Ensemble, les religions sont un monument à l’ironie

La religion est un avatar ancien du très vieux conflit individualité/solidarité, le dualisme fondateur de l’organisation sociale.

Plus les groupes sont grands, moins la solidarité peut s’exercer. Elle s’efface devant la nécessité de l’individualisme. Un vaste groupe est beaucoup moins menacé qu’un petit. L’avantage procuré par un individu différent devient plus important que ses actions solidaires.
On assiste à un effondrement de la solidarité inter-individuelle au sein des grands ensembles, remplacée par un rassemblement autour de valeurs-repères, de nationalismes. Pépinière de conflits, de guerres meurtrières.
Ce fut, en réaction, l’origine des religions, et des philosophies spirituelles en général. Nul besoin de faire la promotion de l’individualisme dans les grands groupes ; il est déjà exacerbé. Les religions tentent de redonner l’avantage à la solidarité, aux valeurs communes à la masse, au détriment des différences individuelles.

Le bouddhisme va jusqu’à nier le concept du Soi, trop égotiste. Anātman est un concept d’impersonnalité, d’absence d’âme, faisant de l’esprit individuel un agrégat de réflexes conditionnés.
L’hindouisme, lui, fait la distinction entre le « petit » et le « grand » Soi. Le petit correspond à l’ego, cette minuscule partie souffrant dans un environnement hostile et qui est la limite courante de notre perception en tant qu’individu. Le grand Soi est la nature universelle de l’être humain, un pont entre lui et Dieu.
Le témoin désigne le principe conscient au-delà du mental terre à terre. C’est une expression fréquente dans les Yoga-sûtra. Il se dégage des activités contingentées du mental, est une conscience pure affranchie des nécessités terrestres.

C’est une ironie remarquable de voir que, sans aucune connaissance de ces philosophies indiennes, et sur des paradigmes purement rationnels, sociologiques et psychologiques, j’ai introduit des concepts parfaitement superposables dans la théorie polyconsciente :
Le petit Soi est la psociété individuelle. Le grand Soi est la conscience interconnectée de la société humaine. Dieu se cache derrière le pôle Réel, dont tout est issu. Notons à ce sujet que le concept oriental de Dieu transcende l’émotion ; il ne lui est plus inféodé, contrairement à l’orageux Dieu chrétien ou islamiste.
Enfin le Témoin est ce que j’ai appelé l’Observateur, l’examinateur de son propre Soi, qui permet de s’élever à un niveau d’auto-organisation supplémentaire.

Malgré tout la vision d’ensemble diffère. La polyconscience voit une productivité cardinale dans le conflit individu-Je vs société-Nous. Tandis que pour les Hindous l’ego n’est qu’une forme larvaire de l’individu, destiné à se fondre dans le Tout. On y retrouve cette adoration expresse pour l’Universel, symbole de la solidarité ultime, censée faire échec aux excès de l’égotisme.
La vison orientale de l’Universel est bien plus fidèle au pôle Réel. Cependant comme elle n’a rien à voir avec l’humain, le monisme forcé par la religion entraîne une perte de puissance. La vision occidentale est moins aveugle à notre dualisme fondamental ; mais surtout en faisant de Dieu une version magnifiée de l’Homme, sa religion donne à celui-ci, au contraire, un surcroît considérable de puissance sur le réel.
L’Histoire en a apporté la démonstration.

En d’autres termes, la philosophie orientale colle bien davantage à la réalité, celle que la science nous montre avec une précision croissante, mais nous décourage d’agir ; tandis que la philosophie occidentale a édifié une métaphysique prodigieusement illusoire, et ces mirages nous ont empli d’une incomparable énergie pour dominer le Réel…
L’histoire de notre espèce est un monument d’ironie.

Une réflexion sur « Ensemble, les religions sont un monument à l’ironie »

  1. Je ne comprends pas tout dans ce texte***, mais en tire deux explications pour ce qui m’anime actuellement:
    1) Parmi nos difficultés à accueillir les peuples en transhumance à cause des guerres, il y a aussi notre individualisme exacerbé.
    2) Dans mon évolution psychologique et spirituelle actuelle, je ne peux plus adhérer aux visions orientales ou occidentales, mais en tire ce qui est à mon niveau de compréhension la « substantifique moelle » et suis dirigé, peut-être, probablement, vers une sorte de polyconscience. Ma voie me mène vers un chamanisme occidental, c’est-à-dire sans plumes ni drogues.

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