Qu’est-ce qui rend le « difficile problème de la conscience » si fortuitement difficile ?

Le problème de la conscience peut être vu comme difficile de deux manières :

1) par les scientifiques parce c’est un problème de raisonnement circulaire (la conscience tente de s’auto-expliquer, se servant d’un système logique qui n’appartient qu’à elle)

2) par les philosophes parce qu’un fossé sépare le support physique de la conscience de la manière dont elle est éprouvée. Les échanges neuraux appartiennent à la réalité avec certitude, les impressions conscientes sont virtuelles, appartiennent à un espace différent, ne sont pas réductibles à la physique.

Voici la réponse à la difficulté 1) : le raisonnement linéaire décrit des segments de la réalité. Méthode essentielle en science pour relier fermement un point de départ et un point d’arrivée dans sa compréhension des mécanismes de la réalité. Cependant l’univers lui-même est circulaire : il s’auto-explique. Si on le définit au sens large comme la totalité de ce qui existe, il n’y a rien d’extérieur à lui pour l’expliquer. L’esprit humain fait la même chose, en utilisant une vaste modélisation : il établit des représentations de l’univers dans lesquelles il est obligé de s’inclure lui-même. Ses instruments sont des émanations de sa propre structure d’organisation. Prise dans sa globalité, la connaissance est un raisonnement circulaire. Impossible d’y échapper.

La difficulté 2), la plus médiatisée par les philosophes, est la plus simple à résoudre. C’est notre ignorance à relier réel et virtuel qui en est responsable. Incapacité à rapprocher en fait représentation et essence du réel. Ce n’est pas nouveau. L’homme préhistorique était incapable d’expliquer les phénomènes météorologiques par des concepts faisant partie de sa réalité. Il pouvait construire une représentation des comportements végétaux, animaux, et faire des prévisions. Pour les orages ou les tremblements de terre : impossible. Il a donc inventé un niveau d’explication virtuel : les dieux. La foudre ne faisait pas partie de la réalité habituelle ; elle était manifestation d’une entité créée par son imagination : le Dieu du Tonnerre. D’une manière éloquente, la conscience de ses congénères paraissait, à cet homme préhistorique, beaucoup moins étrangère et virtuelle que l’existence du tonnerre !

Les choses ont changé. La science a patiemment démonté tous les mécanismes de la réalité et ramené dans le giron de celle-ci une multitude de phénomènes incompréhensibles, inaccessibles à nos sens, à peine imaginables, comme l’origine de l’univers. Les causes du tonnerre sont parfaitement circonscrites. Reste la conscience, qui pouvait sembler encore déifiable (avec un certain aveuglement) quand Chalmers a lancé son défi, mais qui ne l’est plus. Il existe aujourd’hui une théorie reliant parfaitement l’activité neurale et la conscience, le réel et le virtuel. Le quotidien ne nous apporte-t-il pas la preuve qu’ils ne sont aucunement indépendants ? Comptez les innombrables exemples de virtualité qui transforment la réalité : argent, illusion, rêve, idéal, mathématiques, repère culturel… Le virtuel modèle l’univers en profondeur, c’est une certitude. Et il n’est pas nécessaire de posséder une conscience humaine pour cela. Les insectes en sont tout aussi capables que nous. Leur « conscience » semble tellement inférieure en sophistication à la nôtre que nous leur dénions cette faculté. Problème de définition. En démontant les contenus de la conscience, il n’existe pas de limite franche entre conscience psychique et simple auto-organisation. Notre sophistication ne vient pas de la « conscience » mais des fonctions mentales sophistiquées qui s’intègrent en nous sous cet intitulé.

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