Est-il juste de dire qu’il n’existe pas de chose telle que le présent, étant donné que l’esprit perçoit le monde avec 80 millisecondes de retard ?

Absolument. Il n’existe rien qui corresponde à la définition classique du présent, fondée sur la conception erronée d’un repère temporel unique, immuable, identique en tout point de l’univers, et partagé par toutes nos consciences. Cette définition est fausse pour des raisons à la fois physiques et mentales. Le présent est devenu une simple convention dans les relations entre esprits humains : c’est l’espace de temps où les interactions sont perçues comme simultanées par des esprits avoisinants.

Vous faites allusion au retard d’accès de la perception des évènements et même des réactions comportementales par la conscience, où siège le « Je ». Ce phénomène a été mis en évidence par Benjamin Libet au début des années 80. La conscience est « avertie » d’actes dont l’initiation est clairement subconsciente et d’une fraction de seconde plus ancienne. Notre conscience peut encore renvoyer une évaluation et interrompre le cours des choses. Cependant elle est donc en retard sur l’activité des couches sous-jacentes de l’esprit. La situation est même plus compliquée que vous l’indiquez, puisque l’inconscient n’est pas un bloc de traitement indépendant produisant instantanément ses conclusions. Il est lui-même une succession de couches d’intégration des stimuli entrants. L’esprit est ainsi une pyramide d’organisation dont les étages sont légèrement décalés temporellement les uns des autres. Le « présent » est en fait un rassemblement temporel autour d’un évènement se présentant fusionné en pleine conscience, grâce à une certaine persistance des schémas d’activation neurologiques, et que nous partageons avec d’autres personnes, dans un moment suffisamment fugace pour sembler « ponctuel ».

C’est la raison mentale à la fausseté du présent. Mais il existe également une raison physique : si l’on définit nos esprits comme des lecteurs biologiques des interactions de la réalité, un présent commun à différents cerveaux n’a de sens que si ces évènements et leur interprétation par des interactions neurologiques se déroulent dans un délai comparable. Or le temps n’est commun que pour des individus se déplaçant à une vitesse identique. Une pensée peut s’étirer à l’infini pour un astronaute dont l’accélération le rapprocherait de la vitesse de la lumière. Quelle signification peut prendre une communication « au présent » entre vous et cet astronaute ? Elle n’en a aucune. Il faut rétrécir la définition du présent à des ambitions plus modestes, et contextuelles.

A noter parmi les autres réponses une inexactitude chez celle du physicien, James Fairclear : il indique que la vitesse de la lumière est une limite à la dilatation du temps, ce qui est faux puisque la dilatation du temps croit exponentiellement en approchant cette vitesse, à l’infini et sans jamais l’atteindre.

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