pourtant que cette activité imaginative est plus exubérante lorsque le cerveau est libéré du traitement sensoriel, c’est-à-dire au cours du rêve. La conscience en est absente, me direz-vous. Mais la conscience n’est pas un centre neurologique spécialisé. Elle est seulement une hyperconnexion de tous ces centres entre eux. Le rêve est un produit de vos neurones de retraitement mental… libérés du contrôle de la réalité.

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