Cure psychanalytique ou thérapie cognitive ?

Dans la cure, une importance très excessive est donnée à l’évènement à l’origine de la névrose identifiée. La teneur de l’épisode est relativement secondaire par rapport aux effets qu’il a eu sur le comportement : en l’absence d’une solution efficace au problème rencontré, l’esprit a mis en place une solution bancale, qui va imprimer les conduites face à des évènements ultérieurs n’ayant plus rien à voir avec le traumatisme. De surcroît, la capacité d’auto-illusionnement a été sévèrement bousculée. L’anticipation sera plus difficile. On recherche rapidement les raisons de croire que notre attitude conduit à un nouvel échec.

L’enfouissement de l’épisode traumatisant est réel. Le sujet n’en a plus conscience au quotidien. Il peut douter de sa réalité si des tiers viennent le lui rappeler. L’exhumer ne sert pas à grand chose, puisqu’il ne change en rien la construction psychique qui s’est poursuivie par dessus. S’est formée une épaisse chape sédimentaire de routines dont il est aussi difficile de se débarrasser que d’une vieille envie de fumer. L’enthousiasme qui peut naître de la sensation d’avoir identifié la source de sa boiterie intellectuelle correspond à une acquisition de sens à notre existence personnelle, et au travail effectué pendant la cure. Ce n’est pas systématique, comme l’indique le résultat aléatoire d’un point de vue thérapeutique. Aucune véritable déconstruction n’a été entreprise, en effet. L’esprit fonctionne comme avant. L’analysé voit son fil biographique, mais n’a toujours aucun diplôme d’électricien pour le recâbler.

A contrario les thérapies cognitives, se préoccupant peu de l’origine des névroses et s’attaquant directement au comportement, obtiennent en pratique des résultats plus rapides et constants.

La meilleure alliance thérapeutique est de renforcer l’adhésion aux exercices cognitifs par la compréhension des mécanismes qui font un comportement meilleur qu’un autre, et en les découvrant tous, de façon à devenir l’ingénieur de sa propre vie. Cela se fait par la lecture ou la discussion en groupe de multiples histoires et non seulement la sienne, pour en rechercher aussi bien les différences que les similitudes.

Ainsi, ce n’est pas un hasard si les analysés deviennent fréquemment analystes eux-mêmes. D’une part le sens fort qu’ils ont trouvé dans la cure devient prépondérant dans leur existence. D’autre part ils sont affamés de davantage de sens, et le recherchent dans les histoires des autres. C’est ainsi que, peu à peu, ils finissent par acquérir une perspective plus globale et obtiennent un Observateur efficace, malgré qu’il soit un peu trop saturé de religiosité freudienne.

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